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La politique des petits pas de Nicolas Hulot

M. Bouquet/Terra

Avec son plan hydrogène, le ministre français de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a-t-il frappé un grand coup ? Le financement de 100 millions d'euros annoncé laisse les industriels dubitatifs. Personnalité politique préférée des Français depuis le début du quinquennat Macron, l'aura de l'ex-présentateur d'Ushuaïa faiblit au fil des camouflets (le dernier étant dans le dossier du glyphosate) et de ses hésitations à quitter le gouvernement. Réaction et décryptage de Franck Laval, président de l'association Ecologie sans frontière

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Sauver le soldat Hulot. C'est ce qu'a semblé tenter de faire le président français depuis le début de son mandat à l'égard de la "caution verte" de son gouvernement, toujours en tête des personnalités politiques préférées des Français. Jusqu'où ?

En déplacement ce jeudi à Ferney-Voltaire, Emmanuel Macron a réaffirmé
qu'il « (allait) avancer sur ce chemin avec la même équipe gouvernementale, avec les mêmes convaincus (...). Nicolas Hulot a ma confiance et nous avons besoin de son engagement parce que c'est un convaincu » , répondant à la "déception" manifeste de son ministre de la Transition écologique de ne pas voir l'interdiction du glyphosate inscrite dans la loi agriculture et alimentation.  

Certes, la "séquence glyphosate" cette semaine est un désaveu politique de plus pour l'ancien animateur d'Ushuaïa, l'Assemblée nationale refusant d'inscrire dans la loi cette promesse faite par le chef de l'Etat. 

Nicolas Hulot n'en est plus à un camouflet près. Avant le glyphosate, il y eut la réouverture de la raffinerie Total de la Mède pour faire du bio-carburant avec de l'huile de palme. Nicolas Hulot a déclaré « ce n'est pas de gaieté de coeur que j'ai autorisé la raffinerie de la Mède à rouvrir. L'avenir n'appartient pas à l'huile de palme ». Mais il l'a fait.

Embarras et camouflets

Embarras également de Nicolas Hulot quelques mois avant, lors de l'évacuation des opposants au projet d'enfouissement des déchets radioactifs de Bure. Le même Nicolas Hulot - pas ministre alors - qui brandissait en octobre 2016 une pancarte contre ledit projet. 

Si le ministre a gagné l'arbitrage conduisant à l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'intervention policière en avril et son déplacement tardif pèsent sur son bilan. En avril encore, le plan de rénovation énergétique des bâtiments qu'il lance avec le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard, peine à faire ses preuves sur le terrain.

Parmi ses petites victoires, notons qu'il a réussi à faire adopter la loi interdisant la production d'hydrocarbures en France et à acter une hausse de la fiscalité carbone. 

Mais il reste encore de vastes chantiers peu explorés. Quid de l'eau ? De la biodiversité ? Après avoir fait son mea culpa pour ne pas avoir investi ce domaine, Nicolas Hulot a annoncé la présentation d'un plan biodiversité, l'un de ses prochains rendez-vous de taille.  

Reste que le plus marquant de ces renoncements aura sans doute été l'annonce le 7 novembre 2017 que la baisse du nucléaire à 50% (dans le mix énergétique d'ici 2025) ne serait pas atteinte. Un objectif pourtant inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015.
 

Le plan hydrogène annoncé cette semaine par le ministre pourrait-il infléchir favorablement ce bilan d'un an en demi-teinte ?  Et partant, la décision de Nicolas Hulot de rester ou non au gouvernement ? 

Celui-ci a promis de trancher cet été. 

Décryptage avec Franck Laval, militant écologiste et président de l'association Ecologie sans frontière depuis 1998 :

 
(source : RFI)

Que pensez-vous du plan hydrogène dévoilé en fin de semaine par Nicolas Hulot ?

Je pense que c'est une bonne chose. C'est un choix industriel qui pourra modifier les comportements en profondeur. Pour les transports, l'hydrogène est davantage un projet d'avenir que l'électrique. Néanmoins rappelons que le premier plan hydrogène a été lancé aux Etats-Unis par George Bush il y a déjà 17 ans avec à la clé plusieurs dizaines de milliards de dollars ! Donc nous sommes un peu à la traîne même s'il vaut mieux tard que jamais. 

Un plan un peu tardif et modestement doté aussi ? Le gouvernement évoque 100 millions d'euros de financement en 2019. 

Les finances françaises sont faibles. Et les dernières "cartouches financières" de la France sont encore et toujours mises de façon colossale dans le nucléaire donc dans le rallongement des centrales, alors qu'il faudra bien en sortir un jour. La France a préfèré investir des milliards d'euros - et non des centaines de millions- dans une énergie qui sera de toute façon dépassée dans quelques temps, au lieu de miser tôt sur l'hydrogène. Si on s'était mis à fond dans l'hydrogène il y a 15 ans au lieu du nucléaire, on serait déjà tous à hydrogène, qui est l'énergie la plus propre et la plus prometteuse aujourd'hui. Dans quarante ans, les véhicules fonctionneront tous à l'hydrogène. Il faudrait donc mettre plus d'argent. Or comme on n'en a pas, il faudrait voir du côté du nucléaire. 

La semaine dernière a également été marquée par le rejet des députés d'inscrire l'interdiction du glyphosate (herbicide classé cancérogène probable par l'OMS) dans la loi. Quelle est votre réaction ?

C'est peut-être le pire camouflet pour Nicolas Hulot. Car la population est prête. Pour faire plaisir à une petite partie d'agriculteurs intensifs, était-on obligé de sacrifier la santé et l'opinion publique ? 99% des gens sont contre le glyphosate. 

Ce camouflet pourrait-il mener à la démission de Nicolas Hulot ? 

Nicolas Hulot ne pèse pas politiquement. Il n'a pas de parti ni de mouvement. Il a l'opinion publique avec lui car il est très aimé des Français. Dans le jeu politique, il vaut mieux néanmoins peser avec un mouvement. Sa démission n'aurait donc pas un gros impact politique. Je crois néanmoins que Nicolas Hulot est un pragmatique qui se dit qu'il peut encore agir en restant dans le gouvernement. Il se moque de sa popularité. 

Que pensez-vous de son bilan depuis plus d'un an comme ministre de la Transition écologique ? 

Nicolas Hulot fait tout ce qu'il peut. Il n'a pas accepté ce poste pour le plaisir mais pour pouvoir faire quelque chose d'utile. Je pense qu'il a été berné. Politiquement, c'était très habile de la part d'Emmanuel Macron de "lâcher" Notre-Dame-des-Landes pour que plus rien ne change par ailleurs. Les fronts environementaux sont attaqués de tous côtés : en Guyane avec le projet de mine d'or, le glyphosate, la loi littorale, la loi alimentation, la santé... Ce gouvernement est très hostile à l'environnement. Emmanuel Macron et Edouard Philippe (ancien ambassadeur d'Areva !) pense comme dans les années 80 que l' "écologisation de la societe" est un coût. Ils n'ont rien compris. C'est au contraire une chance pour l'économie ! La pollution de l'air coûte 100 milliards d'euros par an à la France (cf. rapport du Sénat en 2015). Visiblement, un président énarque n'est pas capable de comprendre à quel point on pourrait faire des économies tout en améliorant la santé des français. 

Un plan biodiversité devrait prochainement être présenté. Qu'en attendez-vous ?  

Je suis à l'origine du Grenelle de l'Environnement sous Nicolas Sarkozy. La loi Grenelle est le fruit de vraies négociations mais aujourd'hui, nous sommes en retrait de cette loi votée à l'unanimité en 2009. Elle évoquait la biodiversité et la trame verte et bleue or beaucoup des décrets d'application n'ont pas été pris depuis dix ans ! Le changement va venir de la société civile. Les politiques sont prisonniers de quelques lobbies. La France est très technocratique, très jacobine, ce qui entraine des dépenses colossales. Je crois qu'il y aura des initiatives industrielles et associatives qui n'émaneront pas de ce centralisme jacobin qui nous étouffe. 

La présidence Macron serait-elle donc peu écolo-compatible ? 

Il y a un faux côté jeune et dynamique chez Emmanuel Macron. En réalité, son logiciel est daté. Il est resté au XXème siècle sur la question environnementale. Il n'a pas franchi le XXIème. C'est un énarque, il a été formaté. Il ne fait pas confiance aux territoires ni aux populations. Il est très centralisateur. Or nous ne sommes plus dans ce monde là. Aujourd'hui l'écologie c'est l'avenir. C'est "moderne".
Il y a 15 ans tout le monde se fichait des abeilles mais maintenant, on voit qu'il n'y a plus d'abeilles et que cela pose un problème pour la pollinisation. La biodiversité, ce n'est pas pour visiter des parcs naturels, c'est une opération survie pour l'humanité.

La biodiversité, ce n'est pas pour visiter des parcs naturels, c'est une opération survie pour l'humanité.Franck Laval, président de Ecologie sans frontière

La seule chose que peut faire Nicolas Hulot, c'est d'influer sur la fiscalité, sur la Loi de Finances 2019. Il faudrait mettre en place des bonus-malus, remettre à jour l'écotaxe, aligner la fiscalité diesel sur l'essence, agir sur la fiscalité agricole, sur la santé...
Nicolas Hulot a tout l'été pour proposer quelque chose qui change de cap, d'échelle : une mesure fiscale d'envergure. Ce serait beaucoup plus efficace.  
 

Franck Laval : l'initiateur du Grenelle de l'Environnement

A la tête du Solar Hôtel depuis 2009, premier hôtel écologique français à faire son bilan carbone, ce militant écologiste est le cofondateur de l'association Ecologie sans frontière en 1998.

Ancien militant de Greenpeace et ex-membre des Amis de la Terre aux côtés de Brice Lalonde, Franck Laval s'investit aux côtés de ce dernier lors de la campagne présidentielle de 1981 avant de créer avec lui et Jean-Louis Borloo : Génération Ecologie

Après avoir cofondé avec le juriste Nadir Saifi, Ecologie sans frontière, Franck Laval lance l'idée du premier Grenelle de l'environnement en 2005, initiative reprise par Nicolas Sarkozy devenu président en 2007 et au cours de laquelle il cotoiera Nicolas Hulot. 

Très active sur la thématique de la pollution de l'air, Ecologie sans frontière, qui compte quelque 3000 adhérents, est à l'origine du lancement de la plus grande procédure judicaire en la matière en France avec la collecte de plus de 550 plaintes de victimes de la pollution en mai 2018 près de Chamonix.  

Les écologistes en France en chiffres :

  • 1 million d'adhérents à des associations environnementales 
  • 600 000 adhérents chez France Nature Environnement (qui regroupe 3500 associations)
  • 220 000 adhérents au WWF
  • 200 000 adhérents à Greenpeace France

>>sur la même thématique : Biodiversité, le silence des oiseaux.