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L'Ukraine "attend le feu vert" des 27 pour sa candidature à l'Union européenne

De gauche à droite sur la photo, le Premier ministre albanais Edi Rama, le président du Conseil de l'Europe Charles Michel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le Premier ministre de la Macédoine du Nord Dimitar Kovacevski parlant avec le président français Emmanuel Macron et derrière lui, le présisdent serbe Aleksandar Vucic.
De gauche à droite sur la photo, le Premier ministre albanais Edi Rama, le président du Conseil de l'Europe Charles Michel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le Premier ministre de la Macédoine du Nord Dimitar Kovacevski parlant avec le président français Emmanuel Macron et derrière lui, le présisdent serbe Aleksandar Vucic.
© AP Photo/Olivier Matthys

L'Ukraine "attend le feu vert" des Vingt-Sept, réunis ce jeudi 23 juin et vendredi 24 juin à Bruxelles, pour valider son statut de candidat à l'Union européenne, près de quatre mois après son invasion par l'armée russe. Mais cette demande suscite des interrogations de la part des pays des Balkans, qui sont sur liste d'attente depuis parfois plus de quinze ans.

"Nous attendons le feu vert", a indiqué le 23 juin au matin le chef de l'administration présidentielle ukrainienne Andriï Yermak, rappelant que "l'objectif clair est l'adhésion à part entière à l'UE", une procédure qui pourrait toutefois prendre des années.

"Le sommet historique de l'UE commence aujourd'hui", s'est enthousiasmé sur Telegram Andriï  Yermak, assurant que, selon lui, "l'Ukraine a mérité le statut de candidat" pour adhérer à l'Union européenne.

"Nous sommes prêts à commencer à mettre en oeuvre le plan de la Commission européenne pour entamer des discussions à ce sujet", a-t-il ajouté.

Le sommet organisé à Bruxelles va être "un moment historique" pour l'Union européenne avec la décision d'accorder le statut de candidat à l'adhésion à l'Ukraine, mais aussi à la Moldavie, a affirmé dans la matinée le président du Conseil européen Charles Michel.

Un "choix géopolitique"

L'Union européenne va faire un "choix géopolitique" en accordant le statut de candidat à l'Ukraine et à la Moldavie et elle va tenter de revitaliser le processus engagé avec les pays des Balkans occidentaux, a-t-il poursuivi.

La Commission européenne avait rendu en fin de semaine dernière un avis favorable sur la candidature de l'Ukraine et le 21 juin, la France, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE, a indiqué qu'un "consensus total" entre les Vingt-Sept avait émergé sur cette question, laissant peu de doute sur la teneur de l'annonce finale.

"Marathon téléphonique"

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui ne cesse de répéter l'appartenance de son pays à la "famille européenne", poursuivait ce 23 juin son "marathon téléphonique" auprès des dirigeants européens pour s'assurer du consensus en faveur du oui.

Il peut compter sur le soutien de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a appelé les dirigeants européens à "se montrer à la hauteur" en accédant à la demande de Kiev.

Ce scénario, inimaginable encore récemment, s'est imposé aux Vingt-Sept avec la guerre menée par la Russie depuis près de quatre mois. Mais le processus d'adhésion à l'UE reste ensuite très long pour tout pays candidat.

"Ne pas se faire d'illusions"

Bloqués depuis des années dans l'antichambre de l'UE, les pays des Balkans occidentaux déjà candidats à l'adhésion n'ont pas caché leur amertume en le rappelant ce 23 juin.

S'il estime "c'est une bonne chose de donner le statut" à l'Ukraine, le Premier ministre albanais, Edi Rama, a conseillé aux Ukrainiens de ne "pas se faire d'illusions".

Edi Rama, PM de l'Albanie
Edi Rama, PM de l'Albanie
© AP Photo/Olivier Matthys

"La Macédoine du Nord est candidate depuis 17 ans, si je n'ai pas perdu le compte, et l'Albanie depuis huit ans, alors bienvenue à l'Ukraine", a-t-il ironisé à son arrivée à Bruxelles.
 

Les pays des Balkans occidentaux qui ont fait acte de candidature pour adhérer à l'Union européenne au 23 juin 2022.
Les pays des Balkans occidentaux qui ont fait acte de candidature pour adhérer à l'Union européenne au 23 juin 2022.
© TV5MONDE

Quels sont les pays du Balkans qui attendent d'intégrer l'Union européenne ?

Le seul pays des Balkans occidentaux à avoir intégré l’UE est la Croatie en 2013.

Les six autres pays des Balkans occidentaux non membres de l’Union ne sont pas tous au même stade dans le processus d’intégration. 

Quatre sont officiellement reconnus comme candidats : 
- la Macédoine du Nord (depuis 2005),
- le Monténégro (depuis 2010),
- la Serbie (depuis 2012),
- l’Albanie (depuis 2014). 

La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont considérés comme “candidats potentiels”.
La première a déposé sa candidature en 2016 mais n’a pas encore obtenu le statut de candidat. Quant au second, il a fait part de son intention de rejoindre l’UE mais n’a pas encore candidaté.

Ne faisant pas vraiment partie des Balkans, mais utile à mentionner, la Turquie est officiellement un pays candidat depuis 1999. Les négociations d’adhésion ont démarré le 3 octobre 2005. En 2019, elles étaient officiellement au “point mort” selon le Conseil de l’UE.

(source : touteleurope.eu)

La conférence de presse prévue à l'issue d'une réunion entre les dirigeants de l'Union européenne et leurs homologues des six pays candidats des Balkans occidentaux organisée avant un sommet européen a Bruxelles a été annulée sans explications.

Le soutien de l'Allemagne

​L'Allemagne est le plus fervent soutien des Balkans occidentaux. "Leurs citoyens attendent depuis près de 20 ans la possibilité de devenir membres de l'Union européenne. Il est de la plus haute importance que cette promesse devienne crédible", a insisté le chancelier Olaf Scholz.

Le président serbe Aleksandar Vucic, venu à Bruxelles en traînant les pieds, a déclaré ne "rien" attendre de ce sommet.

Le véto de la Bulgarie

Les blocages pour l'ouverture des négociations sont sérieux. La Bulgarie oppose son véto aux négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord pour des raisons de contentieux historiques et culturels.

"La position bulgare reste inchangée jusqu'à ce que le parlement bulgare prenne une décision", a annoncé Kiril Petkov, renversé ce 22 juin par une motion de censure votée par le Parlement.

L'ex-Premier ministre bulgare, Kiril Petkov (car renversé le 22 juin par une motion de censure de son parlement) ce matin à Bruxelles.
L'ex-Premier ministre bulgare, Kiril Petkov (car renversé le 22 juin par une motion de censure de son parlement) ce matin à Bruxelles.
© AP Photo/Olivier Matthys

Par contrecoup, Sofia bloque également les négociations avec l'Albanie, dont la candidature est liée à celle de la Macédoine du Nord.

Le contentieux du Kosovo

"Il est honteux qu'un pays de l'Otan, la Bulgarie, kidnappe deux autres pays de l'Otan, l'Albanie et la Macédoine du Nord, en pleine guerre dans l'arrière-cour de l'Europe, et que 26 autres pays restent assis et offrent un spectacle effrayant d'impuissance", s'est insurgé le Premier ministre albanais Edi Rama.

Les contentieux entre la Serbie et le Kosovo bloquent pour leur part les aspirations de Belgrade. Aleksandar Vucic a été catégorique : pas question de reconnaître le Kosovo. 

La présidente du Kosovo Vjosa Osmani-Sadriu a mis en garde l'UE contre tout espace laissé à l'influence "d'autres acteurs" car "il est évident qu'ils l'utiliseront".

La présidente du Kosovo,  Vjosa Osmani-Sadriu
La présidente du Kosovo,  Vjosa Osmani-Sadriu
© AP Photo/Geert Vanden Wijngaert

Parmi les options à l'étude pour "remettre de l'énergie" dans le processus figurent une libéralisation des visas pour le Kosovo, un découplage des candidatures de l'Albanie et de la Macédoine du Nord et l'octroi du statut de candidat à la Bosnie-Herzégovine dans les mêmes conditions que pour l'Ukraine et la Moldavie. Mais elles ne font pas consensus entre les Vingt-Sept, a indiqué une source diplomatique.

"Le choix de donner le statut de candidat à l'Ukraine et à la Moldavie est un geste politique très fort, mais les conditions pour ouvrir les négociations sont exigeantes et la décision nécessite l'unanimité", a rappelé le représentant d'un État membre.

Les dirigeants européens devaient débattre jeudi de la proposition de créer une "Communauté politique européenne" lancée par le président français Emmanuel Macron et soutenue par Charles Michel, pour permettre de préparer les candidats à l'intégration.

Ceux-ci seront neuf avec l'Ukraine et la Moldavie, et il ne faut pas oublier la Turquie qui attend aussi son tour, depuis 23 ans.