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Le Qatar rejette des appels d'ONG pour indemniser des ouvriers des chantiers de la Coupe du monde

Des ouvriers se rendent sur le chantier du stade de Lusail ce 20 décembre 2019, stade prévu pour la Coupe du monde.
Des ouvriers se rendent sur le chantier du stade de Lusail ce 20 décembre 2019, stade prévu pour la Coupe du monde.
AP Photo/Hassan Ammar

Le Qatar rejette des appels d'ONG à la création d'un fonds d'indemnisation pour les migrants tués ou blessés sur les chantiers de la Coupe du monde de football dans ce riche pays du Golfe, a déclaré son ministre du Travail dans un entretien accordé à l'AFP.

Le Qatar rejette des appels d'ONG à la création d'un fonds d'indemnisation pour les migrants tués ou blessés sur les chantiers de la Coupe du monde de football dans ce riche pays du Golfe, a déclaré son ministre du Travail à l'AFP.

Dans un entretien exclusif accordé mardi, Ali ben Samikh Al-Marri qualifie ces appels de "coup de communication".

Human Rights Watch et Amnesty International mènent une campagne visant à obtenir des compensations pour les migrants victimes d'"abus" (décès, blessures, salaires impayés et frais de recrutement illégaux) de la part de l'instance dirigeante du football mondial, la Fifa, et le pays hôte du Mondial-2022, qui débute le 20 novembre.

Lire : Coupe du monde au Qatar, le non-paiement des salaires "principale plainte" des travailleurs migrants

"Chaque mort est une tragédie (mais) il n'y a pas de critères pour établir ce fonds" d'indemnisation, avance le ministre. "Où sont les victimes ? avez-vous les noms ?", demande-t-il.

Le ministre a en revanche souligné que son pays avait mis en place en 2018 un fonds d'indemnisation pour les travailleurs ne percevant pas leur salaire, avançant le chiffre de 320 millions d'euros versés rien qu'en 2022.

"Si une personne ayant droit à une indemnisation ne l'a pas reçue, qu'elle se manifeste et nous l'aiderons", a-t-il insisté, ajoutant que le Qatar est prêt à examiner des cas remontant à plus de dix ans.

Le ministre a également assuré que les réformes de la législation du travail s'appliqueraient au-delà de la Coupe du monde.

La FIFA promet un fond pour les travailleurs migrants


La Fifa devrait réserver un montant minimum d'environ 420 millions d'euros (le montant total versé aux équipes participant au Mondial, ndlr) afin de fournir des réparations aux centaines de milliers de travailleurs migrants ayant subi des violations des droits humains au Qatar lors des préparatifs pour la Coupe du monde 2022, avait écrit Amnesty International dans un rapport rendu public en mai.

Lire : Coupe du monde au Qatar, l'équipe australienne dénonce les "souffrances" des travailleurs migrants

Ali ben Samikh Al-Marri a affirmé mercredi qu'un tel fonds de compensation n'était pas réalisable. La Fifa, de son côté, avait fait état mi-octobre d'un "dialogue en cours" pour des mesures en faveur de ces migrants.

Alors que les critiques s'intensifient à l'approche de l'événement, des organisations et des pays tentent de "discréditer le Qatar avec des affirmations délibérément trompeuses", a estimé Ali ben Samikh Al-Marri. Selon lui, certains hommes politiques étrangers font de son pays "une arène pour résoudre leurs propres problèmes politiques".

Ces critiques sont parfois "motivées par le racisme", ajoute-t-il. "Ils ne veulent pas permettre à un petit pays, un pays arabe, un pays musulman, d'organiser la Coupe du monde. Ils savent très bien les réformes qui ont été faites mais ils ne veulent pas le reconnaître".

Ali ben Samikh Al-Marri n'a pas cité de noms, mais ses déclarations interviennent une semaine après la convocation par le Qatar de l'ambassadeur d'Allemagne, en réponse à des déclarations de la ministre de l'Intérieur et du Sport de ce pays, qualifiant de "très délicat" l'accueil du tournoi par le Qatar, avant de se raviser.

Ali ben Samikh Al-Marria déploré des "attaques" alors même que son pays a entrepris de nombreuses réformes selon lui.

Et d'énumérer: les travailleurs peuvent désormais changer d'emploi (ce que 420.000 ont fait, selon lui); quitter le pays sans l'autorisation de leur employeur; un salaire mensuel minimum de 1.000 riyals (275 euros) a été instauré et les heures de travail dans des conditions de chaleur extrême sont limitées.  

Alors que l'Organisation internationale du travail (OIT) a réitéré mardi que la "principale plainte" des travailleurs concernaient les salaires impayés, M. Marri a déclaré que son ministère était "concentré" sur ce problème.

Selon lui, les propriétaires d'entreprises n'ayant pas respecté leurs obligations légales ont dû verser de "lourdes amendes" et certains d'entre eux ont même été emprisonnés.

Par ailleurs, affirme-t-il, quelque 42 agences de recrutement accusées d'exploiter les travailleurs ont été fermées, le nombre de tribunaux chargés de traiter les plaintes est passé de trois à cinq et les autorités ont ordonné des inspections du travail supplémentaires, notamment dans les hôtels, pendant le Mondial.

Le ministre souhaite aussi que l'OIT, présente dans le pays depuis 2018, s'y installe de manière permanente et organise un dialogue annuel international sur la protection des travailleurs migrants.