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L'économie allemande limite la casse malgré une récession historique

Des conteneurs dans le port de Bremerhaven (Allemagne), le 30 décembre 2020
Des conteneurs dans le port de Bremerhaven (Allemagne), le 30 décembre 2020
afp.com - Patrik Stollarz
Une rue de Munich, bordée de magasins et de restaurants fermés en raison de la pandémie de Covid-19, le 11 janvier 2021
Une rue de Munich, bordée de magasins et de restaurants fermés en raison de la pandémie de Covid-19, le 11 janvier 2021
afp.com - Christof STACHE

Touchée mais pas coulée: l'économie allemande a connu en 2020 sa pire année depuis la crise financière de 2009, avec un recul de 5% de son produit intérieur brut (PIB) sous l'effet de la pandémie de Covid-19, mais limite les dégâts grâce au rebond du secteur industriel.

"L'économie allemande est entrée dans une profonde récession, après une décennie de croissance", a constaté jeudi l'institut de statistique Destatis, lors de la présentation de données provisoires.

La chute que la première économie de la zone euro a encaissé en 2020 est historique : depuis la réunification, seule l'année 2009, au plus fort de la crise financière, a vu pire (-5,7%).

Mais le plongeon est moins grave qu'annoncé : l'indicateur surpasse à ce stade les prévisions du gouvernement, qui tablait sur une baisse de 5,5%.

Et l'Allemagne devrait mieux s'en sortir que ses partenaires européens, comme la France (-9,3%), l'Italie (-9,0%) ou l'Espagne (-11,1%), selon les récentes prévisions de la Banque centrale européenne.

"Par rapport aux craintes initiales (...) l'économie allemande limite la casse", estime même Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste pour la banque publique KFW.

Une performance due notamment aux bons résultats de l'industrie, en dépit du retour, depuis novembre, de fortes restrictions pour endiguer l'essor de la pandémie.

- Hausse des commandes -

Par rapport au brutal coup de frein du printemps, le secteur industriel, pilier du modèle allemand, n'a en effet pas connu de baisse d'activité en fin d'année.

Bien au contraire: les commandes à l'industrie manufacturière ont augmenté de 2,3% en novembre, au plus haut depuis le début de la crise, tandis que la production a augmenté de 0,9% sur un mois.

Ces deux indicateurs progressent depuis plusieurs mois, grâce au dynamisme du marché chinois, l'un des principaux débouchés de l'Allemagne.

"L'économie allemande a été moins durement touchée lors du deuxième confinement que lors du premier", confirme Georg Thiel, le président de l'institut Destatis.

Le PIB du quatrième trimestre devrait ainsi afficher "une certaine stagnation", selon l'économiste Uwe Burkert, de banque LBBW, loin de la chute historique de 9,8% du deuxième trimestre mais marquant aussi un fort ralentissement après le rebond de l'été.

Et l'horizon n'est pas entièrement dégagé pour 2021, espéré comme l'année de la reprise.

L'Allemagne vit depuis mi-décembre sous "confinement partiel" avec fermeture des commerces non essentiels, tandis que bars, restaurants, lieux de loisirs et de cultures, ont tiré le rideau depuis début novembre.

La poursuite des restrictions, d'une part, et des mesures de soutien public, d'autre part, seront "déterminants pour l'évolution de la situation économique globale", a souligné Georg Thiel, de Destatis.

Berlin prévoit une croissance de 4,4% en 2021, et de 2,5% en 2022, soit un retour à la dynamique "d'avant crise".

Le ministre de l'Economie Peter Altmaier doit communiquer à la mi-journée sur les perspectives des mois à venir.

Les analystes de Capital Economics n'excluent pas un nouveau recul du PIB au première trimestre.

- Le plus dur à venir -

Les fédérations des commerçants craignent une vague de faillites, avec la disparition de "50.000 magasins" dans les prochains mois.

Dans les petites et moyennes entreprises, colonne vertébrale de l'économie allemande, ce sont près d'un million d'emplois qui sont menacés, selon une étude de la banque publique allemande KfW.

Pour épauler les entreprises, le gouvernement a prolongé les aides spéciales jusqu'à fin janvier.

Les divers plans d'aides massifs accordés par les pouvoirs publics à l'économie ont coûté aux comptes des administrations publiques leur premier déficit en huit ans, à 4,8% du PIB.

Mais le patronat se plaint de la lenteur des versements, ainsi que du changement des règles de calcul depuis le 1er janvier, qu'il juge moins avantageuses.

La chancelière Angela Merkel a averti que les prochaines semaines verraient "la phase la plus dure de la pandémie", sur fond de propagation de variants du virus considérés comme plus contagieux.

L'avenir de l'économie allemande dépendra de l'évolution de la situation sanitaire, ont prévenu les "sages économiques", comité d'experts qui conseille le gouvernement.

"Si en février ou mars nous allégeons un peu les restrictions, nous aurons au deuxième trimestre une forte croissance comme cet été", a estimé le président de l'organisme, Lars Feld, dans une interview au journal Handelsblatt.