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Israël - Palestine : peut-on craindre un embrasement après les affrontements à Jérusalem-Est ?

Des manifestants israéliens mobilisés sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem. 15 avril 2022.
Des manifestants israéliens mobilisés sur l'Esplanade des mosquées à Jérusalem. 15 avril 2022.
Mahmoud Illean / ASSOCIATED PRESS

Depuis trois semaines, l’Esplanade des mosquées à Jérusalem-est est le théâtre d’affrontements sanglants entre des manifestants palestiniens et les forces israéliennes. Face à la lutte armée sur ce lieu sacré pour les religions musulmane et juive, Israël entend renforcer sa guerre contre le Djihadisme islamique.

Dans la Vieille Ville de Jérusalem-est, un même lieu saint porte deux noms. Il s'agit de l’Esplanade des mosquées pour les musulmans, du Mont du Temple pour les juifs. Cet endroit, qui abrite le dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, est sacré pour les deux religions monothéistes. C’est précisément là, dans cette partie palestinienne de la ville sous occupation israélienne, qu’ont lieu de violents affrontements entre les forces de l’ordre israéliennes et des manifestants palestiniens. 

En plein mois du ramadan, qui a débuté le 1er avril pour tous les musulmans pratiquants du monde, des croyants se sont réunis par milliers à la nuit tombée sur l’Esplanade des mosquées pour prier. En marge de ces rassemblements, des manifestations ont eu lieu rappelant le scénario de l’année dernière à la même période. 

Les forces de sécurité israéliennes devant le Dôme du Rocher à Jérusalem-est. 
Les forces de sécurité israéliennes devant le Dôme du Rocher à Jérusalem-est. 
Mahmoud Illean / ASSOCIATED PRESS

Regain de tensions un an après la guerre de onze jours 

En 2021, des manifestations nocturnes à Jérusalem et des heurts jusque sur l'esplanade s'étaient mués en 11 jours de guerre entre le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, et l’État hébreu.

Depuis la guerre de mai 2021, les tirs de roquettes depuis Gaza vers Israël ont chuté drastiquement. Pour tenter de maintenir la paix, le nouveau gouvernement israélien a augmenté le nombre de permis de travail en Israël pour les Palestiniens de ce territoire sous blocus israélien et au chômage avoisinant les 50%. 20 000 permis de travail contre 12 000 auparavant ont donc été accordés aux ressortissants palestiniens par Tel Aviv, dans l'espoir de redonner un souffle économique à Gaza mais aussi pour pousser le Hamas à renoncer à toute nouvelle confrontation. "Nous allons mettre en oeuvre (ces mesures) seulement si la situation sécuritaire se stabilise à nouveau", avait annoncé en avril Benny Gantz, le ministre israélien de la Défense.

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Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz s'est entretenu avec le président palestinien Mahmoud Abbas à l'occasion du ramadan. Il a estimé que cette période devait être "un temple de paix et de sérénité et non pas de terreur". Cette année, les manifestations nocturnes ont fait une dizaine de blessés et interviennent juste après une vague d'attaques anti-israéliennes. Deux d’entre elles ont été revendiquées par l'État Islamique.

Israël en profite pour poursuivre sa lutte contre le Jihad islamique

La situation sécuritaire est désormais dégradée en raison des récents affrontements à Jérusalem-est et Tel-Aviv. Fin mars, cinq personnes ont été tuées dans une fusillade dans un quartier juif ultra-orthodoxe de Tel-Aviv par un assaillant palestinien. Abattu par les forces israéliennes, il était originaire de Jénine, localité située au nord de la Cisjordanie. 

Le Hamas ne veut pas d'une nouvelle confrontationMoukhaimer Abou Saada, professeur de sciences politiques à l'université Al-Azhar de Gaza.

À Jenine, les autorités israéliennes auraient déjà identifié plusieurs combattants du Jihad islamique. Cette organisation, qualifiée de terroriste par les Etats-Unis et l'UE au même titre que le Hamas, a son QG en Syrie. Elle nourrit des liens de proximité avec l'Iran. Au moins trois de ses combattants ont été tués lors d'échanges de tirs liés aux raids israéliens.

Si Israël mène de nouvelles opérations de cette envergure, "cela risque de mener à une escalade militaire, en particulier avec le Jihad islamique, mais je crois que ça serait une légère escalade car le Hamas ne veut pas d'une nouvelle confrontation", souligne Moukhaimer Abou Saada, professeur de sciences politiques à l'université Al-Azhar de Gaza.

Des analystes sont partagés sur le fait de savoir si le Jihad islamique pourrait permettre à l'Iran, ennemi d'Israël, d'accroître la pression pour faire monter les enchères en vue de la renégociation de l'accord sur son programme nucléaire avec les Occidentaux.

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Intervention des puissances régionales 

En marge des affrontements à Jérusalem-Est, les président et ministre de la Défense israéliens se sont rendus en Jordanie. Ils ont pu discuter avec le roi jordanien Abdallah II qui a, lui, rencontré à Ramallah le président palestinien.

Début avril, le roi Abdallah II de Jordanie avait déjà échangé avec Israël. Lors d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien Naftali Bennett, la couronne jordanienne a souligné la nécessité de rétablir le calme entre Israéliens et Palestiniens, après des violences meurtrières. Selon un communiqué du palais royal, le souverain jordanien a dit à son interlocuteur qu'"il était nécessaire de parvenir à un apaisement général afin d'éviter toute escalade dans les Territoires palestiniens". Le souverain Abdallah II a appelé à "lever tout obstacle à la prière des musulmans sur l'esplanade des Mosquées, surtout avec le début du mois sacré du ramadan, et à cesser les provocations qui pourraient entraîner une escalade", lors de la conversation téléphonique à l'initiative de M. Bennett.

Manifestants palestiniens interpellés par les forces de sécurité israéliennes dans la Vieille Ville de Jérusalem-est. 15 avril 2022.
Manifestants palestiniens interpellés par les forces de sécurité israéliennes dans la Vieille Ville de Jérusalem-est. 15 avril 2022.
Ariel Schalit / ASSOCIATED PRESS

C’est d’ailleurs la Jordanie qui gère les lieux saints musulmans de la Vieille Ville de Jérusalem-Est, comme l'esplanade des Mosquées. Son accès est toutefois contrôlé par Israël. Ces échanges visent à garantir à la fois la liberté de culte et la sécurité des lieux. Une telle gestion par un pays tiers doit aussi éviter que des heurts ne mènent à une nouvelle escalade militaire.