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Le "Grand remplacement" et "le Chevalier Breivik" au coeur de l'attaque terroriste néo-zélandaise

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Analyse du manifeste raciste du tueur australien par Slimane Zeghidour

Juste avant de perpétrer son attaque terroriste contre les mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le tireur australien, identifié comme Brenton Tarrant, un suprémaciste blanc, a publié sur Twitter un "manifeste" raciste avec les motivations de l'attaque. Dans ce texte de 74 pages intitulé "le Grand remplacement", en référence à la thèse de  l'écrivain français d'extrême droite Renaud Camus, il explique comment la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle française de 2017 a eu un impact sur sa radicalisation et comment Anders Breivik, le tueur de 77 personnes en Norvège en 2011, a été son inspirateur. 

Breton Tarrant, le tireur australien impliqué dans des attaques terroristes contre des mosquées néo-zélandaises ce vendredi 15 mars 2019 avait publié au préalable un "manifeste" raciste sur Twitter avant de diffuser en direct des images vidéo de la fusillade.

Intitulé "le Grand remplacement - vers une nouvelle société, nous avançons toujours", ce document affirme que le tireur voulait s'en prendre à des musulmans.

Le titre semble être une référence directe à la thèse éponyme de l'écrivain français Renaud Camus sur la disparition des "peuples européens", "remplacés" selon lui par des populations non-européennes immigrées, qui connaît une popularité grandissante dans les milieux d'extrême droite.

La problématique nataliste

Le tueur de Christchurch démarre ce texte de 74 pages par un poème, avant d'introduire son propos par une attaque contre les faibles taux de fécondité occidentaux :

"Ce sont les taux de naissance. Ce sont les taux de naissance. Ce sont les taux de naissance. S'il y a une chose que je veux que vous reteniez de ces écrits, c'est que les taux de naissance doivent changer. Même si nous devions déporter tous les non-européens de nos terres demain, le peuple européen serait toujours en train de sombrer vers la décomposition et la mort éventuelle. Chaque jour, nous devenons moins nombreux, nous vieillissons, nous devenons plus faibles. En fin de compte, nous devons revenir aux niveaux de fécondité de remplacement, sinon cela nous tuera."

Une introduction dans la droite ligne de la théorie complotiste de Renaud Camus qui a expliqué dès 2011 qu'un processus de substitution par une population originaire en premier lieu d'Afrique était en cours dans la population française et européenne. 

Selon cet écrivain français d'extrême droite, ce changement de population impliquerait un changement de civilisation, soutenu par l'élite politique, intellectuelle et médiatique européenne, par idéologie ou par intérêt économique.

Une pensée reprise et développée à la fin de l'introduction du tueur, sous la forme : "ceci est un génocide blanc".

Et, poursuivant dans un registre violent et halluciné, le tueur australien explique qu' "il faut faire face à la fois aux "envahisseurs" déjà sur nos terres et les envahisseurs qui cherchent à entrer sur nos terres. Nous devons écraser l'immigration et déporter les envahisseurs déjà vivant sur notre sol. Ce n’est pas seulement une question de prospérité, mais la survie même de notre peuple."

Un Blanc de 28 ans contre les "envahisseurs"

Après cet exposé virulent, s'ensuit une autobiographie. Le tireur explique ainsi qu'il est né en Australie dans une famille aux revenus modestes et aux origines écossaise, irlandaise et anglaise.

Il dit avoir 28 ans, ne pas avoir fait d'études et avoir beaucoup voyagé.

Verbatim : "J'ai eu une enfance régulière, sans grands problèmes. Je n’avais que peu d’intérêt pour l’éducation pendant ma scolarité, atteignant à peine la moyenne. Je n’ai pas fréquenté l’université (...) Je ne suis qu'un homme blanc ordinaire, issu d'une famille ordinaire".

Puis vient l'explication de l'attaque : "pour se venger des 'envahisseurs' pour les centaines de milliers de morts causés par les 'envahisseurs' étrangers sur les terres européennes à travers l'histoire. Se venger de l'esclavage de millions d'Européens pris dans leurs terres par les esclavagistes islamiques. Se venger des milliers de victimes européennes tuées par des attaques terroristes sur les terres européennes. Se venger d'Ebba Akerlund (du nom de la fillette suédoise de 11 ans tuée lors de l'attentat de Stockholm du 7 avril 2017, ndlr)".

La défaite de Le Pen comme déclencheur

Le tueur explique ensuite les évènements qui ont conduit à sa radicalisation et à ses attaques, dans une forme de longues questions-réponses similaires à celles des sites Internet. Il revient sur le choc qu'a été pour lui la mort de cette jeune Suédoise dans l'attaque terroriste de Stockholm en 2017 qui fit 5 morts, au moment où il menait une tournée en Europe de l'Ouest. Puis, autre élement déclencheur : la défaite de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen à la présidentielle française de 2017, et son voyage en France. 

Le tireur explique ensuite qu'il n'appartient à aucune organisation mais qu'il a fait des dons à des groupes nationalistes. L'attaque n'a pas été commanditée même s'il reconnait avoir eu la bénédiction des "nouveaux Chevaliers Templiers" ("reborn Knights Templar") et qu'il s'est inspiré de "Knight Justiciar Breivik", le "Chevalier Justicier Breivik" (sic). 

Anders Breivik et les "Templiers" comme modèle  

Une information non-anodine lorsque l'on sait qu'Anders Behring Breivik, le tueur de 77 personnes dans une attaque terroriste en Norvège en juillet 2011, avait lui-même revendiqué son appartenance à cette organisation "reborn Knights Templar".  
 

Mis sur le gril sur les origines de cette organisation dont la police norvégienne n'avait pu prouver l'existence, l'extrémiste de droite avait expliqué que ces "Chevaliers Templiers" était un réseau de militants nationalistes chargés de commettre des "actes héroïques". D'après les déclarations durant l'audience du terroriste Breivik, l'organisation visait à "unifier tous les militants nationalistes d'Europe" en mettant en place des "cellules individuelles et autonomes" censées agir indépendamment les unes des autres. Elle aurait vu le jour en avril ou mai 2002 lors d'une réunion à Londres avec d'autres militants nationalistes dont Breivik a refusé de donner le nom. Lors de cette rencontre, Breivik avait expliqué s'être vu confier la tâche de rédiger un "compendium" - le manifeste de 1500 pages qu'il a diffusé juste avant de perpétrer ses attaques le 22 juillet 2011 - pour diffuser l'idéologie nationaliste et inciter d'autres militants à l'action. Un manifeste et des procédés qui ressemblent beaucoup à ceux de l'assaillant des mosquées néo-zélandaises.

Le tueur des mosquées néo-zélandaises déclare n'éprouver aucun remords pour ses actes et explique s'être par ailleurs préparé depuis deux ans à cette attaque. C'est il y a trois mois qu'il aurait choisi le lieu pour la perpétrer. Au départ, ni la Nouvelle-Zélande, ni la mosquée Masjid al Noor n'étaient ses " premiers choix" pour l'attaque.  Lui-même se décrit comme un "eco-fasciste" raciste mais "pas un islamophobe", extrêmement marqué par la commentatrice conservatrice afro-américaine Candace Owens

Comparaissant ce samedi 16 mars 2019 pour meurtre devant un tribunal de Christchurch, Brenton Tarrant, menotté et portant la chemise blanche réservée aux détenus, a joint son pouce à l'index, symbole des suprémacistes blancs à travers le monde.