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La Pologne célèbre le centenaire de son indépendance, esseulée et divisée

Un portrait de Jozef Pilsudski, père de l'indépendance polonaise, affiché sur un mur lors d'une marche célébrant l'indépendance, le 11 novembre 2016 à Varsovie
Un portrait de Jozef Pilsudski, père de l'indépendance polonaise, affiché sur un mur lors d'une marche célébrant l'indépendance, le 11 novembre 2016 à Varsovie
afp.com - WOJTEK RADWANSKI
Varsovie ne peut compter sur aucune présence étrangère marquante à l'exception du chef du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk
Varsovie ne peut compter sur aucune présence étrangère marquante à l'exception du chef du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk
afp.com - Aris Oikonomou
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La Pologne marquera dimanche le 100e anniversaire de son indépendance, coïncidant avec l'Armistice, dans une ambiance de clivages politiques, d'isolement à l'international et de querelles autour d'une marche de l'extrême droite dans la capitale.

La fin de la Première guerre mondiale, commémorée à Paris en présence de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement, est aussi fêtée en Pologne mais en souvenir de la nomination à la tête de l'armée du socialiste Jozef Pilsudski, le père de l'indépendance nationale, recouvrée après 123 ans d'absence sur la carte de l'Europe.

Concurrencée par Paris, Varsovie ne peut compter sur aucune présence étrangère marquante, à l'exception du chef du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk.

"J'ai décliné l'invitation du président Macron (...) Il est évident pour moi, en tant que président du Conseil européen et ancien Premier ministre polonais, que le jour du centenaire de l'indépendance de la Pologne je dois être à Varsovie", a indiqué M. Tusk.

"Je ne veux pas qu'on ait l'impression que la Pologne est complètement seule", a insisté M. Tusk considéré pourtant par les conservateurs nationalistes du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) comme leur principal adversaire politique.

- Chacun dans son coin -

Outre sa présence à une brève cérémonie officielle à Varsovie, M. Tusk a prévu un programme parallèle, notamment un discours samedi lors d'une conférence organisée à Lodz (centre) par les milieux libéraux et le dépôt d'une gerbe devant un monument à Pilsudski, dimanche matin, "avec des amis".

Nombre d'expositions, messes, concerts et conférences marqueront cet anniversaire à travers la Pologne, mais, en dépit des vœux d'unité exprimés tant à gauche qu'à droite, les conservateurs et l'opposition, à couteaux tirés, semblent vouloir le fêter chacun dans son coin.

Les préparatifs, étrangement chaotiques, ont été marqués par des tensions et des incertitudes.

Une grande marche à Varsovie, organisée annuellement par l'extrême droite, soutenue dans un premier temps par le pouvoir conservateur, a été interdite mercredi par la mairesse libérale sortante qui a invoqué tant des raisons de sécurité que le "nationalisme agressif". Mais sa décision a été invalidée par un tribunal.

Dans une tentative de reprendre le contrôle de la situation, le président Andrzej Duda et le Premier ministre Mateusz Morawiecki ont décidé alors de transformer ce rassemblement en cérémonie d'Etat, organisée par le gouvernement, sur le même tracé et aux mêmes heures que la marche à l'appel de l'extrême droite.

L'an dernier, cette marche avait réuni quelque 60.000 Polonais, dont des groupes d'extrême droite, et s'est accompagnée de nombreux slogans nationalistes, xénophobes et antisémites, fermement condamnés en Pologne et à l'étranger.

Cette année, "s'il y a des groupes qui affichent des signes comme des svastikas, nous allons être très réactifs. C'est absolument exclu, interdit sur le sol polonais", a insisté M. Morawiecki jeudi devant la presse.

L'extrême droite déclare cependant que sa marche aura lieu malgré tout.

- "Tribus ennemies" -

"Il n'y a personne en Pologne qui soit capable de réunir sous le même drapeau même une simple majorité des Polonais", souligne le politologue Stanislaw Mocek.

"Le pays est déchiré. On parle de deux Pologne distinctes: l'une libérale, soucieuse du marché libre et de la liberté, et l'autre, conservatrice, étatiste, souhaitant contrôler tout et tous", explique-t-il à l'AFP.

A étudier les résultats des élections successives, la première est celle des grandes villes et de l'ouest du pays alors que la seconde réside à la campagne et dans les régions orientales.

"Ce ne sont plus deux camps ennemis mais déjà deux tribus ennemies, qui luttent l'une contre l'autre par tous les moyens", insiste M. Mocek.

Bruxelles, et nombre de pays, reprochent aux conservateurs polonais de mettre en danger les principes fondamentaux de l'Etat de droit, notamment en tentant de se soumettre la justice par des réformes controversées.

Lundi, Donald Tusk a mis en garde les conservateurs contre "le risque mortellement sérieux" de la sortie, même involontaire, de leur pays de l'UE.

- Maréchal Pilsudski -

La Pologne fut pendant plusieurs siècles un Etat puissant de l'Europe de l'Est. Mais les guerres et les intrigues ont provoqué son déclin. Le pays fut démembré à la fin du 18e siècle entre les trois puissances voisines, la Russie, l'Autriche et la Prusse.

Pendant la guerre 1914-18, environ 2 millions de Polonais sont enrôlés sous les drapeaux des trois puissances. 450.000 meurent sur divers fronts de la guerre.

Pilsudski saisit l'opportunité de la guerre entre les occupants et arrive à Varsovie le 10 novembre. Le lendemain, il est nommé chef de l'armée et onze jours plus tard chef de l'Etat. Peu après, il obtient une reconnaissance internationale.