Info

JO de Tokyo: première inculpation aux Etats-Unis en vertu d'une loi américaine antidopage

Deux échantillons de sang d'un athlète, sur le point d'être analysés par le laboratoire anti-dopage de Châtenay-Malabry, le 15 décembre 2015
Deux échantillons de sang d'un athlète, sur le point d'être analysés par le laboratoire anti-dopage de Châtenay-Malabry, le 15 décembre 2015
afp.com - FRANCK FIFE
La sprinteuse nigériane Blessing Okagbare, après avoir remporté sa série du 100 m aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, le 30 juillet 2021
La sprinteuse nigériane Blessing Okagbare, après avoir remporté sa série du 100 m aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, le 30 juillet 2021
afp.com - Giuseppe CACACE

Le ministère américain de la Justice a annoncé mercredi une première inculpation dans le cadre d'une loi controversée qui permet aux Etats-Unis de poursuivre toute personne impliquée dans une affaire de dopage dans une compétition internationale.

Eric Lira, qui se présente comme un médecin "kinésiologue et naturopathe" installé au Texas, est accusé d'avoir fourni des produits dopants à des athlètes "avant et dans le but de tricher lors des Jeux olympiques" de Tokyo organisés en 2021, en violation de cette "loi Rodchenkov" promulguée l'année précédente, a précisé le ministère dans un communiqué.

Le thérapeute de 41 ans a été arrêté mercredi et devait comparaître dans la journée devant un tribunal du Texas, dans le sud des Etats-Unis.

"La promesse portée par les Jeux olympiques est un message mondial d'unité. Aujourd'hui, ce bureau envoie un message fort à ceux qui voudraient souiller les Jeux et tenter de profiter de cette corruption", a affirmé le procureur fédéral pour le district Sud de New York, Damian Williams, cité dans le communiqué.

Eric Lira est accusé d'avoir acheté des produits destinés à améliorer les performances, comme de l'hormone de croissance et de l'érythropoïétine (EPO), en Amérique du Sud et en Amérique centrale et d'en avoir distribué à deux athlètes dans le cadre d'un programme de dopage lors de leur préparation aux JO-2020.

Les deux sportifs ne sont pas nommés mais l'acte d'accusation permet d'identifier l'"athlète N.1" comme la sprinteuse nigériane Blessing Okagbare.

Après avoir été suspendue pour dopage à l'hormone de croissance le jour des demi-finales du 100 m des Jeux de Tokyo, Okagbare s'est ensuite vu reprocher en octobre un contrôle positif à l'EPO survenu plus tôt dans la saison.

La Nigériane est toujours provisoirement suspendue par l'Unité d'intégrité de l'athlétisme (AIU), chargée de l'enquête, en attendant que son cas soit porté devant le tribunal disciplinaire.

"Nous saluons les poursuites engagées contre toute personne fournissant des produits dopants aux athlètes. La collaboration entre les autorités judiciaires et les agences antidopage peut considérablement renforcer la capacité à détecter d'importants cas de dopage", a indiqué le directeur de l'AIU Brett Clothier dans un communiqué transmis à l'AFP.

Okagbare faisait partie la saison dernière d'un célèbre groupe de très haut niveau basé en Floride, et géré par l'Américain Rana Reider, où des produits dopants avaient été découverts en juillet 2021 dans les affaires de l'"athlète N.2", dont l'identité est inconnue.

La personne ayant découvert ces produits avait alors contacté la police fédérale, qui avait ouvert une enquête dans le cadre de la "loi Rodchenkov".

Cette loi votée en 2020 permet à la justice américaine de poursuivre et d'infliger des peines de prison pouvant aller jusqu'à 10 ans et des amendes pouvant s'élever à un million de dollars à toutes les personnes, quelle que soit leur nationalité, impliquées dans un système international de dopage.

Elle porte le nom de l'ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou à l'origine des révélations sur le dopage organisé en Russie entre 2011 et 2015, et réfugié aux États-Unis.

La loi avait été critiquée par de nombreux acteurs internationaux, dont l'Agence mondiale antidopage (AMA), craignant qu'elle encourage d'autres pays à créer leur propre juridiction extraterritoriale pour des raisons politiques.