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L'Espagne retourne aux urnes, pour une issue toujours incertaine

De gauche à droite : Pablo Casado (Parti Populaire ; Pedro Sanchez (PSOE, Premier ministre ; Santiago Abascal (Vox); Pablo Iglesias (Podemos) ; Albert Riveira (Ciudadanos), le 4 novembre 2019, avant un débat télévisé.<br />
<sup><sub>(AP Photo/Bernat Armangue)</sub></sup>
De gauche à droite : Pablo Casado (Parti Populaire ; Pedro Sanchez (PSOE, Premier ministre ; Santiago Abascal (Vox); Pablo Iglesias (Podemos) ; Albert Riveira (Ciudadanos), le 4 novembre 2019, avant un débat télévisé.
(AP Photo/Bernat Armangue)

Paralysée politiquement, l'Espagne retourne aux urnes pour les élections législatives ce dimanche 10 novembre. C'est la quatrième fois en quatre ans dans un contexte de crise ouverte en Catalogne qui devrait provoquer une montée du parti d'extrême droite Vox. Qui sont les candidats ? 

Vainqueur des dernières élections fin avril mais incapable de s'entendre au minimum avec la gauche radicale de Podemos pour être reconduit au pouvoir, le chef du gouvernement socialiste sortant Pedro Sanchez (PSOE) est donné une nouvelle fois gagnant par les sondages.

Mais il ne devrait pas sortir renforcé de ce scrutin comme il l'espérait. Contrairement au Parti Populaire (PP, droite) mais surtout à Vox qui pourrait devenir la troisième force politique après avoir fait son entrée à la chambre des députés en avril dans un pays où l'extrême droite était marginale depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Ce 7 novembre, la Commission européenne a revu fortement à la baisse sa prévision de croissance du PIB pour 2019, à 1,9% contre 2,3% initialement prévu.

Récemment, le gouvernement et la Banque d'Espagne ont aussi corrigé leurs prévisions, à 2,1% et 2% respectivement, alors qu'entre 2015 et 2017, l'Espagne caracolait autour de 3% de croissance annuelle.

La consommation a rebondi au troisième trimestre mais les experts ne s'attendent pas à une embellie durable car, en parallèle, le taux de chômage recule moins vite que ces dernières années.

Fin septembre, il stagnait à près de 14%. Et en octobre, le pays a enregistré la pire hausse du nombre de demandeurs d'emploi depuis 2012.

Cette formation ultranationaliste, qui prône l'interdiction des partis séparatistes et tient un discours très dur sur l'immigration, profite de l'émoi suscité par les scènes de guérilla urbaine à Barcelone ayant suivi la condamnation mi-octobre de dirigeants indépendantistes catalans pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017. Selon de récents sondages, elle pourrait doubler son nombre de députés à près de 50 sur 350.

Pour mobiliser son électorat, M. Sanchez a mis en garde ces derniers jours contre la montée de ce parti qui représente selon lui une "Espagne en noir et blanc d'il y a 40 ans qui ne doit jamais faire son retour".

Du chef du gouvernement socialiste sortant Pedro Sanchez à son opposant conservateur Pablo Casado en passant par le leader d'extrême droite Santiago Abascal, voici les cinq principaux candidats qui s'affrontent dimanche lors des élections espagnoles.
 

. PEDRO SANCHEZ, Parti socialiste (PSOE), 47 ans

Favori, le chef du gouvernement sortant n'est toujours pas crédité d'une majorité suffisante pour mettre fin à l'instabilité politique et pourrait même reculer, selon de récents sondages.

Patron des socialistes depuis 2014, cet économiste madrilène a eu une carrière politique en forme de montagnes russes. Après avoir essuyé en 2016 l'un des pires revers électoraux du PSOE, il s'est hissé au pouvoir en juin 2018 grâce à une motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy.

Contraint de convoquer des élections en avril, après le rejet de son budget par les députés indépendantistes catalans qui avaient soutenu son arrivée au pouvoir, il les a remportées mais n'est pas parvenu à s'assurer les soutiens suffisants pour être reconduit à la tête du gouvernement.

Cela a entraîné le nouveau scrutin de dimanche qu'il aborde avec un ton plus dur contre les indépendantistes après les troubles d'octobre en Catalogne.


. PABLO CASADO, Parti Populaire (PP), 38 ans

Devenu l'an dernier le plus jeune chef de la formation conservatrice, ce diplômé en droit au sourire mécanique a essuyé fin avril le pire résultat électoral du PP. Six mois plus tard, il semble parti, selon les sondages, pour redresser nettement la barre.

Après avoir fait prendre un virage à droite toute à sa formation, qui a scellé des alliances au niveau local avec l'extrême droite de Vox, M. Casado, qui porte désormais la barbe, a un discours moins virulent.

Il se présente aujourd'hui comme la seule option face au ralentissement économique lors d'un scrutin qu'il qualifie de "référendum sur Pedro Sanchez".
 

. PABLO IGLESIAS, Podemos, 41 ans

Cet ancien professeur de sciences politiques anticonformiste à la queue de cheval a contribué en 2015 à la fin du bipartisme, avec Ciudadanos.

Incapable de s'entendre avec les socialistes après les élections d'avril pour former un gouvernement, Podemos est miné par les divisions internes qui ont entraîné la création du parti Mas Pais par son ex-numéro deux Inigo Errejon.

Les sondages lui prédisent une nouvelle réduction de son nombre de sièges.
 

. ALBERT RIVERA, Ciudadanos, 39 ans

Ce Barcelonais libéral au physique de "startuper" défend bec et ongles l'unité de l'Espagne face aux séparatistes catalans et un programme très libéral sur le plan économique mais aussi en matière de moeurs.

Entré avec force au parlement en 2015, le chef de Ciudadanos a longtemps misé sur le dépassement du clivage gauche-droite avant de droitiser son discours et d'attaquer frontalement Pedro Sanchez avec qui il avait pourtant tenté sans succès de former un gouvernement en 2016. Dimanche, les sondages lui président une dégringolade.
 

. SANTIAGO ABASCAL, Vox, 43 ans

Cet ancien militant du PP menacé par l'ETA dans sa jeunesse a créé la surprise en avril en faisant entrer en force au parlement sa formation ultra-nationaliste, anti-immigration et anti-féministe dans un pays où l'extrême droite était quasi inexistante.

A quelques jours du scrutin de dimanche, des sondages créditent Vox d'un doublement de ses sièges, ce qui propulserait le parti, qui se sert massivement des réseaux sociaux, de cinquième à troisième force politique du pays.

Barbe impeccablement taillée et regard perçant, Santiago Abascal, qui accuse le PP et les libéraux de Ciudadanos d'être une "droite lâche", est porté par son discours très dur contre le séparatisme catalan.

Vox est "l'alternative patriotique" face aux autres partis "représentant le consensus gauchiste", a lancé M. Abascal lundi 3 novembre lors d'un débat télévisé où il a accusé l'immigration illégale de "remplir nos rues de délinquants".