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Le chef de l'Eglise orthodoxe serbe décédé du Covid-19

Le patriarche Irinej, chef de l'Eglise orthodoxe serbe, le 28 janvier 2010 à Belgrade
Le patriarche Irinej, chef de l'Eglise orthodoxe serbe, le 28 janvier 2010 à Belgrade
afp.com - Andrej ISAKOVIC

Le patriarche Irinej, chef de l'Eglise orthodoxe serbe (SPC), est décédé vendredi des suites du Covid-19, trois semaines après avoir célébré les funérailles du chef de cette Eglise au Monténégro, victime également du nouveau coronavirus.

Le dignitaire religieux, qui dirigeait l'Eglise orthodoxe serbe depuis 2010, s'est éteint peu après 07H00 (06H00 GMT) à l'âge de 90 ans dans un hôpital militaire de Belgrade où il avait été admis le 4 novembre, a annoncé la SPC dans un communiqué.

La SPC compte quelque 12 millions de fidèles, la plupart d'entre eux en Serbie, pays de 7 millions d'habitants dont plus de 80% sont chrétiens orthodoxes, mais aussi en Bosnie, au Monténégro et dans la diaspora.

Irinej, qui était le 45e dirigeant de la SPC, avait célébré le 1er novembre à Podgorica, capitale du Monténégro, les obsèques de l'archevêque Amfilohije, mort du Covid-19 à l'âge de 82 ans.

Bon nombre des milliers de fidèles présents n'avaient pas respecté les mesures de distanciation sociale si bien que les autorités sanitaires monténégrines avaient dénoncé des "violations drastiques" des mesures sanitaires.

Le décès du patriarche Irinej, dont Mgr Amfilohije était pratiquement le numéro deux, porte un nouveau coup dur au monde orthodoxe.

Le chef de l'influente Eglise orthodoxe de Grèce, Mgr Iéronymos, positif au Covid, a été hospitalisé à Athènes, de même que l'archevêque de l'Eglise orthodoxe d'Albanie, Mgr Anastasios, qui a contracté aussi le coronavirus.

Les contaminations se sont envolées ces derniers temps dans les Balkans. La Serbie, où la pandémie a fait 1.110 morts pour sept millions d'habitants, a recensé un nouveau record de contaminations jeudi avec plus de 6.100 cas.

-"Ceux comme vous ne partent jamais"-

"Vous connaître était un honneur. Ceux comme vous ne partent jamais...", a écrit le président serbe Aleksandar Vucic sur Instagram, sous une photo du patriarche.

Né en 1930 à Vidova, petit village de Serbie centrale, Irinej, de son nom laïc Miroslav Gavrilovic, avait été depuis 1975 l'évêque de Nis, dans le sud de la Serbie, avant de prendre la place du patriarche Pavle à la tête de l'Eglise orthodoxe serbe en 2010.

Malgré la grande influence de la SPC au sein de la société serbe, il n'avait jamais atteint les niveaux de popularité de son prédécesseur.

Dans les milieux orthodoxes, Irinej faisait figure de modéré. Il avait fait preuve d'ouverture à l'égard de l'Eglise catholique, avec laquelle les relations étaient tendues depuis des siècles, au point qu'une visite du pape en Serbie avait été évoquée.

Sur le plan politique, il avait joué un rôle clé dans la campagne contre l'indépendance du Kosovo proclamée en 2008 par l'ancienne province serbe. Ce territoire peuplé en grande majorité d'Albanais recèle de nombreux monastères et églises et est considéré par la SPC comme le "berceau" de l'orthodoxie serbe.

Cette figure conservatrice avait pris part en 2017 à une série d'attaques virulentes contre le droit à l'avortement en Serbie, déclarant que "le devoir des femmes (était) de donner vie afin de régénérer la nation".

En 2014, il avait dénoncé la Gay Pride de Belgrade comme étant "immorale" et "imposée par le lobby homosexuel et leurs mentors d'Europe" occidentale.