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Iran/États-Unis : le détroit d'Ormuz, passage stratégique sous haute tension

L'USS Truman fait partie de la Vème flotte américaine, chargé d'assurer la sécurité des voies maritimes d'exportation du pétrole dans le Golfe persique
L'USS Truman fait partie de la Vème flotte américaine, chargé d'assurer la sécurité des voies maritimes d'exportation du pétrole dans le Golfe persique
AP/J. M. Tolbert

La tension monte entre l'Iran et les États-Unis. Washington vient d'annoncer l'envoi d'un nouveau porte-avion dans la région du Golfe persique. Les gardiens de la Révolution, éléments durs du régime iranien, suite à l'embargo américain sur le pétrole iranien, plaident pour une fermeture du détroit d'Ormuz par Téhéran. Focus sur ce passage stratégique où transite plus de 30% du pétrole mondial.

Le détroit d’Ormuz se situe dans la principale région productrice d'hydrocarbures. Les État riverains du Golfe persique possèdent près de 60% des réserves mondiales de pétrole. Le détroit d'Ormuz fait aussi partie d'une des régions les plus militarisées au monde. Les États de la zone ont concentré un peu plus de 29% des importations d'armement pour la période 2012-2016. Description d'un cocktail potentiellement explosif.
 

Porte d'entrée du Golfe Persique


Le détroit d’Ormuz est situé au débouché du Golfe arabo-persique, entre l'Iran et Oman. Il est large d'à peine 55 km et long de 63 km, mais l’île iranienne de Larak n’est séparée que de 24 miles marins (44 km) de l’île omanaise d’el Salamah. Les eaux sont peu profondes et les bateaux doivent d'abord circuler dans un couloir balisé entre les îles omanaises de Quoin et Ras Dobbah avant de s'engager dans un chenal parsemé de trois îles contrôlées par l'Iran. A tout moment les forces de la République islamique iranienne peuvent fermer ce chenal.

 
Le détroit d'Ormuz voit passer chaque année quelque 2400 pétroliers. Plus de 30 pour cent des exportations mondiales de pétrole y transitent.
Le détroit d'Ormuz voit passer chaque année quelque 2400 pétroliers. Plus de 30 pour cent des exportations mondiales de pétrole y transitent.
TV5 MONDE

Près de 30% du pétrole mondial

Ce pétrole est majoritairement saoudien. Il est exporté à hauteur de 10% vers les États-Unis. Un peu plus de 25% de ce brut est ensuite acheté par les pays européens. La majorité des 17 millions de barils qui passent chaque jour par le détroit partent pour l'Asie. Quatorze VLCC (very large crude carrier en anglais ou super tankers) sortent chaque jour du détroit et près de trois quart d'entre eux font route vers la Chine, l’Inde, la Corée et le Japon. Le trafic devrait connaître une augmentation de 30 % d'ici 2030 pour satisfaire les besoins asiatiques, essentiellement la Chine et l'Inde. De même, 18 % des exportations de gaz naturel y transitent : des méthaniers y transportent plus du quart des échanges mondiaux de gaz naturel liquéfié. Dans l'autre sens, les pays du Golfe importent des biens industriels en provenance de la Chine ou du Japon. Le détroit d’Ormuz constitue une voie commerciale essentielle du trafic international, et surtout du trafic maritime pétrolier car les autres passages pour faire transiter le pétrole sont pratiquement inexistants.

Au coeur d'une région surarmée

Deux monde se font face, séparés par le Golfe persique et par son passage le plus étroit, le détroit d'Ormuz : un monde majoritairement sunnite et arabophone et un monde chiite et persophone avec l'Iran. Le monde sunnite, dominé par l'Arabie saoudite dans la région, ne cache pas son hostilité contre l'Iran. Le régime saoudien ne cesse de se réarmer et est devenu en 2017, devant l'Inde, le premier importateur mondial d'armements, selon l'Institut international de recherche sur la paix, basé à Stockholm (Sipri) avec 4 milliards de dollars d'achats. Riyad a considérablement augmenté ses dépenses militaires depuis le déclenchement de son offensive en 2015 au Yémen. Le détroit d'Ormuz constitue la voie orientale de ses exportations de pétrole vers l'Asie. De son côté, l'Iran, ces derniers mois, a renforcé sa ligne de défense avec le port militaire de Bandar Abbas situé à l’entrée du détroit et des bases militaires protégeant les îles de Tomb et Abu Musa où se trouve le chenal de passage des navires pétroliers.
 
Lancement d'un sous-marin iranien sur la principale base navale iranienne du détroit d'Ormuz, le port de Bandar Abbas.
Lancement d'un sous-marin iranien sur la principale base navale iranienne du détroit d'Ormuz, le port de Bandar Abbas.
AP/Rahbar Emamdadi

Les États-Unis sont très implantés militairement dans les États arabes du Golfe. La 5ème flotte est notamment basée à Manama au Bahrein. Deux porte-avions nucléaires de la 5ème flotte patrouillent en permanence dans les eaux du Golfe persique. La France, à une échelle plus modeste, dispose quant à elle, depuis le 26 mai 2009, d’une base interarmées permanente à Abou Dhabi, non loin du détroit.
 
 Images du Mia Margrethen pétrolier d'une compagnie norvégienne attaqué à la grenade par des forces iraniennes dans le détroit d'Ormuz en 1987.
 Images du Mia Margrethen pétrolier d'une compagnie norvégienne attaqué à la grenade par des forces iraniennes dans le détroit d'Ormuz en 1987.
AP/ARCHIVES

Théâtre de nombreux conflits

Le plus marquant fut la guerre entre l'Iran et l'Irak (1980-1988). Entre 1984 et 1987, plus de 600 navires sont ainsi attaqués durant la « guerre des pétroliers ». L’objectif des deux États est de couper les exportations de son adversaire afin d’assécher ses revenus indispensables à l’effort de guerre. La route du pétrole ne sera jamais totalement coupée mais en 1988, au cours d’une mission de protection de tankers koweïtis, la frégate américaine USS Samuel B. Roberts est gravement endommagée par une mine iranienne. Une opération de représailles est déclenchée. La flotte américaine détruit des plates-formes pétrolières iraniennes ainsi qu'un patrouilleur, une vedette et une frégate.