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Le Kremlin reconnait que l'économie russe subit "un sérieux coup dur"

Ce 2 mars 2022, Vladimir Poutine s'entretient avec Alexander Shokhin, président de l'Union des industriels et entrepreneurs de Russie. L'économie russe est fragilisée par les sanctions économiques infligées par les États-Unis et l'Union européenne.
Ce 2 mars 2022, Vladimir Poutine s'entretient avec Alexander Shokhin, président de l'Union des industriels et entrepreneurs de Russie. L'économie russe est fragilisée par les sanctions économiques infligées par les États-Unis et l'Union européenne.
© Mikhail Klimentyev, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP

Les autorités russes tentent ce 2 mars d'enrayer l'hémorragie économique et la panique provoquées par les sanctions massives imposées contre Moscou. Pour la première fois le Kremlin reconnaît que l'économie du pays subit un "sérieux coup dur" et que "son intégrité" est en jeu.

L'économie russe va-t-elle survivre ? Interrogé par la presse, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a répondu en termes vagues. Dans un "environnement économique hostile", il faut "minimiser les conséquences". En somme, la Russie "restera debout".

Depuis l'annonce de sanctions économiques massives contre la Russie en représailles à l'invasion de l'Ukraine les Russes vivent un scénario inenvisageable il y a quelques semaines.

(RE)lire : Sanctions occidentales contre la Russie : une stratégie vouée à l'échec ?

Le porte-parole du Kremlin reconnaît que l'économie russe subit "un sérieux coup dur", et que son "intégrité" est en jeu.

Sanctions bancaires

L'Union Européenne a débranché sept banques russes du système financier international Swift, mais a pris soin d'épargner deux gros établissements financiers très liés au secteur des hydrocarbures, en raison de la forte dépendance de plusieurs États européens au gaz russe.

La mesure a été publiée ce 2 mars au Journal officiel de l'UE.

L'exclusion de Swift vise VTB, la deuxième plus grosse banque de Russie, ainsi que Bank Otkritie, Novikombank (financements de l'industrie), Promsvyazbank, Rossiya Bank, Sovcombank et VEB (banque de développement du régime).

Ces établissements bancaires, choisis en "étroite coopération" avec Londres et Washington, "sont les premiers concernés par le financement de l'effort de guerre" de Moscou en Ukraine, a affirmé un responsable européen, notant qu'environ un quart du volume du système bancaire russe est visé par la mesure.

La sanction ne vise ni Sberbank, première banque du pays, ni Gazprombank, bras financier du géant des hydrocarbures, par lesquelles transitent la majeure partie des paiements pour les livraisons de gaz et pétrole russes à l'Union Européenne.

"L'arme atomique" de l'exclusion de Swift

L'exclusion de Swift est présentée comme une "arme atomique" financière: cette plateforme de messagerie sécurisée permet des opérations comme le transit des ordres de paiement et ordres de transferts de fonds entre banques.

Quelque 300 banques et institutions russes utilisent les services de Swift.
Mais Moscou a mis en place des infrastructures financières alternatives pour les transferts, via un système baptisé SPFS, les paiements (cartes "Mir", ce qui signifie "Paix" ou "Monde" en russe, et qui se veulent l'équivalent de Visa et Mastercard) et la notation (agence Akra).

Les banques visées pourront continuer des échanges avec des banques étrangères via d'autres moyens que Swift (emails, fax...), mais moins rapides, bien moins sécurisés et plus coûteux, en particulier pour des montants très importants.

Chute du rouble

Mais les conséquences se font déjà sentir pour les simples citoyens russes.
Leur argent a perdu plus d'un tiers de sa valeur en devises en quelques jours. Leurs avions ne sont acceptés que dans une poignée de pays. Leurs emplois, leurs salaires, leurs prêts... tout semble menacé.

(RE)voir : Russie : face à la chute du rouble, les Russes inquiets pour leur avenir
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La présidente la Chambre haute du parlement Valentina Matvienko, qualifiant les sanctions de "sans précédent", a invité "tout le monde à brancher les cerveaux, pour analyser tout ce qui empêche" le monde de l'entreprise de fonctionner, invitant à ne pas céder à la "panique".

Le Premier ministre reprend les recettes russes vieilles de vingt ans : remplacer les importations par des produits locaux et diversifier les sources de revenu. 

Ces déclarations semblent bien peu de choses face à l'éventualité d'un cataclysme. La Bourse de Moscou reste fermée depuis lundi 28 février et les autorités multiplient les restrictions pour limiter la casse.

La Banque centrale a annoncé des mesures interdisant aux étrangers de vendre leurs actions russes et de retirer des fonds du marché financier russe, face à une hémorragie d'investissements étrangers. Il est également interdit de quitter la Russie avec plus de 10.000 dollars en espèces.

Paralysie des échanges

Le ministère des Finances s'est prononcé en faveur de l'abolition de la TVA sur les achats d'or par des particuliers, leur suggérant de le préférer à l'achat de devises étrangères.

Sberbank, première banque de Russie, très profitable il y a encore seulement quelques semaines, a annoncé ce 2 mars son retrait du marché européen, provoquant un effondrement de 95% de la valeur de ses actions à la Bourse de Londres. 

Les entreprises et les oligarques russes sanctionnés annoncent en cascade le repli de leurs activités, tandis que les entreprises étrangères se précipitent pour annoncer la fin de leurs services en Russie.
Sur cette photo prise en janvier 2015, le président Poutine à gauche, reçoit le PDG du groupe sidérurgique Severstal Alexei Mordachov dans sa résidence de Novo-Ogaryovo près de Moscou. Le milliardaire a démissionné ce 2 mars du conseil de surveillance du numéro 1 mondial du tourisme TUI, dont il est actionnaire principal, après les sanctions prises contre lui par l'Union Européenne en représailles de l'invasion de l'Ukraine par Moscou.<br />
 
Sur cette photo prise en janvier 2015, le président Poutine à gauche, reçoit le PDG du groupe sidérurgique Severstal Alexei Mordachov dans sa résidence de Novo-Ogaryovo près de Moscou. Le milliardaire a démissionné ce 2 mars du conseil de surveillance du numéro 1 mondial du tourisme TUI, dont il est actionnaire principal, après les sanctions prises contre lui par l'Union Européenne en représailles de l'invasion de l'Ukraine par Moscou.
 
© AP Photo/RIA-Novosti, Alexei Nikolsky, Presidential Press Service

Des poids lourds du secteur des hydrocarbures, comme Shell et BP, ont annoncé leur retrait d'un pays où ils ont investi des milliards.

Des centaines de milliers d'emplois, peut-être même plus, sont en jeu pour les Russes travaillant pour des entreprises étrangères, qui s'inquiètent également du paiement de leurs salaires alors que les liens des banques russes avec l'étranger approchent dangereusement de la rupture.

Les Russes goûtent depuis une vingtaine d'années aux fruits du capitalisme et d'une économie intégrée à l'international. 
Loin des décombres de l'URSS, la classe moyenne a pris l'habitude des voyages à l'étranger, des restaurants et des boutiques. La popularité endurante de Vladimir Poutine tient en grande partie à la stabilité économique qui s'est installée depuis son arrivée au Kremlin en 2000.

Des revenus en baisse depuis 2014

Depuis l’adoption des sanctions en 2014, les revenus des Russes auraient diminués de 10%, selon l’économiste Natalia Orlova, économiste chez Alfa Bank. La Russie n’a pas connu une période d’appauvrissement aussi longue depuis les années 1990. 

Si l’État a accumulé de solides réserves pour résister aux sanctions imposées par la communauté internationale en 2014 suite à l’annexion de la péninsule de Crimée, ce n'est pas le cas des citoyens russes, qui ont vu leur pouvoir d'achat s'éroder en huit ans dans une économie atone. Beaucoup ont financé leur bien-être matériel par le crédit et ce, alors que près de deux tiers d'entre eux n'ont aucune épargne, selon un sondage de 2021 de l'institut Levada.

"Si vous avez des prêts ou d'autres dettes auprès des banques, il faut les rembourser rapidement. La crise augmente le risque de perdre des sources de revenus", leur recommandait le conseiller financier Sergueï Leonidov, dans une interview à l'agence Ria Novosti.