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John Kelly, un secrétaire général de la Maison Blanche mal-aimé

Le secrétaire général de la Maison Blanche John Kelly, à la descente de l'avion présidentiel Air Force One, le 17 novembre 2018, accompagnant en Californie le président américain constater les dégâts des incendies
Le secrétaire général de la Maison Blanche John Kelly, à la descente de l'avion présidentiel Air Force One, le 17 novembre 2018, accompagnant en Californie le président américain constater les dégâts des incendies
afp.com - SAUL LOEB
Donald Trump, à droite et John Kelly, dans le Bureau ovale à la Maison Blanche, le 31 juillet 2017
Donald Trump, à droite et John Kelly, dans le Bureau ovale à la Maison Blanche, le 31 juillet 2017
afp.com - JIM WATSON
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L'ex-général des Marines John Kelly, secrétaire général de la Maison Blanche depuis juillet 2017, avait pour mission de remettre de l'ordre au sein d'une présidence totalement désorganisée. Depuis, ses relations avec Donald Trump se sont tellement détériorées que les deux hommes ne s'adresseraient plus la parole.

Le président américain a annoncé brusquement samedi le départ "à la fin de l'année" de son plus proche conseiller. Il a précisé que le nom de son successeur serait annoncé "dans un jour ou deux" et qu'il pourrait s'agir d'un remplaçant par intérim, en attendant de trouver un successeur permanent.

"C'est un gars super", a ajouté le 45e président des Etats-Unis, précisant qu'il avait "beaucoup apprécié ses services".

John Kelly, 68 ans, était arrivé à la Maison Blanche quelques mois à peine après le renvoi par M. Trump du directeur du FBI et la nomination du procureur spécial Robert Mueller chargé de chapeauter l'enquête sur les soupçons de collusion entre l'équipe de campagne du magnat de l'immobilier et Moscou.

Même s'il n'a pas su éviter les déclarations polémiques, l'ancien militaire s'est rapidement imposé comme un rempart au Bureau ovale, insistant même pour que la fille de M. Trump Ivanka et son gendre Jared Kushner, passent par lui avant tout entretien avec M. Trump.

Mais les tensions entre les deux hommes, aux personnalités opposées, ne faisaient que croître, notamment depuis la publication en septembre du livre brûlot du journaliste Bob Woodward, "Peur: Trump à la Maison Blanche", qui affirme que le secrétaire général tenait le président en piètre estime.

"C'est un idiot. C'est inutile d'essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il a complètement déraillé. On est chez les fous. Je ne sais même pas ce que nous faisons là", aurait dit John Kelly dans une réunion en petit comité. Il l'a nié.

Les rumeurs de son départ imminent circulaient depuis des mois et vendredi, CNN rapportait que les deux hommes "avaient cessé de se parler récemment".

Avant de rejoindre la Maison Blanche, M. Kelly avait occupé le poste de ministre de la Sécurité Intérieure pendant les six premiers mois de la présidence.

- "Trop paresseux" -

Il avait alors incarné la politique migratoire renforcée voulue par le milliardaire républicain et ses projets les plus emblématiques et controversés: la lutte contre l'immigration clandestine, le projet d'interdiction d'entrée aux Etats-Unis de ressortissants de six pays à majorité musulmane et l'engagement à construire un mur le long de la frontière avec le Mexique.

Ses propos à l'emporte-pièce ont parfois choqué. Il avait ainsi estimé dans une interview que certains jeunes immigrants étaient "trop paresseux" pour éviter l'expulsion.

Il a traité une élue noire de Floride de "coquille vide", une formule qui avait été jugée raciste.

On lui a aussi reproché son inaction lorsque l'un des conseillers de la Maison Blanche, Rob Porter, avait été accusé de violences conjugales.

Avant de piloter le ministère de la Sécurité intérieure, le général Kelly était fort d'une longue carrière militaire qui l'a conduit à la tête du commandement des forces américaines en Amérique du Sud de 2012 à 2016.

A ce titre, il a dirigé les importants moyens militaires engagés dans la lutte contre le trafic de drogue vers les Etats-Unis et noué de nombreux contacts avec les gouvernements de la région.

Il a combattu en Irak à plusieurs reprises. Il fut l'adjoint du général Jim Mattis, aujourd'hui ministre de la Défense, lorsqu'il mena sa première division des Marines à l'assaut de Bagdad en 2003.

John Kelly est aussi connu par le grand public aux Etats-Unis pour sa tragédie personnelle: il est l'un des rares chefs militaires à avoir perdu un enfant au combat. Son plus jeune fils Robert, lui-même Marine, est mort en Afghanistan en novembre 2010.

Enfant d'un des quartiers difficiles de Boston (nord-est), John Kelly s'est engagé dans les Marines en 1970, à 20 ans, en pleine guerre du Vietnam. Il quitte les Marines deux ans plus tard avec le grade de sergent, reprend des études et se ré-engage en 1976 comme officier.