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La France se donne 15 jours pour décider de l'avenir des forces européennes et françaises au Mali

Soldats de la force Takuba défilant le 14 juillet 2021 sur les Champs-Elysées.<br />
 
Soldats de la force Takuba défilant le 14 juillet 2021 sur les Champs-Elysées.
 
© AP Photo/Michel Euler, Pool

Le renvoi de l’ambassadeur de France par la junte rend encore plus criante la question de la présence militaire française au Mali. Au bout de neuf ans de lutte contre les djihadistes, à laquelle elle avait réussi à associer des partenaires européens au sein de la force Takuba, la France s'est donné deux semaines pour envisager son avenir dans la zone sahélienne.
 

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a annoncé ce 1er février que les pays partenaires du groupement européen de forces spéciales Takuba vont travailler "d'ici la mi-février" pour "prévoir une adaptation" de leur dispositif au Mali au regard de l'"isolement progressif" de ce pays.

"La situation ne peut pas rester en l'état. D'ici la mi-février, on va travailler avec nos partenaires pour voir quelle est l'évolution de notre présence sur place [...] pour prévoir une adaptation." Le porte-parole du gouvernement réagissait sur Franceinfo au lendemain de l'annonce de l'expulsion de l'ambassadeur de France.

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Cette décision fait culminer les tensions entre Bamako et Paris, qui compte encore plus de 4.000 militaires au Sahel, dont plus de la moitié au Mali, malgré un allègement du dispositif entamé l'été dernier, compensé par l'arrivée de renforts européens.

Interrogé pour savoir si les troupes françaises allaient se retirer du Mali, le porte-parole du gouvernement a fait remarquer que Paris avait "progressivement réduit la voilure et on va continuer à le faire".

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Retrait du Danemark et de la Norvège

De fait, les discussions entre Européens vont déjà bon train en coulisses depuis la récente décision de la junte d'exiger le retrait d'un contingent de force spéciales danoises, venu grossir les rangs de la force Takuba, qui regroupe 800 militaires au Mali. 

"Les pays prendront dans les 14 prochains jours une décision sur ce à quoi devrait ressembler le futur de la lutte contre le terrorisme au Sahel", avait déclaré le 28 janvier la ministre danoise de la Défense Trine Bramsen, alors que Takuba, symbole d'une Europe de la défense chère à Emmanuel Macron, est aujourd'hui dépendant du bon vouloir de Bamako pour exister.

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La Norvège a annoncé ce 1er février qu'elle renonçait à envoyer un petit contingent militaire qui devait intégrer la force européenne antidjihadiste au Mali, faute d'accord avec la junte en pleine brouille avec les Européens.

"Il n'a pas été possible d'établir un cadre juridique suffisant avec le Mali qui assure la sécurité de nos soldats", a affirmé le ministre norvégien de la Défense Odd Roger Enoksen devant le Parlement à Oslo, avant d'ajouter: "à compter d'aujourd'hui il n'est pas d'actualité d'envoyer une force norvégienne (au sein de la force) Takuba".

Le recours au mercenaires de la force Wagner

Les relations bilatérales n'ont cessé de se détériorer depuis que des colonels ont pris par la force en août 2020 la tête du Mali, plongé depuis 2012 dans une profonde crise sécuritaire et politique. Les putschistes sont entrés ces derniers mois en résistance face à une grande partie de la communauté internationale, dont ses voisins, et soufflent sur les braises d'un sentiment antifrançais régional latent.

La France et ses alliés européens s'alarment aussi de l'appel fait, selon eux, par la junte aux mercenaires de la sulfureuse société de mercenaires russe Wagner, réputée proche du Kremlin. La junte persiste à démentir.
 
(RE)voir : Mali : les mercenaires du groupe Wagner attendus
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Interférence avec la campagne pour les présidentielles

En pleine présidence française de l'Union européenne et à trois mois de l'élection présidentielle française à laquelle Emmanuel Macron va sans doute se représenter, un retrait forcé du Mali après neuf ans d'engagement au prix de 48 morts français (53 au Sahel) constituerait un cuisant revers. Mais l'attitude de la junte rend ce scénario de plus en plus difficile à éviter, d'après de nombreux observateurs.

"Un soldat français peut-il encore risquer sa vie pour la protection d'un pays failli qui expulse son ambassadeur?", s'indignait sur Twitter le colonel français en retraite Raphaël Bernard, auteur de l'ouvrage paru en novembre "Au cœur de Barkhane", du nom de l'opération antidjihadiste française au Sahel. 

Un désengagement compliqué sur le plan logistique

Une sortie du Mali ne se ferait toutefois pas sans difficulté. Le désengagement des militaires français, solidement implantés sur des bases à Gao, Ménaka et Gossi, prendrait de nombreux mois à organiser, selon l'état-major. En outre, la relocalisation de Takuba promet d'être un casse-tête : le Niger voisin a fait savoir qu'il n'accueillerait pas cette task force. Quant au Burkina Faso, il vient de connaître un coup d’État. 

Le vide laissé par les troupes ne manquerait enfin pas de profiter aux mouvements djihadistes affiliés, selon les zones, à Al-Qaïda ou au groupe État islamique, qui ont conservé un fort pouvoir de nuisance malgré l'élimination de nombreux chefs. 

Alors que les violences se sont propagées au Burkina Faso et au Niger, ainsi que dans le nord de la Côte d'Ivoire, du Bénin et du Ghana, la France conserve en tout cas la ferme intention de maintenir sa présence dans la région en y renforçant ses activités de coopération, selon des sources concordantes.