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La Grèce sort du plan d'aide, pas de la crise

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Commentaire: A. DELPIERRE / Montage: R. MONJANEL

Après huit années sous la tutelle des Européens et du FMI, Athènes retrouve ce lundi 20 août 2018 un régime de semi-liberté. Mieux portant mais très loin d'être sorti d'affaire selon plusieurs économistes, le pays restera sous surveillance jusqu'au remboursement de sa dette. Les Grecs eux, n'ont pas fini de payer.

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"Le plan d'aide est terminé, le cauchemar continue". Comme le résumait ce samedi un quotidien proche de l'opposition, voilà le sentiment non dénué d'ironie qui parcourt la société grecque, alors que s'achèvent les programmes d'assistance mis en place depuis 2010. Seuls quelques officiels, comme Klaus Regling, le directeur général du MES (mécanisme européen de stabilité) évoquant son "énorme respect" pour les Grecs, affirme que "la crise de l'euro est terminée (...), le 20 août en est l'épilogue". Pourtant, à Athènes, on se garde bien de tout triomphalisme, particulièrement un mois après l'incendie qui a fait 96 morts près de la capitale, sur fond de médiocre gestion opérationnelle. Selon la presse, le Premier ministre Alexis Tsipras se contentera d'une allocution télévisée mardi.

Régime sec

En trois plans d'aide successifs (2010, 2012 et 2015), la Grèce aura reçu 289 milliards d'euros de prêts. Mais l'austérité imposée par la "troïka" (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI), a mis le pays au régime sec : le PIB s'est effondré (-25%) de même que les investissements (-40%), et le chômage qui avait atteint son pic en 2013 (27,5%) vient seulement de redescendre sous la barre psychologique des 20%. Privatisations, licenciements, fin des conventions collectives, impôts nouveaux, baisse des salaires et des retraites ont gravement détérioré la vie quotidienne des Grecs. Et Athènes qui a déjà dû pré-légiférer de nouvelles réformes pour 2019 et 2020, restera sous surveillance plusieurs années.
 

Un embrasement social inévitable.
Gabriel Colletis, professeur de sciences économiques à l'Université de Toulouse 1

Sur le papier, ces mesures "inévitables" ont relancé l'économie du pays. La Grèce a réalisé en 2016 et 2017 des excédents budgétaires (hors charge de la dette) d'environ 4%, bien au-delà des exigences des créanciers. La croissance est repartie (1,4% en 2017) et l'agence de notation Fitch vient de relever sa note de la dette grecque à "BB-". Soit trois petits crans en dessous du BBB- qui commence à caractériser une "bonne qualité" de crédit.

Effet "boomerang"?

Mais avec une dette actuellement évaluée à 180% du PIB et une balance commerciale encore largement déficitaire, cette bonne santé économique apparente est-elle soutenable à long terme? Pour le professeur d'Economie Nikos Vettas, "plus personne ne croit à un nouvel effondrement de la Grèce" mais le pays doit absolument créer "une très forte croissance" dans les prochaines années, au-delà des 2% par an généralement prévus, "sans quoi les ménages continueront à souffrir". D'autres vont même plus loin : "la crise grecque n'est pas résolue: elle a été reportée à plus tard", assure Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. Dénonçant le "cynisme spectaculaire" des Européens dans la gestion de la crise, il prophétise que "la Grèce reviendra en crise bien avant 2032",  quand Athènes devra en effet commencer à rembourser le gros de sa dette. Avec des conséquences déjà vu par le passé : Gabriel Colletis, professeur de sciences économiques à l'Université de Toulouse 1 et très critique des plans d'aide, juge "un embrasement social inévitable".


 

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