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La DGSE et la Défense font leur marché chez les start-up

Le stand de la DGSE au salon des start-up Vivatech, le 16 mai 2019 à Paris
Le stand de la DGSE au salon des start-up Vivatech, le 16 mai 2019 à Paris
afp.com - ALAIN JOCARD

"On veut montrer que la DGSE, ce n'est pas seulement un agent qui parle cinq langues": les services de renseignement extérieur français sont avides de capter les compétences des entreprises de technologie, expliquent-ils à VivaTech, le salon des start-up.

La DGSE emploie plus de 2.000 personnes dans sa direction technique, soit presque le tiers de ses effectifs, explique Caroline, de la cellule communication.

Elle doit constamment renouveler ses effectifs en attirant des techniciens, des ingénieurs, et des spécialistes, et reste également à l’affut des innovations développées par les start-up.

D'où son stand bien visible au salon VivaTech, où les personnels présents ne peuvent être pris en photo, mais sont ouverts à la discussion avec les recrues potentielles et les entrepreneurs.

Et ca marche, apparemment: la chargée de communication explique avoir retrouvé récemment à la cantine de la DGSE un jeune homme recruté après sa visite sur ce même stand l’an dernier - c'était alors la première fois que le service venait à VivaTech.

Pour séduire les recrues potentielles, la DGSE évoque à demi-mot ses "moyens techniques assez conséquents", devant une grande image montrant des agents manipulant une antenne satellite dans un désert inconnu.

Elle peut évoquer son tout nouvel "incubateur", un lieu ou ses techniciens et ses agents peuvent s'enfermer et travailler ensemble sur un projet donné en mode start-up, "avec le babyfoot et les canapés acidulés", sourit Caroline.

Des agents parcourent également les allées du salon pour dénicher des innovations qui pourraient être utiles, souligne-t-elle.

- Robots en expérimentation de combat -

Le ministère des Armées, à quelques stands de distance, a moins de scrupules à exposer sur son stand les différentes innovations sur lesquels ses services travaillent en collaboration avec des start-up.

"La Défense n’est pas une forteresse", souligne Emmanuel Chiva, ancien patron d'une société d'intelligence artificielle devenu directeur de la toute nouvelle Agence pour l'innovation de défense, créée en septembre 2018 par le gouvernement pour coordonner les initiatives de recherche et développement de la Défense.

Pendant longtemps les grands projets militaires, comme les porte-avions par exemple, ont tiré l'innovation, mais "aujourd’hui il y a beaucoup d'innovations qui viennent hors du monde de la défense", explique-t-il.

Exemple de cette nouvelle volonté de cette recherche tous azimuts d'idées, le robot mobile Barracuda de la société Shark Robotics d'Aytré (Charente-Maritime), sorte d'engin roulant à tout faire cousin du Colossus utilisé par les sapeurs-pompiers lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris.

Le Barracuda est l'un des cinq robots "que nous sommes allés chercher pour des expérimentations de combat" dans le centre d’entrainement aux actions en zone urbaine de Sissone (Aisne), explique Emmanuel Chiva. "Et on a monté cela en cinq semaines", se félicite-t-il.

Des expériences comme celles-ci accélèrent les réflexions des armées sur l'utilisation militaire des robots, explique le colonel Sébastien de Peyret, directeur du "Battle Lab Terre", toute nouvelle structure d'innovation de l’armée de Terre.

"Nous avons pu tester des cas d’usage" pour le robot: transport, déminage, renseignement, et faire travailler ensemble les concepteurs civils et les opérationnels militaires susceptibles d'utiliser l'engin, explique-t-il.

Le rôle du "Battle Lab Terre" est d'être un "facilitateur d'innovation, en faisant se rencontrer des mondes très différents", explique-t-il.

Sur les 1,2 milliard d'euros de budget annuel de l'Agence (qui compte une centaine de collaborateurs), plus d'une centaine de millions sont consacrés à cet effort pour se tourner vers l'extérieur, hors des grands programmes militaires traditionnels, estime Emmanuel Chiva.

Le ministère des Armées dispose également d'un fonds d'investissement dans les PME de l'industrie de défense. Nommé Definvest, il est géré par Bpifrance sous le contrôle de la Direction générale de l'armement, et prévoit d’investir 50 millions d’euros sur cinq ans.