Info

JO-2020: Samir Aït Saïd ou la gym avec les poings

Samir Aït Saïd lors d'un entraînement à Antibes, le 1er juin 2021
Samir Aït Saïd lors d'un entraînement à Antibes, le 1er juin 2021
afp.com - Valery HACHE
Samir Aït Saïd lors d'un entraînement à Antibes, le 1er juin 2021
Samir Aït Saïd lors d'un entraînement à Antibes, le 1er juin 2021
afp.com - Valery HACHE
Samir Aït Saïd lors d'un entraînement à Antibes, le 1er juin 2021
Samir Aït Saïd lors d'un entraînement à Antibes, le 1er juin 2021
afp.com - Valery HACHE

"C'est un combattant, il ira faire du combat dans des +cages+" de MMA, lâche son entraîneur. A 31 ans, Samir Aït Saïd, porte-drapeau de l'équipe de France aux JO de Tokyo, est un gymnaste hors cadre, pratiquant aussi des sports de combat, à l'image d'une carrière forgée dans l'adversité qui bute sur les JO.

Ce spécialiste des anneaux entrera vendredi dans le stade olympique de Tokyo comme porte-drapeau des Bleus aux côtés de la judoka Clarisse Agbegnenou. L'annonce lui a "mis des étoiles dans les yeux", raconte-t-il, après avoir cru d'abord qu'il y avait erreur sur la personne...

Pour lui, c'est déjà une belle manière d'effacer l'image des Jeux de Rio en 2016 : sa jambe brisée en équerre, double fracture tibia péroné, devant les yeux du monde entier, lors d'une réception d'un saut en qualifications.

Quatre ans plus tôt, il n'avait pas pu participer aux Jeux de Londres en raison d'une blessure déjà. "La vie, c'est les montagnes russes", a-t-il coutume de dire, en regardant les dernières années de sa carrière.

"On peut avoir des gros coups du sort, le but, c'est de se battre et d'atteindre les objectifs, coûte que coûte", confiait-il à l'AFP un mois et demi avant Tokyo, dans le gymnase d'Antibes où il s'entraîne, sous les yeux de sa fille née en mars, dont il est fin fou.

- "+Niaqueur+" -

"Porte-drapeau, c'est magnifique mais je veux aller là-bas pour être champion olympique", prend-il bien soin de préciser. L'objectif, c'est LA médaille olympique.

"C'est un +niaqueur+", décrit à l'AFP son entraîneur depuis 2015 Rodolphe Bouché. Avec toute une équipe, il l'a remis sur ses deux pieds un peu plus d'un an après sa fracture à la jambe, à coup d'entraînements sur le sable, de steps dans les escaliers, tout cela assorti d'une diète.

Pour le gymnaste, la période prend l'allure d'une "descente aux enfers". Il perd son père, sa mère est victime d'un accident, et il se retrouve "dans le dur financièrement" même s'il décroche son diplôme de kiné.

En 2017, il reprend le chemin de la compétition et essuie une déception aux Mondiaux de Montréal, où il finit quatrième à 8 millièmes de la troisième marche du podium. En 2019, aux Mondiaux de Stuttgart (Allemagne), il arrache du bronze et sa qualification pour les Jeux de Tokyo.

- Adepte du MMA -

Sa carrière est loin d'être rectiligne. "D'un point A à un point B, avec moi c'est jamais droit", résume-t-il, lui qui a été champion d'Europe aux anneaux il y a déjà huit ans, en 2013.

Pour Brigitte Henriques, nouvelle patronne du Comité olympique français, "c'est une leçon de vie à lui tout seul". "La volonté est sa grande qualité", en plus de "sa force physique" et son "explosivité", explique Philippe Carmona, entraîneur qui le connaît depuis petit.

Difficile à suivre parfois?

"Une forte personnalité" pour Yann Cucherat, ancien directeur du haut niveau masculin. "C'est aussi cela qui lui permet d'être un grand champion", ajoute-t-il.

En plus d'être "tenace" et "résilient", "un mec de défis", physiquement "il est très fort, il a des fibres (musculaires) de sprinteur", éclaire son coach.

Son goût prononcé pour les sports de combat qu'il pratique depuis longtemps lui permet aussi d'"aller chercher des ressources ailleurs", complète Yann Cucherat. Cette année, il a intégré la boxe et le ju-jitsu brésilien à part entière dans sa préparation.

"Depuis gamin, j'ai toujours aimé les sports de combat, explique-t-il. Je suis un adepte du MMA (arts martiaux mixtes), j'ai beaucoup d'amis qui sont pro". Ce sport controversé qui permet coups de pied, poing, genou et coude, ainsi que coups au sol, étranglements et clés, et se pratique à l'intérieur d'une cage, a été légalisé en France en 2020.

"Mais chaque chose en son temps", tempère-t-il. Avant d'aller "dans des cages" comme le dit son entraîneur, il y a Tokyo, puis Paris en 2024. Car il veut aussi "gagner à la maison".