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Le boycott de Philipp Lahm du Qatar va-t-il réveiller le monde du football sur la question des droits humains ?

Philipp Lahm, ancien capitaine de l'équipe de football allemande, apporte le trophée de la Coupe du Monde lors de la finale de l'édition 2018, où la France a vaincu la Croatie en Russie. 
Philipp Lahm, ancien capitaine de l'équipe de football allemande, apporte le trophée de la Coupe du Monde lors de la finale de l'édition 2018, où la France a vaincu la Croatie en Russie. 
Matthias Schrader/AP

Le 8 août, l’ex-footballeur international allemand Philipp Lahm ne se rendra pas au Qatar pour le Mondial 2022, en raison du non-respect présumé des droits humains par le pays organisateur. Pourquoi cette compétition fait polémique ? Les acteurs du monde du football prennent-ils position sur la question du respect des droit humains ?

Je ne fais pas partie de la délégation et je n’ai pas l’intention de faire le voyage en tant que supporter.” Lundi 8 août, l’ex-footballeur allemand Philipp Lahm, ancien capitaine de la 'Mannschaft'championne du monde en 2014 ne se rendra pas au Qatar pour la Coupe du Monde de football. Pourtant, il est très présent dans l’organisation de compétitions internationales. Phillipp Lahm est en effet aujourd'hui président de l’organisation de l’Euro 2024 en Allemagne. 

La raison de son boycott du Mondial ? Le non-respect présumé des droits humains sur la préparation de la compétition. “Les droits humains doivent jouer un rôle plus important dans l’attribution des compétitions”, déclare-t-il. “En tant que joueurs, vous ne pouvez plus faire comme si vous ne le saviez pas, s’insurge l’ex-capitaine de l’équipe allemande. Cela ne devrait plus se reproduire à l’avenir.” Il regrette aussi l’attitude de la FIFA dans l’attribution de la compétition. “Les droits de l’homme, la taille du pays… Tout cela n’a pas été pris en compte dans le choix de confier la Coupe du monde au Qatar.” 

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Qu’est-ce qui est reproché au Qatar ?

Les chantiers de construction des stades du Mondial 2022 ont débuté en 2010. Rapidement, des organisations de défense des droits humains montent au créneau pour dénoncer le traitement des travailleurs migrants sur ces chantiers. En février 2021, le quotidien britannique The Guardian révèle que “plus de 6500 de travailleurs indiens, pakistanais, népalais, bangladais et sri lankais sont morts depuis que le Qatar a remporté le droit d’accueillir la Coupe du Monde il y a dix ans.” Ces chiffres sont potentiellement plus importants, car ceux du Kenya et des Philippines ne sont pas connus. Ces deux pays sont d’importants pourvoyeurs de travailleurs au Qatar. 

De son côté, le Qatar rejette toutes les accusations. Le 28 mars 2021, un porte-parole de l’autorité gouvernementale en charge de l’organisation et de la construction des stades assure dans un communiqué que “nous avons toujours été transparents sur la santé et la sécurité des travailleurs”.  Il n’y a eu que “trois décès liés au travail et 25 non-liés au travail”, depuis le début de la construction en 2014, affirme-t-il. Selon lui, “les préparatifs (...) ont déjà apporté des bénéfices significatifs aux travailleurs.” 

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L’empreinte écologique de l’organisation de ce tournoi fait aussi beaucoup parler. Comme le tournoi se déroule à quelques dizaines de kilomètres du désert de Rub-al-Khali en Arabie saoudite, où la température peut atteindre 45°C en été. C’est pour cette raison que la compétition a été décalée en hiver, où il fait en moyenne 25°C. Comme la température reste élevée, le Qatar a installé un système de climatisation géant dans les stades, ce qui suscite de vive critiques des défenseurs du climat. Le Qatar s’est donc engagé à atteindre la neutralité carbone pour cet évènement, en compensant les émissions par des investissements dans des énergies renouvelables. Par ailleurs, le septième stade construit pour la compétition, baptisé “Stade 974”, en référence aux 974 conteneurs utilisés pour sa construction, a été conçu avec des matériaux de réemploi. Il pourra également être démonté une fois la compétition terminée. 

Comment les acteurs du football se positionnent ?


Au mois de mars 2021, plusieurs sélections européennes font des actions symboliques sur des atteintes présumées aux droits humains au Qatar. Le 24 mars, les joueurs de l’équipe de Norvège arborent un t-shirt proclamant “Droits humains sur et hors du terrain”, avant un match disputé à Gibraltar. Par ailleurs, la Norvège évoque à ce moment la possibilité d’un boycott. Finalement, le 20 juin 2021, la Fédération annonce qu’elle prendra part au Mondial 2022. Lors du congrès extraordinaire, 368 délégués ont voté pour rejeter le boycott. 121 y étaient favorables.

1978 : une Coupe du monde controversée en Argentine 

  • Du 1er au 25 juin 1978, la Coupe du Monde est organisée en Argentine
  • À cette période, le pays est dirigé par le général Jorge Rafael Videla, qui soumet les Argentins à une dictature. 
  • Le dirigeant argentin utilise le football comme un outil de propagande.
  • Un mouvement de boycott de la compétition voit le jour en 1977.
  • Certains joueurs de l’équipe des Pays-Bas, Cruyff et Van Hanegem, refusent de se rendre à la compétition.
  • En France, dans le milieu sportif, l’idée du boycott ne parvient pas à prendre et seules quelques personnalités françaises s’interrogent sur l’attitude à adopter.
  • Parmi elles, le footballeur Dominique Rocheteau et le président de la Fédération Française de Football (FFF) Fernand Sastre.

Le lendemain, les joueurs allemands publient une photo montrant les onze joueurs de la sélection alignés, chacun ayant sur son torse l’une des onze lettres de “Human rights”, droits humains en anglais. Le 27 mars, les Pays-Bas prennent le relais des actions et le Danemark promet une mobilisation lors du match du lendemain face à la Moldavie. En France, le capitaine de la sélection nationale Hugo Lloris indique soutenir le mouvement. “C’est une bonne chose, les joueurs ont le droit de se manifester, déclare-t-il. Je pense qu’il n’y a aucun joueur insensible à ce qui a été dit ou écrit par rapport à tout ça.” 

De son côté, le président de la FFF Noël Le Graët annonce le 22 mars 2022 dans une interview au quotidien régional français Ouest France que la Fédération n’envisage pas de boycotter la compétition. “Le sujet politique est délicat, mais les joueurs sont évidemment libres de s’exprimer sur ces questions.”, explique-t-il. Deux mois plus tard, le 19 mai, le sélectionneur de l’équipe de France Didier Deschamps assure que ses joueurs sont “libres de s’exprimer” sur le sort des travailleurs des chantiers de la Coupe du Monde. 

Le 9 avril 2022, lors d’un match de Ligue 2 entre Guingamp et Toulouse, une banderole “Boycott Qatar 2022” est aperçue brièvement dans les tribunes. Le président de la FFF, autrefois patron du club de Guingamp, avait invité le président de la Fifa Gianni Infantino à assister à la rencontre. Organisatrice du mondial, la FIFA est restée discrète sur la question du respect des droits humains au Qatar.

Elle indique “croire en la liberté d’expression et au pouvoir du football pour susciter des changements positifs.” En règle générale, les déclarations politiques sont interdites lors des matchs de foot. Pourtant, les sélections qui se sont mobilisées sur cette question n’ont pas été sanctionnées.