Info

Italie : Le Mouvement 5 étoiles (M5S) c'est quoi ?

Chargement du lecteur...

Quelques mois après la victoire du Brexit en Grande-Bretagne et de Donald Trump aux Etats-Unis, une nouvelle "force anti-système", populiste, est en train de changer la donne en Italie. Incarnée par le juvénile Luigi Di Maio, le Mouvement 5 étoiles (MoVimento 5 Stelle, M5S) est devenu le premier parti d'Italie aux législatives de dimanche 4 mars 2018 avec plus de 32% des suffrages, et il va peser dans la composition du futur gouvernement. Mais que représente-t-il au juste ? 

dans
Deux ans après avoir acquis une place de numéro deux, le Mouvement 5 étoiles (MoVimento 5 Stelle) est devenu le premier parti d’Italie ce week-end. Avec 32,6 % des voix, le M5S est arrivé en tête aux législatives du 4 mars 2018, ce qui lui permettrait d’obtenir entre 195 et 235 sièges. 
 


Toutefois, la coalition de droite et d'extrême droite formée par Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue du Nord et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), obtient 37% des voix loin devant le Parti démocrate (centre gauche) de Matteo Renzi dont le score de 19% est moitié moins que celui obtenu aux élections européennes de 2014.
 
Ces résultats montrent une ascension extraordinaire et presque paradoxale pour ce parti anti-système né il y a huit ans.  
 
  • Pourquoi cinq étoiles ?

Ces « cinq étoiles » correspondent à cinq grandes idées, cinq objectifs de départ du programme de ce mouvement officiellement né fin 2009 après des réflexions en ligne amorcées en 2005. 

Il s'agissait de l'eau publique, du zéro déchets, via le tri, la réutilisation et le recyclage, des énergies renouvelables, de la mobilité durable et de la connectivité, via du wi-fi libre et gratuit.

Aujourd'hui 24 thématiques  composent le programme du Mouvement allant de l’Energie à l’Union Européenne en passant par l’Immigration, la Justice, la Défense, l’Ecole ou encore une thématique « Smart Nation »
  • Un humoriste comme fondateur

Né en 1948, Beppe Grillo a initié le Mouvement 5 étoiles sur son très influent blog, puis à partir du service en ligne des "Meetup" qui a engendré des listes civiques dans toute l'Italie. Ce Génois diplômé en comptabilité devenu humoriste, comédien et agitateur d'idées, est célèbre pour ses jeux de mots mais aussi ses dérapages. On lui doit notamment le « V-Day » pour le « Jour Vaffanculo » (« va te faire foutre ») en 2007. Il rassemblera 350 000 signatures à cette occasion en vue d'un référendum qui limiterait à deux législatures le mandat des parlementaires.

Qualifié de populiste 2.0, il a été comparé à Coluche, avec qui il a joué en 1985 dans "Le Fou de guerre", de Dino Risi,  mais aussi à Pierre Poujade. Il n'a jamais été élu car le M5S interdit les candidats avec casier judiciaire, or Grillo a été condamné en 1980 pour homicide involontaire après un accident de voiture. 

L'autre fondateur était Gianroberto Casaleggio, l'éditeur du blog de Grillo. Mort en avril dernier à 61 ans, ce Milanais est considéré comme l'idéologue, le stratège, voire le "gourou" du Mouvement. Un homme de l'ombre convaincu de la force du web et de la démocratie directe en ligne qui aurait aussi orchestré le mouvement de manière autoritaire.
 
Beppe Grillo et Luigi Di Maio
Beppe Grillo et Luigi Di Maio
(AP Photo/Andrew Medichini)
 
  • Qui sont les autres têtes d’affiche ?

Luigi Di Maio. C’est lui dont la photo s’affiche partout ce lundi 5 mars 2018. A seulement 31 ans, le juvénile vice-président de la chambre des députés, est celui qui incarne la figure incontournable en vue des tractactions qu'augure la composition du nouveau gouvernement. Ce Napolitain toujours impeccablement mis tranche avec la figure brouillonne, haute en verbe et en couleur du comique fondateur, Beppe Grillo. Lequel à presque 70 ans, s'est récemment mis en retrait d'un M5S devenu "mature", en lançant un nouveau blog et en retournant sur les planches où il avait mûri l'idée d'un mouvement basé sur la démocratie participative directe.

Luigi Di Maiou, gendre idéal

Militant derrière Beppe Grillo depuis 2007, adhérent au mouvement dès sa création en 2009, Luigi Di Maio en a rapidement gravi tous les échelons. Après un échec aux municipales de 2010 à Pomigliano d'Arco, près de Naples, il est devenu député et vice-président de l'assemblée à seulement 26 ans, record d'Italie, trois ans plus tard, en 2013.

En septembre, il a été désigné candidat au poste de Premier ministre après un vote en ligne des militants du M5S où il a obtenu 82% des voix, un score insolent que ses détracteurs attribuent à l'absence de réelle concurrence.

"Di Maio a été créé pour être modéré, rassurant pour les mamans", écrit le journaliste Jacopo Iacoboni dans un livre sur le jeune leader qu'il définit comme "une créature totale de la Casaleggio Associati", la société de conseil informatique qui gère le site internet et l'activité du M5S. 

Fils d'un ex-dirigeant du Mouvement social italien, parti néofasciste aujourd'hui dissous, Luigi Di Maio réfute le terme de populiste, qu'il juge péjoratif, et assure ne pas vouloir d'une Italie extrémiste ou anti-européenne.

Doté d'un calme à toute épreuve selon ses collaborateurs, le jeune candidat a aussi apporté la caution de sérieux qui a longtemps fait défaut au mouvement.

Une image qu'il s'est employé à consolider au cours de la campagne électorale où il a effectué des déplacements à l'étranger et présenté l'équipe d'experts, souvent issus de la société civile, qui composeront son gouvernement en cas de victoire.
Au risque de froisser l'aile orthodoxe du mouvement, il a également assagi son discours sur la sortie de l'euro, qui n'est plus d'actualité, ou sur les alliances avec d'autres partis, qui ne sont plus totalement exclues alors même que le M5S s'est construit sur le rejet de la vieille classe politique.
                                 
Parallèlement, "sur les sujets d'éthique et de l'immigration, la pensée du candidat Premier ministre ressemble à celle d'un surfeur qui suit la vague", écrivait récemment l'hebdomadaire catholique Famiglia Cristiana.

D'autres ont relevé son CV plutôt mince: il n'a pas mené à leur terme les études de droit entamées, et ses expériences professionnelles se limitent à avoir été brièvement administrateur d'un site web, assistant réalisateur et stadier.

Ce qui fait dire à ses détracteurs qu'il n'est que la marionnette de Beppe Grillo et n'est pas intellectuellement armé pour diriger la troisième économie de la zone euro.
Ce à quoi l'intéressé répond: "Le chancelier autrichien a mon âge, le président français 40 ans. L'heure est aux jeunes". 

C'est l'opinion qui règne dans son fief de Pomigliano d'Arco, où il a été élu triomphalement dimanche. "Nous on est propres, comme lui. C'est pour ça que nous votons Luigi: tel qu'il est aujourd'hui, il le restera demain. Il ne fera pas comme les autres", a lancé une électrice à l'AFP.
 

Virginia Raggi : elle est élue maire de Rome en juin 2016, ce qui a fait d'elle à la fois la première femme et la personne la plus jeune à occuper ce poste, à 37 ans. Aujourd'hui âgée de près de 40 ans, cette avocate spécialiste de la propriété intellectuelle a expliqué à des journalistes que c'était la naissance de son fils Matteo qui a convaincue cette Romaine qu'elle ne pouvait rester sans rien faire face à l'état de dégradation de la ville. 
 
(AP Photo/Gregorio Borgia)
 
  • Quel est le programme du M5S ? 

    Le rejet des partis politiques classiques et l'honnêteté de ses membres sont les préalables fondamentaux de ce mouvement anti-système. Mais le mouvement a dû affronter en 2016 ce qu'il condamne chez les autres. Le maire de Livourne (la ville la plus importante dirigée par le M5S après Parme),   Filippo Nogarin a annoncé sur Facebook sa mise en examen pour banqueroute frauduleuse d’une société de ramassage d’ordures gérée par la ville.

    Le programme du mouvement se centre autour de 24 thématiques et de 20 points -parfois anglophones- pour améliorer la qualité de vie des Italiens. Les mesures proposées sont très variées : annulation de "400 lois inutiles", retraite minimum à 780 euros, investissements dans les nouvelles technologies de la "Smart Nation", "application du modèle français" des allocations familiales, mesures strictes contre la corruption, mesures de "Green Economy" pour une Italie 100% renouvelable, "stopper le business de l'immigration", ou encore la valorisation du "Made in Italy".

    Des analystes y ont vu au départ des parallèles avec les Pirates allemands et suédois, en particulier la mise en avant d'une "démocratie liquide". En revanche, certaines prises de position, comme ne pas avoir soutenu l'union civile pour les gays, l'éloignent de Podemos en Espagne ou de Siriza en Grèce.