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Italie : quel est le programme de la coalition d'extrême droite ?

Giorgia Meloni lors d'un dernier meeting de campagne le 22 septembre à Rome.
Giorgia Meloni lors d'un dernier meeting de campagne le 22 septembre à Rome.
© AP Photo /Alessandra Tarantino

La coalition composée par Fratelli d'Italia, Lega et Forza Italia formera très probablement un gouvernement avec comme présidente du Conseil la cheffe du parti d'extrême droite Giorgia Meloni. Que s'apprête à faire ce nouvel exécutif ? Voici les points clés de leur programme que l'on peut trouver dans un document de 15 pages appelé  "Pour l'Italie. Accord cadre de programme pour un Gouvernement de centre droit".

Dans ce texte, on trouve les thèmes les plus importants sur lesquels le gouvernement probablement dirigé par Giorgia Meloni de Fratelli d'Italia devra intervenir dans un contexte économique complexifié par la guerre en Ukraine.
 
  • Politique étrangère

Le programme de la coalition des droites italienne est résolument nationaliste il prone la défense et promotion des racines et identité historiques et culturelles judéo-chrétiennes de l'Europe.

La coalition affirme vouloir "respecter les engagements pris" par Rome vis-à-vis de l'Otan dont l'Italie est membre et rappelle son soutien à l'Ukraine face à l'invasion russe.

Historiquement, la famille politique de Meloni s'est construite sur l'anticommunisme et elle défend ardemment l'Alliance atlantique dans le dossier ukrainien.

Mais Matteo Salvini, dont l'avenir à la tête de son parti paraît néanmoins compromis après son effondrement dans les urnes, s'est déclaré opposé aux sanctions frappant Moscou. Il a par le passé affiché son admiration pour Vladimir Poutine et l'ancien chef de gouvernement Silvio Berlusconi peine à tourner le dos à l'homme fort du Kremlin qu'il avait accompagné en 2014 en Crimée après l'annexion de la péninsule ukrainienne par la Russie.
 
À Yalta, en Crimée, en septembre 2015.
À Yalta, en Crimée, en septembre 2015.
© Alexei Druzhinin/RIA-Novosti, Kremlin Pool Photo via AP
La coalition garantit la "pleine adhésion" de l'Italie "au processus d'intégration européenne" tout en appelant de ses voeux une "Union européenne plus politique et moins bureaucratique" et exigeant la "révision des règles du Pacte de stabilité et de la gouvernance économique".

Sa politique étrangère est centrée sur la défense de la Patrie.

Giorgia Meloni a prévu d'augmenter le budget de la Défense nationale pour qu'il atteigne 2% du PIB, afin de respecter les engagements des membres de l'OTAN, dont l'Italie fait partie. Cet engagement comme l'explique le site de décryptage "pagella politica" n'est pas obligatoire mais pour le respecter, l'Italie devrait augmenter ses dépenses pour l'armée de 8 milliards d'euro par an.

"Per l'Italia" promet "un plan européen extraordinaire pour le développement du continent africain" au travers de politiques de coopération internationale visant au développement socio-économique et à la stabilité politique.

Giorgia Meloni a une position très claire vis à vis de l'immigration comme elle le déclarait devant ses militants à Rome en octobre 2019.

"Si vous vous sentez offensés par le crucifix, ce n'est pas ici que vous devez vivre. Le monde est vaste et il est plein de nations islamiques où vous ne trouverez pas un crucifix parce que les chrétiens y sont persécutés et les églises y sont rasées. Mais ici nous défendrons ces symboles, ces églises et nous défendrons notre identité. Nous défendrons Dieu, la patrie et la famille, faites-vous une raison. Nous nous battrons contre l'islamisation de l'Europe, parce que nous n'avons aucune intention de devenir un continent musulman".

Elle prônait un "bloc naval" devant la Libye contre les migrants clandestins, ainsi que l'arraisonnement des navires des ONG qui leurs portent secours et qui, selon ses termes"favorisent l'immigration clandestine de masse".
 
Migrants interceptés par les gardes-côtés libyens à Gasr Garabulli, le 23 mai 2022.
Migrants interceptés par les gardes-côtés libyens à Gasr Garabulli, le 23 mai 2022.
© AP Photo/Yousef Murad
Dans le programme de "Per l'Italia" on trouve la proposition de créér des hot-spots sur les territoires extra-européens, gérés par l'Union européenne, pour examiner les demandes d'asile.
 
  • Économie et social

La guerre en Ukraine a fait monter les prix de l'énergie et augmenter l'inflation. La cherté du coût de la vie a été un des thèmes de la campagne politique. 

"Per l'Italia" promet une meilleure utilisation du "Pnrr", le Plan national de reprise et de résilience, mis en place après la crise Covid. La coalition de Giorgia Meloni demande "une révision du plan de relance en fonction des conditions, des nécessités et des priorités nouvelles", pour prendre en compte en particulier l'inflation.
"Le gouvernement socialiste du Portugal l'a fait [le Portugal a fait une demande en ce sens, ndlr] et pour l'Italie ça ne serait pas possible?", s'est interrogée Meloni début septembre.

Les dirigeants de la coalition souhaitent une révision du plan en accord avec la Commission européenne et une meilleure utilisation des financements européens.

Si Giorgia Meloni a abandonné l'idée d'un "Italexit", elle entend refonder le rapport entre Rome et Bruxelles. "La fête est finie, l'Italie va commencer à défendre ses intérêts nationaux comme le font les autres, et après on cherche des solutions communes", a-t-elle prévenu pendant la campagne.

"Per l'Italia" prévoit une réduction de la pression fiscale pour les familles, les entreprises et les travailleurs indépendants. Elle veut supprimer le revenu universel minimum que Giorgia Meloni avait qualifié pendant sa campagne de "metadone d'État".

Le programme prévoit la revalorisation des minima retraite, sociaux et invalidité.
 
  • Aide aux familles

Le programme prévoit un plan de soutien à la natalité avec des crèches gratuites, crèches dans les entreprises, ludothèques. Il propose un réduction de la TVA sur les produits et services pour la petite enfance et une introduction progressive du quotient familial.

La leader de Fratelli d'Italia n'a jamais caché ses opinions en ce qui concerne ce qu'elle appelle le "lobby LGBT" et la défense de la famille traditionelle. Elle s'était exprimée sans censure devant les militants de la formation d'extrême droite Vox en Espagne en juin dernier.

"Oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT! Oui à l'identité sexuelle, non à l'idéologie du genre! Oui à la culture de la vie, non à l'abîme de la mort! Oui aux valeurs universelles de la Croix, non à la violence islamiste! Oui aux frontières sûres, non à l'immigration de masse! Oui au travail de nos citoyens, non à la grande finance internationale! Oui à la souveraineté du peuple, non à la bureaucratie de Bruxelles! Oui à notre civilisation, non à ceux qui veulent la détruire!"
 
  • Réforme des institutions

"Per l'Italia" souhaite passer à l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Le président en Italie est élu par un collège électoral composé de sénateurs.

La coalition de droite veut poursuivre le parcours engagé pour la reconnaissance des autonomies régionales, en garantissant les mécanismes de péréquation. Il s'agit d'attenuer les disparités entre collectivités territoriales notamment en ce qui concerne leurs charges et leurs ressources. Un des refrains de Matteo Salvini, le leader de la Lega, est que le Nord n'a pas à payer pour le Sud, moins riche.

Giulia Meloni veut abolir le délit de torture "ça empêche les agents de police de faire leur travail" avait-elle déclaré en juillet 2018. Elle voulait aussi augmenter les peines de prison en cas de menace ou résistance à un agent de la force publique. Elle pronait également un recours plus simple au port d'armes partant du principe que "la défense est toujours légitime".

La coalition propose une réforme du système judiciaire en réformant les procès afin de réduire leur durée et rendre les "procédures plus efficaces"
 
  • Santé

La coalition ne veut pas rendre obligatoire la vaccination contre le Covid-19. Le pass vaccinal, appelé "green pass" en Italie, sera supprimé. Elle veut également introduire "une commission d'enquête sur la gestion sanitaire et économique de la pandémie ainsi que sur les réactions au vaccin." Dans le chapitre qu'elle consacre à la "défense de la liberté et de la dignité de chacun", elle promet une "opposition à la censure arbitraire des réseaux sociaux et la garantie du respect de la libre manifestation d'opinion de la part des grandes plateformes de communication", ainsi que la protection de "la vie humaine dès son origine" et "la lutte à toute forme de maternité de substitution".
 
  • Energie et environnement

Le programme évoque la transition énergétique durable, l'augmentatiuon de la prodution des énergies renouvelables et la mise en oeuvre d'un plan pour l'autosuffisance énergétique. "Per l'Italia" souhaite recourir au "nucléaire propre".

Matteo Salvini s'est récemment déclaré opposé à la fin de la production de véhicules à moteur thermique dans le nord de l'Italie en 2035.

En ce qui concerne l'augmentation des prix de l'énergie. Fratelli d'Italia promet la mise en place d'une unité de crise sur l'énergie et les factures dite "caro bollette" et de fixer un prix plancher européen au prix du gaz. Le parti de Giorgia Meloni propose de ne plus lier le prix de l'électricité à celui du gaz, d'instaurer la transparence des prix de l'énergie et de geler les taxes et impôts d'État sur l'énergie et le carburant.

L'environnement se veut une "priorité" comme on peut le lire sur leur texte, à l'alinea 12 de leurs 20 propositions. 

Giorgia Meloni a promi de signer la déclaration promue par le Conservative Environnement Network, un forum écologique conservateur né au Royaume-Uni.
Comme le souligne le site d'information climatique italien Iconaclima.it créé par la fondation indépendante Meteo Expert, le programme de Fratelli d'Italia ne mentionne jamais le problème des émissions de gaz à effet de serre. On n'y trouve même pas les objectifs climatiques que l'Italie a promi d'atteindre au niveau international. 

Fratelli d'Italia se promet d'aborder le problème de la sécheresse en sécurisant le réseau d'eau et en augmentant les investissements dans ces ressourses. Le parti de Giorgia Meloni prévoit la réalisation d'usines de désalinisation de l'eau. Il promet de combattre la pollution "de nos eaux", de nettoyer les lacs et les rivières et de "sauver la mer et le littoral".

Fratelli d'Italia propose aussi de planter des abres pour créér des "ceintures vertes" en ville et de renforcer les transports publics et la mobilité douce.