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Interdiction de TikTok par Donald Trump : Mark Zuckerberg accusé d'être à la manœuvre

Le président Donald Trump, le 4 août 2020, lors d'une conférence de presse à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

L'interdiction de l'application chinoise TikTok aux États-Unis serait le produit d'une rencontre de Donald Trump avec Mark Zuckerberg. Une enquête du quotidien américain The Wall Street Journal révèle des pressions qui auraient été exercées par le PDG de Facebook sur le président et sur des sénateurs depuis l'automne 2019, pour écarter le groupe technologique chinois.

Le Wall Street Journal, dans son édition du 23 août 2020 est formel : Mark Zuckerberg a rencontré Donald Trump lors d'un dîner en octobre 2019 pour lui faire part de "la menace que la montée des entreprises Internet chinoises représentaient pour les entreprises américaines". Le PDG de Facebook aurait insisté sur le fait que "cette menace devait être une préoccupation plus importante pour le président que de restreindre Facebook". La fibre nationale de Donald Trump, celle du "America First", semble avoir vibré sous les paroles de Mark Zuckerberg, qui ne s'est pas contenté —  toujours selon le Wall Street Journal — d'alerter le seul président, puisque des entretiens avec des sénateurs auraient aussi eu lieu, pour "discuter spécifiquement de TikTok".

 

Un décret qui arrange

Donald Trump a signé début août un décret interdisant toute transaction "des personnes sous juridiction américaine" avec ByteDance, la maison-mère chinoise de TikTok, à partir du 15 septembre. La raison principale de cette interdiction serait sécuritaire : la Chine utiliserait les données personnelles des Américains pour de l'espionnage, selon le président américain. Selon le Wall Street Journal, Mark Zuckerberg se serait malgré tout indigné de la parution du décret, lors d'une réunion d'entreprise. Mais Facebook a pourtant tout à gagner du revers subi par TikTok, qui progresse aux États-Unis, avec 100 millions d'utilisateurs. TikTok a porté plainte contre l'administration américaine.

D'ailleurs, Instagram qui appartient à Facebook, a dévoilé "Reels", 10 jours avant le décret anti TikTok :  une application qui permet aux utilisateurs de poster des "vidéos  de 15 secondes avec du son, des effets et de nouveaux outils créatifs". Le TikTok américain d'Instagram-Facebook est donc prêt.

Quant à Microsoft, dès l'annonce du président Trump, le positionnement et l'intérêt de l'entreprise ont été établis sans détours : "Microsoft comprend pleinement l'importance de répondre aux préoccupations du président (…) L'entreprise s'engage à acquérir TikTok sous réserve d'une évaluation complète de la sécurité et devra apporter des bénéfices économiques aux États-Unis, y compris au Trésor américain".
 

Alliance Trump-Zuckerberg ?

Depuis plusieurs mois les commentaires vont bon train dans la presse américaine au sujet d'une alliance de circonstance entre Mark Zukerberg et le président des États-Unis. La relation entre les deux hommes est restée cordiale, malgré les inquiétudes concernant l'utilisation des médias sociaux par Donald Trump. NBC News avait déjà parlé  du "dîner secret à la Maison Blanche" entre Trump et Zuckerberg, sans que les détails sur TikTok ne filtrent. Mais ce dîner a eu lieu juste une semaine après le discours de Mark Zuckerberg confirmant que Facebook ne vérifierait pas les faits sur les publicités politiques, donnant ainsi à Trump la permission de partager des vidéos, des publicités et des publications trompeuses sur le plus grand réseau social du monde.

Depuis lors, le président et ses partisans ont encore repoussé les limites des largesses éditoriales de Facebook, partageant des vidéos de campagne trafiquées ou encore les affirmations inquiétantes et contradictoires de Trump sur la fraude massive des bulletins de vote par correspondance. Une presse américaine qui rapporte qu'"il y a également eu des incidents au cours desquels Facebook semble avoir fait tout son possible pour ne pas supprimer la désinformation chère à la droite politique".

Une alliance entre le PDG de Facebook — la firme Internet la plus puissante au monde en terme d'infuence — et le président sortant américain, n'est pas à écarter : le réseau social est sous le coup de plusieurs procédures mettant en cause ses pratiques commerciales déloyales tant avec ses utilisateurs qu'avec la concurrence. Depuis 2019, Twitter a banni les publicités politiques de son réseau, ce que refuse toujours de faire Facebook, un groupe menacé de démantèlement par plusieurs sénateurs démocrates, et accusé d'avoir favorisé l'election de Donald Trump par l'utilisation illégale des données personnelles de ses utilisateurs.

Malgré tout, un accroc est survenu dans cette entente entre les deux hommes, le 4 août dernier : pour la première fois une publication du président a été supprimée de Facebook. La vidéo incriminée "comprenait de fausses déclarations selon lesquelles un groupe de personnes était immunisé contre la Covid-19, ce qui est une violation de nos politiques en matière de désinformation sur la Covid ", a déclaré l'entreprise de Mark Zuckerberg pour justifier sa suppression. Mark Zuckerberg donne-t-il le change pour ne pas se faire accuser de collusion ou bien sa possible alliance avec Trump est-elle en train de se terminer ?