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Le canadien Couche-Tard renonce au rachat de Carrefour devant le refus du gouvernement français

Le groupe Carrefour représente un peu plus de 20% de la distribution alimentaire en France. L'enseigne est implantée dans directement dans 10 pays et indirectement dans plus de 20 pays, sous forme de partenariat et franchise. Ici, un supermaché Carrefour à Bruxelles.
Le groupe Carrefour représente un peu plus de 20% de la distribution alimentaire en France. L'enseigne est implantée dans directement dans 10 pays et indirectement dans plus de 20 pays, sous forme de partenariat et franchise. Ici, un supermaché Carrefour à Bruxelles.
AP/Virginia Mayo

Couche-Tard a retiré sa proposition de rachat de Carrefour, selon les agences Bloomberg et Reuters qui citent des sources vendredi soir. Une décision qui intervient après que le gouvernement français oppose un refus "clair et définitif" au rapprochement entre les deux géants de la distribution alimentaire français Carrefour et canadien Couche-Tard.

Trois jours après la révélation de son intention d'acquérir Carrefour SA pour 16,2 milliards d'euros, Couche-Tard abandonne, selon les agences Reuters et Bloomberg, qui citent des sources.  Un recul qui intervient après le « non définitif » de la France.

"Ma position, c'est un non courtois, mais clair et définitif ! " Le ministre français de l'économie Bruno Le Maire ne veut pas entendre parler d'un rachat du géant français de la grande distribution, Carrefour par le Canadien Couche-Tard groupe de distribution alimentaire  et de carburants.

Pour tenter de rassurer Bercy, le fondateur de Couche-Tard Alain Bouchard avait pourtant promis plusieurs milliards d'investissements dans Carrefour et s'était engagé à maintenir l'emploi pendant deux ans et à coter le groupe en Bourse à Paris, en parallèle avec le Canada, précise l'agence Bloomberg.

Contactés par l'AFP, ni Couche-Tard ni Carrefour n'avaient confirmé l'information vendredi soir.

Carrefour, 20% de la distribution alimentaire en France

"Cette crise sanitaire nous a appris une chose : c'est que la sécurité alimentaire n'a pas de prix", a ainsi défendu Bruno Le Maire, évoquant le rôle de la grande distribution pendant le premier confinement pour assurer l'approvisionnement des Français sur la chaine française d'information BFM.

"La sécurité alimentaire est stratégique pour notre pays et donc on ne cède pas l'un des grands distributeurs français et Carrefour est le premier employeur privé de France avec près de 100.000 salariés. Carrefour représente près de 20% de la distribution alimentaire dans notre pays". Sur la chaîne française, France 5, le ministre français de l'Economie est allé plus loin : " Le jour où vous allez chez Carrefour, chez Auchan, et qu'il n'y plus de pâtes, plus de riz, vous faites comment ? "

Pour s'opposer à ce rachat, le gouvernement peut s'appuyer sur la réglementation sur le contrôle des investissements étrangers, qui lui permet de bloquer des opérations de rachat dans l'industrie agro-alimentaire. "Nous avons l'instrument juridique à notre disposition, je préfère ne pas avoir à l'employer", mais le ministère de l'Economie l'actionnera "s'il le faut", a fait valoir Bruno Le Maire

Droit de blocage français

Depuis janvier 2020, en effet, le gouvernement peut bloquer une acquisition lorsque l'investisseur étranger envisage d'acquérir au moins 25% du capital d'une société française. Avant cette date, le seuil était fixé à 33,33%. En avril dernier, ce seuil a même été abaissé à 10%, d'abord jusqu'à fin 2020, puis jusqu'en décembre 2021, du fait de la crise sanitaire.

Ce droit de blocage ne concerne toutefois que certains secteurs jugés stratégiques. D'abord limité aux domaines de la défense ou de la sécurité, il a été progressivement étendu depuis 2014 à l'énergie, aux transports, aux télécoms ou à la santé, puis plus récemment à l'aérospatial, la presse d'information générale, la sécurité alimentaire ou les technologies quantiques.  
<p>Un cycliste passe devant une supérette de l'enseigne Couche-Tard à Montréal au Québec ce 13 janvier 2021.</p>

Un cycliste passe devant une supérette de l'enseigne Couche-Tard à Montréal au Québec ce 13 janvier 2021.

© REUTERS/Christinne Muschi

Le groupe canadien Couche-Tard a récemment soumis à Carrefour une lettre d'intention non-engageante en vue d'un rapprochement amical, sur la base d'un prix de 20 euros par action qui valoriserait le distributeur français à plus de 16 milliards d'euros hors dette, selon un communiqué ce mercredi 13 janvier.

Catherine François, notre correspondante à Montreal nous en dit plus :

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"Les termes de la transaction sont toujours en cours de discussions et demeurent soumis à une vérification diligente, mais la rémunération proposée devrait en grande majorité être en numéraire", précisait alors le groupe canadien, qui se montrait prudent: "Il n'y a aucune certitude" quant au fait que ces discussions "déboucheront sur un accord ou une opération".

Carrefour compte un peu plus de 800 millions d'actions, donc l'offre de Couche-Tard valorise le capital du groupe français à plus de 16 milliards d'euros. Si la transaction était réalisée, le groupe canadien devrait en outre reprendre en outre à son compte la dette de Carrefour, qui se chiffre en milliards d'euros.

Dans une communication interne au groupe Carrefour, que l'AFP a pu consulter mercredi, le distributeur français indiquait qu'il "va examiner le projet qui lui est soumis par Alimentation Couche-Tard", afin de "déterminer si un projet peut être conçu dans l'intérêt" du groupe.

Ainsi malgré l'opposition du gouvernement français, les deux groupes avaient ouvert les négociations. Les échanges se poursuivaient ainsi entre Carrefour et Couche-Tard via les banques d’affaires Rothschild (conseil de Couche-Tard) et Lazard (Carrefour). Le groupe québécois devait préciser ses engagements ce vendredi 15 janvier.

Le gouvernement québécois rappelle le rachat de Bombardier par Alstom

Du côté du gouvernement québécois on estimait pourtant que le groupe québécois pourrait être un « bon propriétaire de Carrefour », tout comme « Alstom (NDLR : groupe ferrovairie français) est devenu un bon propriétaire de Bombardier (NDLR : partie transport ferroviaire du groupe Bombardier) », comme l'a lancé jeudi soir à quelques journalistes Pierre Fitzgibbon, le ministre québécois de l'économie selon le quotidien économique français Les Echos.

Carrefour revendique "un réseau multi-formats de 12.300 magasins dans plus de 30 pays" et "plus de 320.000 collaborateurs" dans le monde, pour un chiffre d'affaires de 80,7 milliards d'euros en 2019. Il affichait une capitalisation boursière de 12,64 milliards d'euros à la Bourse de Paris mardi soir. Le groupe est beaucoup moins rentable. La moitié de ces hypermarchés en France ont perdu de l'argent sur l'année 2019. Le groupe s'est lancé dans un plan d'économies. 

Le chiffre d'affaires de Couche-Tard est inférieur à celui de Carrefour. Le groupe a dégagé un bénéfice de près de 2,4 milliards de dollars américains lors de son exercice décalé de 2019, sur un chiffre d'affaires de 54 milliards de dollars.

Couche-Tard, petit épicier devenu grand


Créé au Québec en 1980 avec un seul magasin, par l'homme d'affaires Alain Bouchard , Couche-Tard est néanmoins devenu en quarante ans un géant mondial des magasins de proximité - nommés "dépanneurs" dans la province francophone -, des supérettes aux heures d'ouverture très élargies proposant une sélection restreinte de produits d'alimentation, des journaux et des cigarettes. Plus de 130 000 personnes sont employés par le groupe  Couche-Tard.

Le groupe s'est établi aux Etats-Unis au début des années 2000 en rachetant de plus petits concurrents, puis en Europe du Nord en 2012 avec l'acquisition du groupe norvégien Statoil, pour 2,8 milliards de dollars américains.

Couche-Tard possède un réseau de plus de 14.000 ces magasins exploités sous diverses enseignes, dont Circle K, principalement en Amérique du Nord, mais aussi en Europe du Nord, en Amérique latine et en Asie.

Couche-Tard a également fait une entrée remarquée en novembre 2020 sur le marché asiatique en rachetant pour près de 360 millions de dollars le groupe hongkongais Convenience Retail Asia.