Info

L'Equipe: pas de journal jeudi, des journalistes manifestent

Rassemblement de salariés en grève devant le siège du quotidien L'Equipe, le 13 janvier 2021 à Boulogne-Billancourt près de Paris
Rassemblement de salariés en grève devant le siège du quotidien L'Equipe, le 13 janvier 2021 à Boulogne-Billancourt près de Paris
afp.com - Martin BUREAU

Une soixantaine de salariés de L'Equipe se sont rassemblés mercredi devant les locaux du quotidien à Boulogne-Billancourt pour dénoncer un plan social, au coeur d'une grève qui privera les fans de sport de leur journal fétiche jeudi pour la sixième journée d'affilée.

"On ne fait pas" cette grève, la plus longue de l'histoire récente du titre, "de gaieté de cœur", a expliqué une journaliste à l'AFP. "Ce n'est pas un caprice, c'est un ras-le-bol souterrain depuis des années", a abondé Michel (prénom modifié), un de ses collègues.

Pour la plupart journalistes, les manifestants ont brandi en début d'après-midi des exemplaires de L'Equipe et de France football, en marge d'une réunion entre syndicats et direction.

Dans la foulée, l'intersyndicale SNJ - SNJ-CGT - UFICT-CGT - SGLCE-CGT a décidé de reconduire le mouvement lancé vendredi contre le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE, plan social) dévoilé à l'automne, dont elle demande la suspension.

Le journal ne paraîtra donc pas jeudi, a annoncé la direction à l'AFP.

Le PSE prévoit la suppression d'une cinquantaine de postes -47 de journalistes, 8 d'administratifs- au sein de la SAS L'Equipe (le quotidien, le magazine, Vélo Magazine et l'hebdomadaire France football, en passe de devenir un mensuel) qui emploie 350 personnes.

Une douzaine de créations de postes sont prévues en parallèle pour renforcer l'offre internet et augmenter le nombre d'abonnés numériques payants.

Objectif ? Réaliser 5 millions d'euros d'économies et éviter 6 millions d'euros de pertes en 2021, à l'heure où L'Equipe, déjà fragilisée par la baisse de ses ventes papier, souffre de la crise sanitaire et des aléas pesant sur les compétitions sportives, totalement arrêtées au printemps dernier.

Ce plan social avait été présenté en réponse au rejet cet été par les syndicats d'un projet d'accord de performance collective (APC), censé garantir la préservation des emplois sur quatre ans en échange d'une baisse des rémunérations et d'une augmentation du temps de travail.

"On est resté cinq mois et demi sans matière première, on a réussi le tour de force de sortir tous les jours un journal de qualité, et notre seule récompense c'est le mépris", déplore Michel.

Face à la grogne, la direction a amélioré mardi les conditions de départ associées au PSE.

"Mais on reste assez loin des conditions" du précédent PSE "d'il y a deux ans", juge un journaliste gréviste qui redoute des "départs contraints" notamment chez les plus jeunes recrues.

Et côté éditorial, l'ampleur des réductions d'effectifs, qui ira de pair avec une moindre couverture des petits clubs de foot, du rugby ou des "petits sports", suscite l'incompréhension à trois ans des Jeux olympiques de Paris.

La direction a aussi proposé une alternative au PSE, un APC modifié, avec une baisse des salaires de 5% jusque fin 2024 au plus tard et l'abandon de 10 jours de RTT à la clé.

De leur côté, les lecteurs continuaient d'afficher leur soutien mercredi sur les réseaux sociaux. "L'équipe me manque", a notamment tweeté le journaliste Michel Denisot.

En novembre, la diffusion payée de L'Equipe a reculé de 12,61% par rapport à la même période un an plus tôt, à 192.499 exemplaires (papiers et numériques) par jour, selon l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias.