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Le bronzage, une révolution culturelle

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Interview de Pascal Ory

Tantôt décrié, tantôt adulé, pourquoi le bronzage est-il un fait spécial, riche de significations ? Comment est-il perçu dans les autres pays ? Y a-t-il un lien entre bronzage et racisme ? Pascal Ory, professeur émérite à la Sorbonne, auteur de L'invention du bronzage (Ed. Flammarion) a mené une enquête minutieuse. Il était l'invité de TV5MONDE.

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D'où vient le mot "bronzage" ?  Pascal Ory, professeur émérite à la Sorbonne, auteur de L'invention du bronzage (Ed. Flammarion) en explique l'origine sur TV5MONDE : "en français on a utilisé une métaphore artistique (pour définir le bronzage) : d'emblée on a voulu magnifié le hâle. C'est très valorisant de ressembler au bronze dans l'esprit "beaux-arts" de l'époque."
 

On se distingue depuis des siècles par rapport aux paysans et aux paysannes qui attrapent des coups de soleil.

Pascal Ory

Rester blanc

Au début du XXe siècle, avant la révolution du bronzage, il fallait rester blanc : "cela remonte à la plus haute Antiquité, renforcé par le christianisme. Il s'agit d'abord du corps de la femme : la femme des élites doit être préservée des agressions vulgaires. Et on se distingue depuis des siècles par rapport aux paysans et aux paysannes qui attrapent des coups de soleil. L'homme a du mal à se préserver complètement mais il a une femme qu'il montre et qui elle est absolument protégée", explique Pascal Ory.  ​

"Le basculement dans l'entre-deux-guerres, c'est que l'on va se distinguer de plus en plus par rapport à une société urbaine, donc de l'ouvrier et de l'employé 'cachet d'aspirine.'"
 

L'implication de la médecine

Pendant une période, le corps médical prônait que le bronzage pouvait avoir des bienfaits : "Il y a toute une tendance de la médecine naturelle qui disait : "soignez-vous grâce au soleil". On pense d'ailleurs à l'époque que le soleil peut guérir de la tuberculose."

Et tout est une question de perception. Le bronzage n'est pas perçu de la même façon partout dans le monde. "Les populations asiatiques, chinoises, vietnamiennes, japonaises, en sont encore au stade des Occidentaux avant 1900, c'est-à-dire qu'ils ont la phobie de l'exposition au soleil et de cette perturbation pour elles qu'est le coup de soleil."  

"Il y a eu une dimension raciale dans le débat qui naît dans les années 1930 quand le mouvement était clairement lancé. Des voix racistes s'élèvent disant : "pourquoi veulent-elles ressembler à des négresses ? (En référence) à Joséphine Baker."