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Instagram, la nouvelle arme des militants progressistes

Un manifestant utilise la caméra de son téléphone portable pour enregistrer un rassemblement Black Lives Matter  au Grand Army Plaza de Brooklyn, le 14 juin 2020, à New York.
Un manifestant utilise la caméra de son téléphone portable pour enregistrer un rassemblement Black Lives Matter  au Grand Army Plaza de Brooklyn, le 14 juin 2020, à New York.
(Photo AP / Kathy Willens)

Instagram fête ses 10 ans. En une décennie, les photos de plages et de pâtisseries, ont fait place aux slogans anti-racistes, écologistes et féministes. Alors, outil de changement réel ou simple effet de mode ? 

 

"Beaucoup d'utilisateurs se sont sentis un peu bêtes à l'idée de poster une photo de smoothie en pensant à ce que les gens sont en train de vivre, le chômage, la maladie, le racisme, etc", remarque Rebecca Davis, qui a créé en 2016 "Rallyandrise", un compte dédié à l'engagement politique au quotidien.

Ces derniers mois, sa base d'abonnés a doublé, passant de 10.000 personnes à 24.000. "Ce n'est pas qu'on ne peut plus poster de jolies photos, mais il y a désormais une recherche d'équilibre", ajoute cette New-Yorkaise.

En mai dernier, la mort de George Floyd, un Afro-américain étouffé par le genou d'un policier blanc, a suscité aux Etats-Unis une vague de manifestations contre les brutalités policières et les injustices raciales, qui perdure.

En parallèle, le grand confinement a fait exploser le temps passé sur les réseaux sociaux. A l'approche des élections américaines, "les gens cherchaient désespérément des conseils pour se mobiliser", raconte Rebecca.

Les appels à signer des pétitions, à faire des dons ou à envoyer des sms aux élus se sont multipliés sur Instagram.

(Re)voir : George Floyd, symbole mondial du racisme et des violences policières

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La bonne cible

Des personnalités comme la femme politique Hillary Clinton ou la star de télé-réalité Kourtney Kardashian, ont donné les clefs de leurs comptes pendant 24 heures à des personnalités afro-américaines, pour mettre en valeur leur parole.

"Instagram fonctionne très bien pour la mobilisation politique, mieux que les autres plateformes", constate Emily Patterson, responsable des réseaux sociaux pour la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU.

L'application de photos artistiques, qui a dépassé le milliard d'utilisateurs en 2018, n'a pas découvert son potentiel politique en 2020. Un premier tournant avait été pris en 2016, avec le lancement des "stories", ces posts qui disparaissent en 24 heures. Le réseau a aussi ajouté progressivement des outils de partage.

Surtout, les publics ciblés par les mouvements politiques - des adolescents aux trentenaires - sont largement présents sur Instagram. "Sur Facebook, il y a aussi vos parents, vos ex, tous les gens que vous avez rencontrés même une seule fois", note Emily Patterson. "Sur Instagram c'est la bonne combinaison des amis, des communautés d'intérêt et des organisations militantes... Et c'est la plateforme où les gens passent le plus de temps."

Les résultats sont tangibles. Lors d'une campagne contre la séparation par les autorités des enfants de leurs parents migrants, à la frontière du Mexique, "nous avons reçu des plaintes d'avocats du gouvernement qui en avaient marre que les gens s'en prennent à eux sur les réseaux. (...) et cela venait principalement d'Instagram."
 

Prendre par surprise

La militante suédoise Greta Thunberg a rallié des jeunes du monde entier à son combat pour le climat essentiellement via l'application.

(Re)voir : Greta Thunberg élue personnalité de l'année 2019 par le magazine américain Time

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L'écologie se marie particulièrement bien à la plateforme: les photos léchées d'ours polaires dont l'habitat disparaît ou celles de koalas avec des pansements à cause des incendies australiens ont fait adhérer de nombreux internautes à leur cause.

En Egypte, la résurgence du mouvement féministe "#Metoo" a commencé avec la publication de témoignages sur le compte Instagram "Assault Police".

Les militants et associations apprécient la variété des outils, et la possibilité de faire des "longs" formats, comme les vignettes à faire défiler pour lister des arguments.

A lire : Le #MeToo égyptien, la jeunesse cairote brise l'omerta

"Les gens surfent d'abord pour se distraire, il faut les prendre par surprise", analyse Dr. Noc, un immunologue américain qui s'est lancé dans le militantisme scientifique au début de la pandémie pour expliquer le coronavirus.

"Il faut attirer leur attention dès les premières secondes, leur donner des informations par bouchées, faciles à digérer", résume-t-il.

Mais au jeu de l'application la plus branchée, Instagram est menacée par l'application Tik-Tok, aux 700 millions d'utilisateurs dans le monde. De nombreux militants la préfèrent déjà pour son potentiel en termes de viralité. Ils gardent tout de même Instagram... Pour la vie privée.

(Re)voir : Etats-Unis, Tik Tok et Wechat bannis dès ce dimanche sur le sol américain

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