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La défense des animaux de ferme revendiquée par des associations modérées

Un boucher chasse une militante antispéciste du mouvement "Boucherie Abolition" devant son établissement, à Paris, le 22 septembre 2018. La jeune femme arbore un T-shirt mentionnant "boucher pas un métier", et tient dans ses mains un porcelet mort
Un boucher chasse une militante antispéciste du mouvement "Boucherie Abolition" devant son établissement, à Paris, le 22 septembre 2018. La jeune femme arbore un T-shirt mentionnant "boucher pas un métier", et tient dans ses mains un porcelet mort
afp.com - JACQUES DEMARTHON
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Les conditions d'élevage et d'abattage des animaux de ferme ont été récemment violemment attaquées par des mouvements anti-viande, mais des associations plus modérées s'invitent désormais dans le débat pour obtenir une viande produite dans le respect du bien-être animal.

"Les phénomènes antispécistes qui parcourent la France sont des actes de violence que je dénonce avec la plus grande fermeté", a déclaré jeudi le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert.

Le ministre réagissait à la multiplication d'actes de vandalisme sur des boucheries et commerces de bouche tagués de revendications antispécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces, et qui prônent une alimentation végétalienne. L'incendie criminel d'un abattoir dans l'Ain fin septembre a ravivé l'inquiétude de la filière viande.

L'association L214 avait commencé à porter le débat sur la violence aux animaux d'élevage en diffusant des images choc tournées en cachette dans des élevages ou abattoirs, et en organisant des campagnes contre l'exploitation animale.

Mais, "il ne faut pas que le débat soit confisqué dans un duel entre système industriel et veganisme car alors on met en péril la minorité de véritables éleveurs qui se battent pour que leurs animaux puissent exprimer leurs comportements naturels et aient une fin digne", estime Adeline Tregouët, rédactrice en chef déléguée du hors série bien-être animal de l'association 60 millions de consommateurs, sorti jeudi, qui décrit les pratiques d'élevage industrielles autorisées de nos jours.

- Electrochoc -

Le but de cette publication "c'est qu'il y ait un électrochoc parmi l'opinion publique. Le consommateur a beaucoup de pouvoir, il peut privilégier certains produits plutôt que d'autres", mais pour cela il faut qu'il soit informé de la "dichotomie entre système industriel et l'élevage", explique-t-elle.

"Ça a déjà commencé à bouger sous les coups de boutoir des activistes abolitionnistes, mais on ne peut pas réduire la problématique à ça quand 98% de la population française est omnivore", ajoute Mme Tregouët.

Pour Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), le hors-série de 60 millions de consommateurs "décrit l'élevage tel qu'il est depuis l'après guerre".

Il n'y a rien de nouveau mais "c'est bien de l'expliquer au consommateur pour qu'il voie à quoi il participe", sans "le placer devant l'alternative: ou on collabore à une violence ignoble, ou on ne mange plus de viande", ajoute t-elle.

Car pour elle, il y a une autre solution : "défendre l'élevage et soutenir les éleveurs car ils sont dans une situation fragile".

- fin des cages -

Même son de cloche chez l'association CIWF (Compassion in World Farming), qui a lancé mercredi une pétition européenne pour mettre fin à l'élevage en cage, en enfermant tour à tour la star d'Hollywood Pamela Anderson et l'écologiste politique Yannick Jadot dans une cage place de la République à Paris.

"Nous ne sommes pas une association vegan. Nous, ce qu'on demande c'est la fin de l'élevage intensif, or les cages sont les principaux outils de ces élevages", déclare la responsable communication de l'association en France, Claire Hincelin.

"Le but est de légiférer pour mettre fin aux cages, et cet objectif est possible car ils l'ont fait en Allemagne et en Autriche", rappelle-t-elle. Si ces décisions ont été prises, "c'est toujours suite à des campagnes menées par les ONG qui, à force de pression, réussissent à changer la législation".

Une approche appréciée par Etienne Gangneron, chargé des questions de bien-être animal à la FNSEA et éleveur bio dans le Cher, pour qui toutes les ONG ne sont pas à mettre "dans le même sac".

"Il y a des organisations qui veulent améliorer les conditions d'élevage. On n'a pas toujours les mêmes méthodes, mais ce sont des gens avec qui on peut discuter. Avec les autres, il n'y a pas de discussion possible", assure-t-il.

"On est prêt à changer nos pratiques, mais accompagnez-nous et incluez le bien-être animal dans la contractualisation", afin que le travail et les dépenses en plus soient justement rémunérées, clame-t-il cependant à leur intention.