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Le combat des proches de Gerardo, mort à Miami Beach au début de la pandémie

Une urne avec les cendres de Gerardo Gutiérrez, mort du Covid-19, dans la maison de sa fille, Ariane Gutiérrez (au premier plan), le 20 février 2021, à Miami Beach en Floride
Une urne avec les cendres de Gerardo Gutiérrez, mort du Covid-19, dans la maison de sa fille, Ariane Gutiérrez (au premier plan), le 20 février 2021, à Miami Beach en Floride
afp.com - CHANDAN KHANNA
Ariane Gutiérrez regarde une photo de son père, Gerardo Gutiérrez, mort à 70 ans du Covid-19, le 20 février 2021, à Miami Beach en Floride
Ariane Gutiérrez regarde une photo de son père, Gerardo Gutiérrez, mort à 70 ans du Covid-19, le 20 février 2021, à Miami Beach en Floride
afp.com - CHANDAN KHANNA
Ariane Gutiérrez, le 20 février 2021 à Miami Beach en Floride
Ariane Gutiérrez, le 20 février 2021 à Miami Beach en Floride
afp.com - CHANDAN KHANNA

Il semblerait impensable de nos jours, alors que les Etats-Unis s'apprêtent à franchir le cap du demi-million de morts du Covid-19, qu'une entreprise empêche ses travailleurs de porter un masque.

C'est pourtant l'expérience qu'a vécue Gerardo Gutiérrez, il y a un an lorsqu'il était employé d'une chaîne de supermarchés à Miami Beach, en Floride, et que le coronavirus commençait à se propager à toute vitesse sur le territoire américain.

Âgé de 70 ans, M. Gutiérrez est mort en avril, après avoir été infecté par le coronavirus en mars, quand les décès dus au virus ne se comptaient encore qu'en centaines.

"Nous étions déjà tous paniqués", se souvient sa fille, Ariane, qui poursuit en justice l'entreprise de grande distribution Publix pour homicide volontaire.

Selon elle, Publix avait interdit à ses employés de porter un masque, pour ne pas "effrayer les clients", alors qu'une collègue qui travaillait à proximité de son père toussait et présentait d'autres symptômes du virus.

"Le résultat est que mon père est décédé", raconte-t-elle à l'AFP. "Il est allé travailler tous les jours sans masque, ni gants".

Le 23 mars, Miami Beach a été la première ville de l'Etat à décréter le confinement et à fermer ses plages, mais Publix a attendu la première semaine d'avril pour autoriser son personnel à porter un équipement de protection, selon la plainte de Mme Gutiérrez.

Trop tard pour son père, qui était déjà malade. Il a été hospitalisé le 10 avril, et ses proches lui ont fait leurs adieux sur Zoom, le 28 avril, jour de son décès.

"Il adorait nager. Il était très actif, il avait beaucoup d'énergie. Il avait encore des années de vie devant lui", souligne avec émotion Ariane Gutiérrez.

Un juge a rejeté il y a deux semaines une requête de Publix pour mettre fin aux poursuites.

L'entreprise n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

- Messages contradictoires -

Début mars 2020, Miami Beach connaissait sa saison la plus touristique, celle où les étudiants de tout le pays profitent de leurs vacances de printemps sur les plages de Floride.

De nombreuses critiques avaient fleuri contre le climat de fête qui régnait sur cette île située face à Miami, alors que le reste des Etats-Unis adoptait les premières mesures de distanciation physique.

"Les gens ont mis du temps à réagir", se rappelle Ariane Gutiérrez. "Et nous ne nous en sommes toujours pas remis".

Confrontées à une pénurie de masques médicaux, les autorités sanitaires américaines n'ont, dans un premier temps, pas conseillé leur usage au grand public, afin qu'ils soient disponibles pour le personnel soignant, avant de faire volte-face.

"Ce message au début de la pandémie a été une grande erreur stratégique de santé publique", soutient auprès de l'AFP Purnima Madhivanan, épidémiologiste à l'université de l'Arizona.

Le port du masque a, en outre, revêtu rapidement une dimension politique lorsque l'ancien président Donald Trump s'est positionné contre, refusant pendant des mois d'en avoir un en public. Sa première apparition masquée n'a eu lieu que fin juillet.

"Ces discours contradictoires ont semé la confusion dans la population", poursuit Purnima Madhivanan. "Et nous continuons à en faire les frais. Les masques sont essentiels".

La majorité des Américains estiment en effet que porter un masque est une forme de protection efficace contre le Covid-19, mais seulement la moitié d'entre eux disent l'utiliser de façon systématique, selon une étude de l'Université de Californie du Sud, publiée en janvier.

Si le manque d'information et les informations erronées ont fait de nombreuses victimes au début de la pandémie, comme Gerardo Gutiérrez, certaines choses ont évolué, et pour beaucoup le port du masque devrait désormais être "normalisé", comme dans les pays asiatiques.

"Nous ne pourrons jamais dire que le Covid a disparu. Nous devons juste apprendre à le gérer, comme la grippe", prévient Purnima Madhivanan.