Info

Inde : un recensement controversé accusé de viser la communauté musulmane

Des femmes musulmanes font la queue pour vérifier que leur nom est inscrit sur le Registre National des Citoyens dans le village de Bur Gaon, à 70 kilomètres à l'est de Guwahati. Inde, 30 juillet 2018.
Des femmes musulmanes font la queue pour vérifier que leur nom est inscrit sur le Registre National des Citoyens dans le village de Bur Gaon, à 70 kilomètres à l'est de Guwahati. Inde, 30 juillet 2018.
© AP / Anupam Nath

L'État indien d'Assam, frontalier avec le Bangladesh, a organisé un recensement de la population. Problème : au moins 4 millions de personnes n'ont pas pu s'inscrire sur le registre. Elles sont majoritairement musulmanes et originaires du Bangladesh voisin. L'opposition et les ONG crient au scandale et dénoncent une tentative d'expulsion des musulmans de la région.

dans

Un État indien est accusé de vouloir expulser des musulmans en provenance du Bangladesh voisin. Il s'agit de l'État d'Assam, dans le nord-est de l'Inde, qui a organisé un recensement de sa population.

La raison officielle : lutter contre l'immigration clandestine en provenance du Bangladesh. En réalité, seules les personnes arrivées en Inde avant le 24 mars 1971 ont pu s'inscrire. Pourquoi le 24 mars 1971 ? Cette date marque l'indépendance du Bangladesh, et coïncide avec l'émigration massive des Bangladais musulmans vers l'Inde. C'est ainsi que quatre millions de personnes, principalement musulmanes, n'auraient pas pu s'inscrire lors du recensement, mais l'État indien se veut rassurant.
 

Chaque personne aura la possibilité de déposer un recours, ou contester la décision, comme la loi le garantit.

Rajnath Singh, ministre indien de l'Intérieur

Ces recours seront acceptés entre les 30 août et 28 septembre prochains. Mais certains s'alarment déjà, car ils voient dans ce recensement la première étape de l'expulsion de  millions de personnes vers le Bangladesh.
 

Ces chiffres sont très élevés ! C'est très surprenant. C'est incroyable ! Il n'y a pas autant d'étrangers dans notre région.

Ripun Bora, député de l'opposition, membre du parti du Congrès national indien

Vive polémique

Le Bangladesh a fait savoir qu'il refusait catégoriquement d'accueillir des milliers de personnes expulsées d'Inde. S'il est vrai que l'État d'Assam, gouverné depuis deux ans par les nationalistes hindous du parti du Premier ministre Narendra Modi (le BJP), souhaitait dans un premier temps reconduire à la frontière des milliers de Bangladais, il a dû revoir sa copie au vu du tollé provoqué par le recensement de la population.

Il est peu probable qu'une expulsion massive de personnes vers le Bangladesh ait lieu, même si certains signaux sont inquiétants, comme la construction de camps de détention pour immigrés en situation irrégulière dans l'État d'Assam.

Xavier Houdoy, chercheur au programme Asie du Sud du Noria

Quant à la comparaison avec le sort tragique des Rohingyas, cette minorité musulmane qui avait perdu sa nationalité birmane en 1982, "la situation n'est pas la même", souligne le chercheur Xavier Houdoy. Car en comparaison, les musulmans en Inde sont bien plus nombreux que les Rohingyas en Birmanie. L'Inde compte 172 millions de musulmans, soit 14% de sa population. L'État d'Assam, où 1 habitant sur 3 est musulman, est le seul état du pays à recenser sa population actuellement.
 

Chargement du lecteur...
© TV5MONDE / L. FACHAUX, L. PERRON