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Le dessinateur Jean-Jacques Sempé n'est plus

Le dessinateur français Jean-Jacques Sempé lors d'une exposition de ses dessins à Ramatuelle. France, 31 juillet 2013.
Le dessinateur français Jean-Jacques Sempé lors d'une exposition de ses dessins à Ramatuelle. France, 31 juillet 2013.
© Cyril Bruneau / ABACAPRESS.COM / Reuters

Jean-Jacques Sempé n'est plus. Le dessinateur a marqué de son trait poétique le quotidien de millions de gens. Que ce soit le personnage du Petit Nicolas, créé avec René Goscinny, ou Marcellin Caillou, ses innombrables dessins en noir et blanc, parfois finement aquarellés, évoquant la vie quotidienne avec humour et poésie sont inoubliables. Il avait 89 ans et s'est éteint paisiblement dans sa résidence de vacances entouré de sa femme et de ses amis proches.

Né en banlieue bordelaise le 17 août 1932, dans une famille où problèmes d'alcool et d'argent étaient récurrents, Jean-Jacques Sempé a travaillé très tôt, chez un courtier en vin d'abord, puis très vite en dessinant pour la presse, ne sachant "pas faire autre chose".

Il monte à Paris au début des années 1950 et y fait la connaissance de Chaval,  lui aussi Bordelais, l'un de ses maîtres. 

Son premier dessin, signé DRO (en référence à "to draw", dessiner en anglais) paraît en 1951 dans Sud Ouest Dimanche.

Sans le sou, "il court alors les cachets dans tous les canards", il est "dans la recherche absolue du gag immédiat" dans chaque dessin, relate l'ex-président de Télérama Marc Lecarpentier qui a organisé avec la galeriste Martine Gossieaux (qui était devenue sa femme), le commissariat d'une exposition sur l'ensemble de son oeuvre (dessins de presse, illustrations, publicités), à l'Atelier Grognard de Rueil-Malmaison, près de Paris en novembre 2019.

Au fil des ans, le style de Sempé, tout en poésie et délicatesse, s'épure, devenant intemporel. On passe "du rire au sourire", "on est dans le contraire de la caricature", note Marc Lecarpentier. 

"Il saisit l'air du temps, mais ne juge pas, jamais. Car il est un peu toujours dans le personnage" qu'il dessine "et sait qu'il lui est arrivé d'être lui aussi un peu bêta ou vaniteux." 

Sempé commence à collaborer avec Paris Match en 1956. Une collaboration qui a continué jusqu'à la fin. Dans son dernier dessin, paru dans le numéro du 4 au 10 août, on voit un peintre en plein exercice dans la nature. Sempé avait écrit "Pense à ne pas m'oublier".

Le Petit Nicolas, imaginé avec son acolyte René Goscinny, paraît à la même époque sous forme de BD dans une revue belge. Les aventures de l'écolier espiègle paraîtront ensuite sous forme d'albums illustrés, vendus à 15 millions d'exemplaires dans le monde francophone, mais aussi abondamment traduits (en coréen, latin, yiddish, arabe maghrébin, corse...).
 

"René Goscinny et moi, on faisait les choses comme ça sans se demander si ça allait avoir du succès, (...) nous n'avions pas de plan de carrière à l'époque", explique Sempé, estimant que le "succès" du Petit Nicolas réside tout entier dans sa "naïveté".

La reconnaissance vient après la parution chez Denoël de son premier album, "Rien n'est simple", en 1962.

Après un séjour touristique aux Etats-Unis, il présente ses dessins, "mort de trouille", au New Yorker qui le publie en couverture pour la première fois en 1978. "The New Yorker, c'était le Graal pour lui", raconte M. Lecarpentier.

En septembre 2019, la revue littéraire américaine publie sa 113e couverture signée Sempé.

La 113ème couverture de l'hebdomadaire américain The New Yorker, dessinée par Sempé, le 23 septembre 2019.
La 113ème couverture de l'hebdomadaire américain The New Yorker, dessinée par Sempé, le 23 septembre 2019.
© Sempé - The New Yorker

Malgré plus d'un demi-siècle de succès ininterrompu, le dessinateur ne cesse de dire qu'il aurait "préféré être pianiste", comme son idole Duke Ellington. "Mais je n'ai pas eu la possibilité d'étudier la musique donc il valait mieux que je dessine", explique l'artiste qui, bien qu'affaibli par un AVC il y a quelques années, continue à prendre des cours de piano.

Il rêve "depuis 40 ans" de pouvoir jouer "Satin Doll", raille avec tendresse Marc Lecarpentier."Pour lui, le dessin d'humour, comme le jazz, c'est un exercice d'humilité", explique-t-il.

Le père du Petit Nicolas se disait sans héritier artistique. Quand on lui pose la question, cet éternel nostalgique préfère éluder : "J'ai tellement aimé ceux que j'ai aimés avant, Chaval, (Jean) Bosc, (Saul) Steinberg, André François..., que l'on ne peut pas aimer davantage".



Revoir : Sempé sur le plateau de TV5MONDE interviewé par Patrick Simonin le 31 octobre 1997 : 

"Il ne faut pas qu'on sente le travail, et ça demande beaucoup de travail", disait Sempé, avec beaucoup d'humilité. "Quand j'ai une idée, quand je ne suis pas sûr, et même quand j'en suis sûr d'ailleurs, je la montre à quelques amis. Mais je n'analyse pas, car si je le faisais, ce serait la perdition totale, je me caricaturerais moi-même."
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