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La France entre dans l’ère de la militarisation de l’espace

Le 13 juillet 2019, Emmanuel Macron ouvrait la voie à une surveillance renforcée de l’espace et à l’utilisation de capacités offensives en riposte à une menace.
Le 13 juillet 2019, Emmanuel Macron ouvrait la voie à une surveillance renforcée de l’espace et à l’utilisation de capacités offensives en riposte à une menace.
©AP Photo/Kamil Zihnioglu

La ministre des Armées, Florence Parly, a détaillé à Lyon la nouvelle stratégie spatiale de la France, annoncée le 13 juillet par Emmanuel Macron. Elle a notamment insisté sur le fait qu’il s’agira avant tout d’une "politique de défense active".

Un commandement unifié, des armes en orbite, des lasers ou encore un contrôle des militaires sur les satellites. Non, il ne s'agit pas là d'un célèbre film de Georges Lucas, mais bien de l'entrée de la France dans une nouvelle ère, avec sa "stratégie spatiale de défense", détaillée par la ministre des Armées, Florence Parly, ce jeudi 25 juillet, à Lyon.
Car en contexte de tensions internationales exponentielles, le combat ne se joue plus uniquement sur la terre ferme, mais aussi dans l’espace.

Le mercredi 27 mars 2019, l'Inde, en détruisant un de ses propres satellites par un tir de missile, a marqué les esprits, mais a aussi suscité de nombreuses inquiétudes. Comme la Chine avant elle, elle a usée de ce moyen afin de montrer qu’elle fait désormais partie des puissances spatiales. Une aubaine pour un Narendra Modi alors en campagne électorale.

"Nous protégerons mieux nos satellites, y compris de manière active", martelait Emmanuel Macron le 13 juillet. De quoi annoncer la couleur ; la France veut, à son tour, envoyer un signal fort et devenir un acteur spatial capable de repousser les potentielles attaques ennemies.

En effet, face à la montée en puissance, dans le domaine spatial, de la Russie, de la Chine, de l’Inde, mais surtout de l’ogre américain, l’État français et plus globalement l’Europe, prennent du retard. Pourtant les enjeux liés aux conflits internationaux, aux cyberattaques ou encore à la recherche et au développement dans ce secteur deviennent primordiaux.
L’espace peut donc être vu comme un champ de menaces, mais aussi comme un lieu aux potentialités innombrables et doit donc être traité comme tel. Il semble que pour l’hexagone, ce 25 juillet 2019 constitue un tournant dans sa stratégie militaire.


Dissuasion, défense et riposte

Le nouveau commandement militaire de l’espace, voulu par Emmanuel Macron, sera créé le 1er septembre. Il sera mis en place à Toulouse et intégré à l’armée de l’air. Mais contrairement à l'effet d'annonce qu'a pu créer l'Inde via la destruction de son satellite, la philosophie de ce nouvel appareil français devrait tourner autour de trois axes : dissuasion, défense et riposte :
 
  • "Face à un geste inamical, la France se réserve le droit de prendre des mesures de rétorsion" ;
  • "En réponse à un fait illicite, elle peut prendre des contre-mesures dans l’unique objectif d’y mettre un terme", de façon "strictement nécessaire et proportionnée" ;
  • "En cas d’agression armée dans l’espace, la France peut faire usage de son droit à la légitime défense". Il est donc ici question de riposte via la destruction d’installations spatiales ou terrestres adverses.

Quels moyens ?

La ministre des Armées a annoncé une extension de 700 millions d'euros du budget spatial militaire. La subtilité réside dans le fait qu’il ne s’agit pas de financements supplémentaires de l'État pour les armées, mais d'une réallocation de crédits déjà alloués au ministère.
Néanmoins, elle viendra compléter un budget plus important de 3,6 milliards d’euros dédié à l’espace, dans la loi programmation militaire 2019-2025. Un budget important qui peut laisser entrevoir des coupes dans d'autres budgets, même si le gouvernement assure le contraire.
 

La guerre des étoiles ?

Ce nouveau commandement de l'espace devrait réunir 220 militaires dès sa création, dont des membres du personnel du Cosmos (centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux), du commandement interarmées de l'espace (CIE) et du centre militaire d'observation par satellites (CMOS). Les unités devraient croître, jusqu’à ce que le dispositif atteigne sa forme finale en 2025, date à laquelle le nouveau centre opérationnel spatial de l'armée de l'air, à Toulouse, devrait être opérationnel.

Ajoutons à cela, et ce n’est pas de la science-fiction, que la prochaine génération de satellites Syracuse sera dotée de caméras qui leur permettront d'identifier de potentiels agresseurs mais aussi des lasers qui permettront de les éblouir.
Les générations suivantes pourraient, elles, être équipées d'armements leur permettant de riposter. Par ailleurs, le gouvernement a aussi un projet de nanosatellites guetteurs, qui pourrait voir le jour en 2023.


La France prend donc un virage militaire inédit. Par conséquent, si le matériel va nécessairement devoir évoluer, la législation aussi. Car certaines actions prévues par ce nouveau dispositif sont incompatibles avec la loi de 2008, relative aux opérations.
Néanmoins, la France y tient, elle ne touchera pas aux traités internationaux, notamment celui de 1967, qui interdit de placer en orbite des armes de destruction massive, tout en laissant la porte ouverte à la militarisation et à l'arsenalisation.


>>> Retour sur la riposte spatiale française avec Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français de l’étranger.
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