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Irak : première visite d'Emmanuel Macron qui affiche son soutien à la "souveraineté" de Bagdad

Le président français Emmanuel Macron, à gauche et le président irakien Barham Salihat, à droite, donnent une conférence de presse au palais présidentiel à Bagdad, en Irak, le 2 septembre 2020.<br />
 
Le président français Emmanuel Macron, à gauche et le président irakien Barham Salihat, à droite, donnent une conférence de presse au palais présidentiel à Bagdad, en Irak, le 2 septembre 2020.
 
AP Photo/Khalid Mohammed

Le président français, Emmanuel Macron, a affirmé mercredi 2 septembre à Bagdad son soutien à "la souveraineté" de l'Irak face aux "ingérences étrangères" qui fragilisent ce pays, soumis aux vives tensions entre ses deux alliés, Washington et Téhéran. C'est la première visite du président français depuis son élection en 2017.

En provenance de Beyrouth, le chef de l'Etat a assuré que la France continuerait "à agir aux côtés" de l'Irak dans la lutte contre les djihadistes. Une lutte "pas terminée même si nous avons vaincu le califat" du groupe Etat islamique (EI) en 2017."L'Irak traverse un temps de défi depuis plusieurs années, marquées par la guerre et le terrorisme", a déclaré Emmanuel Macron au début de sa visite, la première dans ce pays depuis son élection en 2017.

"Vous avez une transition à mener", et la France souhaite "pleinement" la soutenir, a-t-il ajouté après un entretien avec le président Barham Saleh.

Le président français ne devait passer que quelques heures à Bagdad, le temps de rencontrer les principaux responsables politiques, parmi lesquels le nouveau premier ministre Moustafa al-Kazimi. Il devait discuter avec eux du lancement, "en lien avec les Nations unies, d'une initiative pour accompagner une démarche de souveraineté" de l'Irak, dont les contours restent encore flous.

Bagdad est confronté au "défi des ingérences extérieures multiples, qu'elles viennent de plusieurs années ou soient plus récentes", a précisé le président français, sans citer de nom de pays.

"Nous ne voulons pas être un espace de confrontation, mais de stabilité et de modération", a affirmé le premier ministre Kazimi. Ce dernier souhaite que la France et l'Europe jouent un rôle plus important "pour le rétablissement de la stabilité dans la région".
                  

L'Irak en étau  entre les États-Unis et l'Iran            

                  
L'Irak est pris en étau depuis des années entre ses deux partenaires les plus influents, Washington et Téhéran, une position devenue encore plus difficile à tenir à partir de 2018 avec la campagne de "pression maximale" exercée par les Etats-Unis de Donald Trump contre l'Iran.

Au printemps, Paris et ses partenaires européens avaient appelé à "la désescalade" alors que les tensions étaient fortement montées en réaction à la mort d'un puissant général iranien, Qassem Soleïmani, et de son lieutenant irakien dans une frappe de drone américain à Bagdad. Téhéran avait répondu par des frappes contre les troupes américaines présentes dans l'ouest de l'Irak.

Ces dernières années, les Etats-Unis se sont progressivement désengagés du pays. Et le président Donald Trump a réaffirmé le 21 août sa volonté de retirer les troupes américaines d'Irak, sans préciser de calendrier. Quelque 5 000 soldats et diplomates américains y sont encore déployés.

Le grand voisin iranien dispose sur le sol irakien du soutien crucial du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires intégrée à l'Etat et qui réclame au Parlement l'expulsion des troupes américaines.

La relation entre Bagdad et Téhéran doit se faire "d'Etat à Etat et non via des milices", a récemment déclaré le premier ministre Kazimi. Pour Emmanuel Macron, la communauté internationale a "intérêt" à soutenir "le projet" du gouvernement irakien de mener des réformes et diversifier son économie afin de répondre au puissant mouvement de contestation populaire.

Deuxième plus important producteur de l'Opep, l'Irak a été fortement touché par la chute des prix du pétrole et la pandémie de coronavirus a encore aggravé les difficultés.

Interrogé mardi à Beyrouth sur la présence de djihadistes présumés français emprisonnés en Irak, Emmanuel Macron a réaffirmé que ceux qui "font le choix libre d'aller combattre sur des théâtres extérieurs et se rendent coupables d'actes terroristes dans un Etat souverain" ont vocation à "être judiciarisés dans cet Etat".

Sur les 150 Français arrêtés pour avoir appartenu au groupe Etat islamique (EI), la quasi-totalité sont détenus dans les camps et prisons sommaires des Kurdes du nord-est de la Syrie. Et 11 Français sont détenus en Irak, où ils ont été condamnés à mort.