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L’ombre de la crise des sous-marins et du fiasco afghan plane sur l’Assemblée générale de l’ONU

Le secrétaire général de l'ONU, Ant<strong>ó</strong>nio Guterres, à la tribune des Nations unies, à New York, aux Etats-Unis, ce 20/09/2021.
Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, à la tribune des Nations unies, à New York, aux Etats-Unis, ce 20/09/2021.
© John Angelillo/Pool via AP

La 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies s’ouvre cette semaine à New York, aux Etats-Unis. Deux dossiers qui ont marqué l’actualité de ces derniers jours devraient y être évoqués directement ou indirectement : les conséquences de la débâcle américaine en Afghanistan et la crise des sous-marins entre la France et la nouvelle alliance dans l’Indo-Pacifique qui réunit les Etats-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne.  
 

Le multilatéralisme à l’épreuve des faits

 
L’ombre de la crise des sous-marins, qui oppose la France à la nouvelle alliance dans l’Indo-pacifique entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie, devrait planer très lourdement sur l’Assemblée générale des Nations unies qui s’ouvre ce mardi à New York. En plus du rappel à Paris des ambassadeurs en poste à Washington et Canberra, Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères a clairement exprimé la colère de la France au micro de nos confrères de France2 : « Il y a eu mensonge, il y a eu duplicité, il y a eu rupture majeure de confiance, il y a eu mépris, donc ça ne va pas entre nous. »

A côté de la dimension économique liée à l’annulation par l’Australie de l’achat de douze sous-marins français, pour leur préférer des bâtiments américains à propulsion nucléaire, cette crise soulève de nombreuses questions dont celles concernant les relations entre pays alliés, mais aussi la stratégie à adopter face à la chine dans l’Indo-Pacifique. Et sur ce plan, les autorités françaises espèrent sans doute relancer la réflexion stratégique au sein de l’OTAN, l’objectif étant de rééquilibrer son fonctionnement, afin de le rendre plus favorable aux Européens.

(Re)voir : "La France rappelle ses ambassadeurs"

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En décembre 2019, lors d’une conférence de presse qui se tenait à l’issue d’un sommet de l’OTAN, le chef de l’Etat français Emmanuel Macron, posait déjà la question de la sécurité et de la stabilité de l’Europe dans un contexte stratégique contemporain marqué par des menaces multiples. Face à la volonté de rééquilibrage qu’exprimait à l’époque l’ancien président américain Dodald Trump, Emmanuel Macron avait alors déclaré : « […] nous devons justement tirer les conséquences de ce souhait, pas simplement d’un point de vue budgétaire mais aussi d’un point de vue de capacités opérationnelles et il est donc important que les Européens se réengagent. […] Et donc aussi vrai que je ne propose pas et que je n’ai jamais proposé de substituer une Europe de la défense à l’OTAN, je pense qu’aujourd’hui nous n’assumons pas assez cette Europe de la défense au sein de l’OTAN. »

Les conséquences de la crise afghane

 
Autre ombre qui devrait planer sur cette assemblée générale : les conséquences de la crise afghane. Depuis le départ des forces armées américaines et le retour au pouvoir des Talibans, vingt ans après en avoir été chassés, la situation sur place est très préoccupante, surtout pour les femmes. Ces dernières sont exclues de la nouvelle administration des Talibans, tout comme la plupart des minorités ethniques. Et comme le rapportent nos confrères de l’AFP, la plupart des Afghanes éduquées craignent aujourd’hui de voir leur avenir assombri par ce nouveau gouvernement qui, progressivement, « leur ferme les portes pour le travail ou l’éducation, en affirmant avoir encore besoin de temps pour les y autoriser. »     

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D’ailleurs, l’ONU s’est déclarée « profondément inquiète » au sujet de la scolarisation des femmes en Afghanistan. Dans un entretien accordé à ONU Info en prélude à cette assemblée générale, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a affirmé : « Je pense que l'ONU a un devoir et notre devoir est de nous engager.  De nous engager sur la base de ce que nous pouvons fournir, et ce que nous pouvons fournir est une aide humanitaire essentielle, pour le moment.  Et de nous engager afin d'expliquer aux Talibans combien il est important pour eux d'avoir un gouvernement inclusif de toutes les différentes ethnies, et, bien sûr, avec les femmes, pour que les droits des femmes et des filles soient respectés. » 

D’ores et déjà, le coordinateur de l’aide d’urgence de l’ONU, qui est aussi le chef du bureau de la coordination des affaires humanitaires, Martin Griffiths, est à Kaboul, afin de discuter avec les Talibans de la manière dont l’aide humanitaire devrait être acheminée dans un environnement sécurisé, et ce de façon équitable et sans discrimination. A ce stade, l’ONU souhaite également s’engager avec les dirigeants talibans sur les questions relatives aux droits de l’homme.  

Un plan de vaccination mondial équitable contre la Covid-19

Que faut-il faire pour que les nations développées ou plus riches agissent enfin fortement, pour transformer la lutte contre la Covid-19 en grande entreprise mondiale commune ? C’est l’une des problématiques liées à cette pandémie et sur laquelle devront se pencher les participants à cette assemblée générale. En raison de la persistance de l’épidémie de la Covid-19, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, appelle effectivement à un plan de vaccination mondial équitable, d’autant plus que l’apparition continue de variants pourrait causer des résistances aux vaccins actuels. Pour le moment en effet, en Afrique par exemple, moins de 2% de la population est vaccinée.

Conflits et coups d’Etat en Afrique 

Comme l’ensemble des institutions régionales et sous-régionales africaines, l’ONU a condamné avec fermeté le coup d’Etat qui a mis fin au régime du président Alpha Condé en Guinée. Il y a quelques jours, à Conakry, la capitale guinéenne, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Mahamat Saleh Annadif affirmait que les Nations unies attendent que les civils reviennent au pouvoir dans un délai « raisonnable ». Il précisait cependant qu’il appartient au peuple guinéen de décider de la durée de la transition.

  • (Re)voir : "La mort du chef de l'Etat Islamique dans le Grand Sahara"
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Mais compte tenu des soubresauts de la transition malienne, c’est la situation au Sahel qui inquiète plus globalement le secrétaire général de l’ONU. Toujours dans cet entretien à ONU Info, il a déclaré : « Si l'on considère une situation comme celle du Sahel, je suis très inquiet. Nous constatons une réduction de la présence française. Nous avons vu le Tchad déplacer des troupes de la zone la plus dangereuse. Nous voyons les groupes terroristes enhardis par la situation en Afghanistan, la victoire des Talibans. Et donc, je pense qu'il est temps de vraiment rallier les efforts, de s'assurer que nous créons un mécanisme de sécurité efficace dans le Sahel. » 

Alors que la situation dans le Sahel est de plus en plus incertaine, avec la transformation en cours du dispositif militaire français, les velléités politico-militaires algériennes, la volonté du Mali de collaborer avec les mercenaires de la société russe Wagner… António Guterres plaide en faveur d’une force africaine forte. Selon lui, celle-ci pourrait être constituée par l’Union africaine, les organisations régionales, avec le soutien du Conseil de sécurité et une résolution au titre du chapitre 7 [Le moyen par lequel le Conseil de sécurité peut autoriser le recours à la force].