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Italie : la victoire de Giorgia Meloni réjouit l'extrême droite européenne

De gauche à droite, Matteo Salvini La Lega, Silvio Berlusconi Forza Italia et Giorgia Meloni Fratelli d'Italia lors de leur dernier meeting de campagne à Rome le 22 septembre 2022. 
De gauche à droite, Matteo Salvini La Lega, Silvio Berlusconi Forza Italia et Giorgia Meloni Fratelli d'Italia lors de leur dernier meeting de campagne à Rome le 22 septembre 2022. 
© AP Photo/Alessandra Tarantino
De gauche à droite, Matteo Salvini La Lega, Silvio Berlusconi Forza Italia et Giorgia Meloni Fratelli d'Italia lors de leur dernier meeting de campagne à Rome le 22 septembre 2022. 
Giorgia Meloni le 25 septembre au QG de son parti Fratelli d'Italia à Rome fête déjà sa victoire avant la publication des résultats définitifs des élections.

L'arrivée du parti post-fasciste Fratelli d'Italia dirigé par Giorgia Meloni en tête aux législatives du 25 septembre provoque des réactions contrastées en Europe. Les droites extrêmes, comme celles récemment arrivées au pouvoir en Suède, se réjouissent. Les partis de centre gauche s'inquiètent de la prise de pouvoir d'une formation dont les valeurs sont ouvertement anti-européennes.

La victoire probable de la coalition de droite Fratelli d’Italia, Forza Italia et Lega confirme la montée des populismes en Europe. Une montée saluée par des formations de droite et qui inquiète dans d’autres États de l’Union européenne.

Vigilance de la France

Après la victoire du parti post-fasciste de Giorgia Meloni dimanche aux législatives, la réaction de la première ministre française ce 26 septembre a été largement reprise par les médias italiens. La France sera "attentive", a averti Élisabeth Borne.

"Bien évidemment, on sera attentif, (avec) la présidente de la Commission européenne (Ursula von der Leyen), à ce que ces valeurs sur les droits de l'Homme, sur le respect des uns et des autres, notamment le respect du droit à l'avortement, soient respectées par tous", a-t-elle déclaré ce matin sur la chaîne d'information BFMTV.

 Élisabeth Borne a toutefois estimé qu'il ne "fallait pas brûler les étapes" et rappelé qu'il "appartient désormais au président de la République (Sergio Mattarella) de désigner la présidente ou le président du Conseil".
 

Selon Reuters, Emmanuel Macron a confié en privé à des officiels européens qu’il est préoccupé par un victoire de Giorgia Meloni, mais interrogé en public il exprime son optimisme sur les relations de la France avec l’Italie.

La mise en garde de l'Espagne

Le ministre des Affaires étrangères espagnol met en garde contre la montée des populismes. "C'est un moment d'incertitude et dans les moments d'incertitude, les populismes gagnent toujours en importance et ils finissent toujours de la même manière: en catastrophe" car "leur réponse est toujours la même: fermons-nous sur nous-mêmes et revenons au passé", a déclaré José Manuel Albarés, interrogé au sujet des élections italiennes lors d'un petit-déjeuner de presse ce 26 septembre. "Ils apportent toujours des réponses simples à court terme à des problèmes qui sont très complexes", a-t-il ajouté.

José Manuel Albarés, ministre espagnol des Affaires étrangères le 30 août 2022 à Prague.
José Manuel Albarés, ministre espagnol des Affaires étrangères le 30 août 2022 à Prague.
© AP Photo/Petr David Josek

Pour le chef de la diplomatie espagnole, la victoire de Giorgia Meloni intervient à un moment où "deux modèles s'affrontent" en Europe, sur fond de guerre en Ukraine.

"Un modèle sur lequel parie le gouvernement espagnol et beaucoup d'autres pays en Europe qui est celui de la construction européenne" et un "autre modèle, celui de Vladimir Poutine, un modèle autoritaire dans lequel se retrouvent des forces politiques en Europe et même au sein de ce pays", a-t-il poursuivi, en référence au parti d'extrême droite Vox.

La numéro trois du gouvernement de gauche espagnol, la ministre du Travail Yolanda Diaz, a qualifié pour sa part sur Twitter le résultat des élections italiennes de "très triste et préoccupant" et appelé l'Italie "à ne pas suivre le chemin de la Hongrie et de la Pologne".

Le parti d'extrême droite Vox, par la voix de son leader Santiago Abascal, s'est au contraire réjoui dans un tweet de la victoire de Giorgia Meloni qui "a montré la voie vers une Europe fière et libre de nations souveraines", et a estimé que "des millions d'Européens plaçaient leurs espoirs dans l'Italie"

Un victoire saluée par les partis d'extrême droite européens

L'extrême droite française reprend presque les mêmes termes. Marine Le Pen parle de patriotisme et souverainisme quand elle salue la victoire de Giorgia Meloni.

"Le peuple italien a décidé de reprendre son destin en main en élisant un gouvernement patriote et souverainiste", a écrit Marine Le Pen du Rassemblement National (RN) sur Twitter, félicitant Giorgia Meloni et le chef de la Ligue Matteo Salvini, "pour avoir résisté aux menaces d'une Union européenne anti-démocratique et arrogante".

Sur RTL, sa nièce Marion Maréchal, ex-députée RN devenue vice-présidente du parti du polémiste d'extrême droit Éric Zemmour, Reconquête!, a nié que Fratelli "soit un parti factuellement d'extrême droite", tout en plaidant pour "une coalition à droite" en France comme celle qui s'est imposée en Italie, mais aussi en Suède il y a deux semaines.

L’inquiétude de l’Allemagne

En Allemagne, le SPD, le parti social démocrate du chancelier Olaf Scholz, a mis en garde dès la semaine dernière du risque qu’une victoire de la coalition de droite italienne ferait courir à la coopération européenne.

Rolf Müntzenich, un député du SPD, confiait à Reuters le 23 septembre qu’il trouvait "très préoccupant qu’un membre fondateur de l’Union européen soit dans une telle position. C’est une menace pour l’Union européenne et l’Italie." 

Le magazine Stern n’hésitait pas à mettre une photo de Giorgia Meloni avec le titre "la femme la plus dangeureuse d’Europe" en une.

Une de l'hebdomadaire allemand Stern.
Une de l'hebdomadaire allemand Stern.
© Stern

Lars Klingbeil, président du SPD, souligne à Reuters que Giorgia Meloni s’est alignée avec des personnes "anti-démocratiques" comme le premier ministre hongrois Orban.

Un soutien pour la Hongrie et la Pologne

Victor Orban, le premier ministre hongrois, a été le premier à féliciter Giorgia Meloni par un tweet : "En ces temps difficiles, nous avons plus que jamais besoin d’amis avec qui nous partageons une vision commune des choses et la même approche aux défis européens".
 "Orban va probablement pouvoir compter sur le soutien de l’Italie dans son bras de fer avec les législateurs européens" disait à Reuters l’analyste du think thank pro-gouvernement Szazadveg, Zoltan Kiszelly. 

Le 15 septembre, les députés du groupe politique de Giorgia Meloni au Parlement européen ont voté contre une résolution européenne qui condamnait la Hongrie comme "un régime hybride d'autocratie électorale".

Fratelli d’Italia est allié avec le parti nationaliste au pouvoir en Pologne, Droit et Justice, et les Suédois désormais au pouvoir de Nouvelle démocratie.

Voir : Législatives en Suède : victoire historique de l'alliance droite/extrême droite

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"Les formations de droite reçoivent toujours plus de soutien" répondait à Reuters le député polonais de Droit et Justice, Zdzislaw Krasnodebskia, "c’est une chance pour corriger la politique européenne".

Les félicitations du Premier ministre tchèque

Sans surprise, la leader de Fratelli d’Italia a reçu les félicitations du premier ministre tchèque.

"Félicitations à Giorgia Meloni pour sa victoire aux élections italiennes !" a réagi ce 26 septembre, le premier ministre tchèque Petr Fiala (ODS). Le gouvernement tchèque est dirigé par le Parti démocratique civique (ODS),une formation de droite libérale considérée comme eurosceptique.

"Je me réjouis de notre future coopération en matière de politique européenne et dans le domaine de l'éducation au sein du groupe eurosceptique des Conservateurs et Réformistes européens (ECR)" a déclaré le chef du gouvernement tchèque via son compte Twitter.

Pas d’autres réactions officielles pour l’instant, si ce n’est celle de Jan Zahradil, un eurodéputé du même parti que Petr Fiala, l’ODS, qui s’est exclamé sur Twitter : "A star is born !"  (Une étoile est née) à propos de la dirigeante italienne.

L'Union européenne est prête à faire face

Reste à savoir comment, la coalition des droites italienne pourra faire face aux nombreux défis qui l'attendent notamment en politique étrangère. Si elle affirme vouloir "respecter les engagements pris" par Rome vis-à-vis de l'Otan dont l'Italie est membre et rappelle son soutien à l'Ukraine face à l'invasion russe, historiquement, la famille politique de Meloni s'est construite sur l'anticommunisme et elle défend ardemment l'Alliance atlantique dans le dossier ukrainien.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors d'une rencontre avec les étudiants de l'Université de Princeton aux Etats-Unis le 22 septembre a réitéré sa position ferme. 
"Mon approche est que nous sommes prêts à collaborer avec n'importe quel gouvernement démocratique qui veut travailler avec nous"  répondait-elle à une question de l'assistance, en ajoutant "si les choses deviennent difficiles, comme avec la Hongrie et la Pologne, nous avons des solutions."