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Le journaliste Greenwald ne quittera pas le Brésil malgré des menaces "répugnantes"

Le journaliste américain Glenn Greenwald, le 1er décembre 2014 à Munich, en Allemagne
Le journaliste américain Glenn Greenwald, le 1er décembre 2014 à Munich, en Allemagne
afp.com - TOBIAS HASE

Le journaliste américain Glenn Greenwald, cofondateur du site d'investigation The Intercept, assure qu'il ne quittera pas le Brésil malgré les menaces "répugnantes" que lui ont values ses révélations sur une partialité de l'enquête ayant conduit à la condamnation de l'ex-président Lula.

"La violence politique est une réalité" au Brésil, a confié le journaliste dans un entretien à l'AFP, quelques jours après la divulgation de messages laissant entendre que le juge anticorruption Sergio Moro a manoeuvré pour empêcher l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva de se présenter à l'élection présidentielle de 2018.

Selon le site, Sergio Moro, devenu entretemps le ministre de la Justice du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, a franchi la ligne rouge en fournissant conseils et directives aux procureurs de l'enquête Lava jato (Lavage express) en défaveur de l'ancien président de gauche, alors qu'il était tenu à la plus stricte impartialité.

"Nous savions que lorsque que nous allions publier sur ces gens puissants qui font partie du gouvernement de Bolsonaro, nous allions nous attirer beaucoup de haine, de menaces", explique le journaliste, au lendemain de la publication d'une nouvelle salve d'échanges entre le juge et le procureur Deltan Dallagnol.

"Nous avons reçu des menaces vraiment répugnantes, explicites, grotesques qui sont assez inquiétantes et que nous prenons très au sérieux", souligne M. Greenwald, interrogé par téléphone. Ces messages envoyés par courriel ou via les réseaux sociaux visent aussi son mari, le député brésilien David Miranda, et leurs deux enfants adoptés, dit-il.

Glenn Greenwald, qui s'est rendu célèbre en rendant publiques en 2013 les révélations d'Edward Snowden sur l'agence américaine de renseignement NSA, reconnaît que les risques sont plus grands cette fois en raison de la proximité physique avec les personnes mises en cause.

Mais le journaliste assure qu'il "ne quittera absolument jamais le Brésil". "C'est le pays de mes enfants et de mon mari", dit-il.

"Nous avons pris toutes les mesures que nous pensions nécessaires pour notre sécurité physique et légale. Après il faut avancer et poursuivre son boulot. Le journalisme, c'est se confronter à des gens puissants", ajoute-t-il.

- "La société brésilienne victime" -

Depuis que le scandale a éclaté dimanche dernier, le ministre de la Justice s'est montré particulièrement combatif, affirmant qu'il n'avait "rien vu de spécial" dans le contenu des messages. Il a assuré mercredi que ni les "hackers" qui auraient obtenu ces messages, ni les "faux scandales" ne le détourneraient de sa "mission".

Sans surprise, Glenn Greenwald refuse de révéler comment la source anonyme à l'origine de la fuite a eu accès aux échanges de messages qui, selon le journaliste, montrent clairement comment le juge "prenait part au travail du parquet".

"Ils entretenaient une relation de collaboration qui viole la Constitution et le code d'éthique judiciaire, ce qui remet en question tous les jugements prononcés par Moro dans l'opération Lava jato", estime-t-il.

En 2017, le juge Moro a condamné Lula à 8 ans et 10 mois de prison pour avoir reçu un triplex de bord de mer comme pot-de-vin de la part d'une entreprise de BTP en échange de contrats avec le groupe pétrolier étatique Petrobras.

Emprisonné en avril 2018 et empêché de se présenter à un troisième mandat présidentiel, l'ancien chef de l'Etat (2003-2010) s'est toujours dit innocent et victime d'une machination politique destinée à lui barrer la route de l'élection.

Le journaliste américain dit ne pas s'être attendu à ce que Sergio Moro démissionne dans la foulée des premières révélations. Mais il prévoit qu'il lui sera difficile de rester à son poste après la publication annoncée par The Intercept d'une nouvelle série de scoops compromettants.

"La première victime de ce que nous sommes en train de révéler, c'est la société brésilienne et les gens qui ont été punis et emprisonnés dans le cadre d'une enquête qui étaient clairement menée par des gens qui n'avaient aucun respect pour les règles qu'ils sont censés respecter", ajoute le journaliste.

"Lorsque ces règles ne sont pas respectées, c'est tout le système judiciaire qui est corrompu", conclut-il.