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A la veille d'élections, Alger bouclée et des figures de la contestation en détention

Alger est bouclée vendredi, jour de marche hebdomadaire du Hirak, au lendemain d'un coup de filet sécuritaire visant des figures du mouvement contestataire en Algérie, à la veille d'élections législatives censées apporter une nouvelle légitimité au pouvoir.

Selon Saïd Salhi, vice-président de la Ligue pour la défense des droits de l'Homme (LADDH), les forces de sécurité ont procédé à sept arrestations et gardes à vue jeudi soir: cinq à Alger, une à Sétif (nord-est) et une à Oran (nord-ouest).

"Nous ignorons les motifs de ces arrestations", a déclaré M. Salhi à l'AFP.

Parmi les personnes interpellées à Alger par des agents de la Direction de la sécurité intérieure (DSI), figurent l'opposant Karim Tabbou, Ihsane El Kadi, directeur d'une station de radio proche du Hirak, et le journaliste indépendant Khaled Drareni.

"Ce climat de répression et les restrictions des libertés et des droits humains enlève toute caution démocratique et tout crédit aux élections", a déclaré à l'AFP M. Salhi.

A l'approche du scrutin, le régime -- façade civile de l'armée -- a multiplié les arrestations et les poursuites judiciaires visant opposants politiques, militants hirakistes, avocats et journalistes indépendants.

Le journaliste Khaled Drareni se trouvait vendredi au centre Antar, une caserne de la périphérie d'Alger connue pour être un lieu d'interrogatoire des services de sécurité. Injoignable dans la soirée, il a passé un appel téléphonique à ses parents à une heure et demi du matin, selon l'avocate Zoubida Assoul.

Condamné à une lourde peine de prison après avoir couvert une manifestation du Hirak en mars 2020 à Alger, mais remis en liberté provisoire en février dernier, Khaled Drareni est en attente d'un nouveau procès.

Le directeur du site d'information Casbah Tribune et correspondant en Algérie pour la chaîne francophone TV5 Monde et pour Reporters sans frontières (RSF) a été condamné à deux ans de prison ferme pour "incitation à attroupement non armé" et "atteinte à l'unité nationale".

- "Faciliter la répression" -

Karim Tabbou et Ihsane El Kadi sont également détenus à la caserne militaire Antar et ont contacté leurs familles, selon des avocats.

M. Tabbou a été libéré le 29 avril sous contrôle judiciaire après une altercation avec Bouzid Lazhari, le président du Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH), un organisme officiel.

Emprisonné de septembre 2019 à juillet 2020, M. Tabbou est un visage très populaire du mouvement pro-démocratrie du Hirak, déclenché en février 2019.

Quant à Ihsane El Kadi, il a été placé sous contrôle judiciaire le 18 mai. Il est accusé notamment de "diffusion de fausses informations à même de porter atteinte à l'unité nationale" et de "perturbations des élections".

Aux termes du contrôle judiciaire, il est interdit aux deux hommes de parler à la presse et de se livrer à des activités politiques.

"En #Algérie, le pouvoir ne fait plus semblant d'organiser des élections sincères. Hier, le président Tebboune a élargi la notion de terrorisme par ordonnance pour faciliter la répression. Le journaliste @khaleddrareni et deux figures du Hirak ont été arrêtées", a réagi sur Twitter le secrétaire général de RSF Christophe Deloire.

Le Journal officiel a publié jeudi une ordonnance présidentielle qui modifie le code pénal en redéfinissant les actes terroristes et en établissant une liste nationale de "personnes et entités terroristes", qui pourrait servir à emprisonner de nombreux opposants, militants ou journalistes.

Les arrestations de jeudi coïncident avec le début de l'application de cette ordonnance et ont eu lieu à 48 heures des législatives anticipées convoquées par le président Abdelmadjid Tebboune mais rejetées par le Hirak et une partie de l'opposition.

Comme chaque vendredi, désormais, la police est largement déployée dans le centre d'Alger pour empêcher toute tentative de marche du Hirak.

Au moins 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).