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L'invasion de l'Ukraine par l'armée russe fait paniquer les marchés, des Bourses aux matières premières

Une opératrice en pleine crise dans la salle des marchés de la KEB Hana Bank de Séoul, Corée du Sud, le 24 février 2022. Les bourses mondiales ont chuté dès l'annonce de l'attaque de l'Ukraine par la Russie.
Une opératrice en pleine crise dans la salle des marchés de la KEB Hana Bank de Séoul, Corée du Sud, le 24 février 2022. Les bourses mondiales ont chuté dès l'annonce de l'attaque de l'Ukraine par la Russie.
© AP Photo/Ahn Young-joon

Dès l’annonce de l’offensive russe, les réactions sur les marchés ne se sont pas fait attendre. Les bourses ont chuté et le prix des matières premières atteignes des records. Le prix du baril de pétrole dépasse les 100 dollars.

Quelques heures après l'assaut des chars russes, Wall Street décrochait : à l'ouverture, l'indice phare, le Dow Jones, tombait de 2,46%, l'indice élargi S&P 500 de 2,54% et le Nasdaq, à coloration technologique, de 3,45%.

Vers 13h30 TU (temps universel), les places boursières européennes perdaient jusqu’à 5%, connaissant l'une des pires séances depuis mars 2020 et les confinements, comme Milan (-5,18%) et Francfort (-5,07%). Paris (-4,08%) et Londres (-3,15%) faisaient à peine mieux. La Bourse de Varsovie, principale place financière de l'Europe centrale et orientale, chutait de plus de 10%.

La Bourse de Moscou s'effondrait quant à elle de plus de 35%.

Le prix du pétrole en hausse

Le prix du baril de pétrole a dépassé les 100 dollars, autant pour le baril américain que celui de la mer du Nord, une première depuis 2014.

Le cours du baril de pétrole Brent de la mer du Nord s'envolait de 7,69% à 104,29 dollars et celui du baril de WTI américain pour livraison en avril de 7,52% à 99,00 dollars, un sommet depuis 2014.

Du côté du gaz naturel, le marché de référence en Europe explosait de 50% par rapport à la veille.

"La flambée des prix de l'énergie est un gros casse-tête pour l'Europe, puisque 40% de son gaz naturel et 30% de son pétrole viennent de Russie", explique un analyste de Swissquote.

(RE)voir : Russie : Le gaz russe va continuer à transiter par l'Ukraine

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Explosion du prix de l’aluminium

Le prix de l'aluminium a aussi atteint un record. Les groupes miniers fortement liés à la Russie s'effondraient à Londres: Polymetal plongeait de 43,84%, Evraz de 31,63% et Petropavlovsk de 34,66%.

Les groupes ayant des activités en Russie étaient particulièrement touchés sur les marchés. A Francfort, Uniper, lié au gazoduc Nord Stream 2, cédait 17,07%.

Les valeurs de la défense étaient les rares à échapper au marasme, comme Thalès (+4,15%) à Paris, ou Lockheed Martin (+2,28%) à New York ou BAE Systems(+6,03%) à Londres. 

Métaux : automobile et aéronautique en première ligne

Les métaux industriels "les plus exposés" à des sanctions de la Russie par la communauté internationale seraient l'aluminium, le nickel et le palladium, estime Capital Economics.

(RE)lire : Guerre en Ukraine : quelles nouvelles sanctions sont envisagées contre la Russie ?

Le groupe russe Rusal est le deuxième producteur industriel d'aluminium du monde. Ce métal a atteint un nouveau record historique ce 24 février sur le marché LME de Londres, à 3.382,50 dollars la tonne.

Pour le nickel, il y a Nornickel Norilsk, dirigé par l'oligarque Vladimir Potanine. En 2019, la Russie était le troisième producteur de minerai de nickel derrière l'Indonésie et les Philippines, mais elle est en deuxième position pour le nickel raffiné, derrière la Chine. 

Après l'invasion militaire, Capital Economics estime que 7% du marché mondial du nickel raffiné "pourrait être affecté" par d'éventuelles sanctions. Or, le métal, qui bat aussi des records sur les marchés actuellement, est l'un des plus demandés sur la planète dans les usines de batteries électriques, censées permettre à l'industrie automobile d'abandonner le pétrole.

Pour le palladium, dont la Russie contrôle 50% du marché mondial, l'automobile est aussi en première ligne. Il est utilisé pour la fabrication des pots catalytiques. 

Le titane, métal prisé des avionneurs pour sa légèreté et sa très haute résistance, est également un enjeu indirect du conflit. La société russe VSMPO-Avisma, fondée en 1941 dans l'Oural, est le premier fournisseur de l'aéronautique mondiale, selon le directeur-général du motoriste aéronautique Safran, Olivier Andriès, qui dit disposer de "quelques mois de stocks" devant lui.

Le secteur bancaire fragilisé

Les banques et le secteur financier ont été visés par les premières sanctions prononcées par l'Union européenne et les Etats-Unis. A Moscou, Sberbank chutait de 50%, VTB Bank de 47,46%. A Vienne, Raiffeisen perdait plus de 20%. A New York, JP Morgan chutait de plus de 4%. 

A Paris, Société Générale, présente en Russie via Rosbank, perdait 12,24%. A Milan, UniCredit chutait de plus de 12,41%, sanctionnée pour son exposition à la Russie, et Intesa Sanpaolo, baissait de 8,53%.

Chute du rouble et bond du dollar

Après un plus bas historique à 90 roubles pour un dollar, la devise reculait de 5,28% vers 13h30 TU, après l'intervention de la Banque centrale russe pour "stabiliser la situation"

Le billet vert, considéré comme une valeur refuge, prenait 1,42% face à la monnaie européenne, à 0,8971 euro pour un dollar, son plus haut depuis juin 2020.

Les crypto monnaies sont elles aussi affectées par la crise. Le bitcoin baissait de 5,96% à 35.300 dollars. L’Ether a, lui, chuté de près de 8 %.

Hausse des prix des céréales

Les prix des céréales ont atteint des niveaux record en séance sur le marché européen, avec un pic totalement inédit pour le blé à 344 euros la tonne sur Euronext. La tonne s’échangeait à 311 euros en novembre dernier, ce qui était déjà un record.

Les cours du blé et du maïs, dont l'Ukraine est respectivement le cinquième et le quatrième exportateur mondial, se sont envolés dès l'ouverture, quelques heures après le début de l'invasion russe de l'Ukraine.

(RE)lire : L'Ukraine ouvre ses champs aux OGM

Le cours du blé a ensuite légèrement dégonflé, tout en se maintenant à un niveau très élevé, autour de 330 euros la tonne sur l'échéance de mars.

Sans atteindre ces niveaux inédits, le maïs a aussi vu son cours flamber, grimpant jusqu'à 304 euros la tonne (280 euros à l'ouverture).

"Les autorités russes interdisent la navigation sur la mer d'Azov, les ports d'exportation sont fermés et Odessa a été bombardé, cela veut dire que les céréales ukrainiennes ne peuvent plus sortir du pays", relève Philippe Chalmin, économiste coordinateur du guide annuel Cyclope du marché mondial des matières premières.

Or, selon le cabinet de consultant Ukr-AgroConsult, cité par Philippe Chalmin, il reste "500.000 tonnes de blé et 1,7 million de tonnes de maïs" ukrainien prêt à exporter.

"À part le problème d'accès aux ports, il y a aussi un risque de dommage aux récoltes ukrainiennes si des combats au sol ont lieu", ajoute le cabinet d'analyse Capital Economics dans une note.

Le nord de l'Afrique dépendant des importations d'Ukraine

L'approvisionnement en céréales des pays comme l'Égypte, l'Algérie, le Moyen Orient ou même l'Afrique, de plus en plus dépendants des blés russes et ukrainiens, "risque de poser problème si les bateaux transportant les blés originaires de la mer Noire sont arrêtés", avertit Philippe Chotteau, chef économiste de l'Institut de l'Élevage à Paris. "J'espère qu'il y a eu des stocks de faits", dit-il à l'AFP.

"Le Liban dépend à 50% pour son alimentation du blé russe et ukrainien. C'est dire si pour certains pays, cela va être plus dramatique que pour nous les hausses de prix. Là-bas, ce seront des pénuries", craint aussi Christiane Lambert, présidente de la première organisation représentant les agriculteurs en Europe, la Copa-Cogeca.

Selon le cabinet spécialisé Agritel, "c'est sur l'huile de tournesol que pèse le plus grand danger"

Célèbre pour ses champs de tournesol à perte de vue, l'Ukraine est premier producteur mondial de l'oléagineux et premier exportateur mondial de son huile. 

Or "la situation est très tendue sur le marché mondial des huiles. Il y a peu de stocks d'huile de soja en Amérique Latine et d'huile de palme en Indonésie et Malaisie, alors que la demande est très forte", analyse Sébastien Poncelet, expert chez Agritel.

L’Italie inquiète

L'Ukraine représente 20% des importations de maïs en Italie, et 5% des importations de blé. La confédération agricole italienne Coldiretti s'est alarmée de la flambée des cours du blé. L'Italie importe 64% de son blé (pour la production de pain et biscuits) et 53% de son maïs (pour l'élevage). "La guerre aggrave les problèmes du secteur agricole national déjà éprouvé par les effets de la volatilité des cours alors que l'Italie est un pays fortement déficitaire dans certaines filières", a observé le président de Coldiretti, Ettore Prandini, dans un communiqué.

De son côté, la France, première puissance agricole de l'Union européenne, dispose de stocks de céréales. Les réserves françaises et américaines pourraient en partie pallier une baisse des exportations ukrainiennes, selon les analystes. 

L'Élysée estime que la crise aurait "davantage un impact sur les cours mondiaux que notre propre approvisionnement".