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Le timbre-poste, un "outil politique" ?

Timbre brésilien à l'effigie de Benyamin Netanyahou
Timbre brésilien à l'effigie de Benyamin Netanyahou

La Poste brésilienne a lancé un timbre à l’effigie de Benyamin Netanyahou pour célébrer le rapprochement entre Israël et la plus grande puissance d’Amérique latine, à l’occasion de la venue du Premier ministre israélien à l’investiture du président Bolsonaro. Au Brésil comme dans d’autres pays, les timbres reflètent les politiques d'État.

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"Le sauveur", en hébreu. C’est ainsi qu’est présenté le Premier Ministre israélien sur le timbre commercialisé par la Poste brésilienne cette semaine. Ce timbre est une manière de plus de sceller le rapprochement entre le Brésil du président Jair Bolsonaro, investi ce 1er janvier 2019, et Israël.
Jair, "celui qui brille" en hébreu comme n'a pas manqué de le rappeler Benyamin Netanyahou, avait déjà promis le transfert de l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem, répondant ainsi aux attentes des influentes Eglises évangéliques.

Reflets de l'actualité

L’Union postale universelle, institution des Nations Unies basée à Berne en Suisse et forte de 192 membres, émet "des recommandations comme celle de ne pas apposer sur un timbre des chefs d’Etat encore en activité", explique Gautier Toulemonde, le directeur de la publication du mensuel francophone consacré à la philatélie Timbres Magazine.

Avec ce nouveau timbre en l'honneur de Benyamin Netanyahou, le Brésil ne respecte pas cette règle, ce qui peut être "dangereux", ajoute Gautier Toulemonde, car "nul ne connaît les politiques que ces dirigeants vont mener à bien dans le futur. Il vaut mieux éviter que le timbre soit le reflet de l’actualité".

Il y a quelques années, il était inenvisageable que des chefs d’État en activité apparaissent sur des timbres.

Gautier Toulemonde, directeur de la publication de Timbres Magazine

L’actualité inspire la Poste brésilienne, mais pas seulement. À Singapour, la "lune de miel" entre Donald Trump et Kim Jong-il a été immortalisée en juin 2018 par la Poste, à l’occasion du sommet entre les Etats-Unis et la Corée du Nord à Singapour le 12 juin 2018. Les timbres, objets du quotidien en apparence anecdotiques, sont chargés de symboles. Et depuis son apparition en 1840 en Grande-Bretagne, "le timbre a toujours été utilisé comme un outil politique", indique Gautier Toulemonde.

La poignée de mains entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un sur un timbre singapourien
La poignée de mains entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un sur un timbre singapourien

Pour asseoir leur souveraineté, les États utilisent trois éléments : un drapeau, une monnaie nationale  et des timbres.

Gautier Toulemonde, directeur de la publication de Timbres Magazine

Symbole de la souveraineté

Au Soudan du Sud, "on fabrique des timbres alors que quasiment personne ne s’écrit !", observe Gautier Toulemonde. À la création de cet État le 9 juillet 2011, plusieurs timbres sont émis. De même pour commémorer sa première année d’indépendance. Une tendance encore plus flagrante en Algérie ; à l’indépendance du pays en 1962, la production de timbres explose. Elle passe de 158 entre 1926 et 1961, à 709 entre 1962 et 1995.

Timbres du Soudan du Sud avec son chef d'État Salva Kiir
Timbres du Soudan du Sud avec son chef d'État Salva Kiir

Après l’indépendance de l’Algérie, les dirigeants « doivent s’imposer, affirmer leur légitimité, faire oublier la parenthèse coloniale », comme l’indique Jalila Zaoug , auteure du « timbre-poste, vitrine et reflet de la politique de l’État algérien de 1962 à 1995 ».

L’Algérie consacre ainsi plusieurs timbres aux indépendances des pays amis, comme l’Angola ou la Namibie, et soutient le Vietnam du Nord en lançant en 1973 un timbre intitulé "hommage au peuple vietnamien".

Timbre algérien émis en 1973
Timbre algérien émis en 1973

On peut reconstituer l’Histoire d’un pays à travers ses timbres.

Gautier Toulemonde, directeur de la publication de Timbres Magazine

Présidents français

À la différence de l'Algérie, dans l’ère post-coloniale plusieurs pays mettent encore à l’honneur des chefs d’État français comme le Gabon, la Côte d’Ivoire, ou le Sénégal. Pour là aussi "sceller le rapprochement entre ces pays et la France", indique Gautier Toulemonde.

Timbre ivoirien datant de 1978 avec Valéry Giscard d'Estaing et Félix Houphouët-Boigny
Timbre ivoirien datant de 1978 avec Valéry Giscard d'Estaing et Félix Houphouët-Boigny

Pendant la période coloniale, le général de Gaulle a bénéficié d'une multitude de timbres au Dahomey (Bénin), ou en République Centrafricaine.
Quant à Jacques Chirac, il a eu droit à ses timbres-postes en Guinée-Bissau, Nicolas Sarkozy en Micronésie, mais aussi en Israël en 2007, à l’initiative de son comité de soutien dans l’Etat hébreu. Sylvain Semhoun, conseiller à l’assemblée des Français de l’étranger basé à l’époque en Israël, avait impulsé la création de ce timbre "pour resserrer les liens qui unissent les Français d’Israël à Nicolas Sarkozy".

Deux pays, un timbre   

Le timbre peut être un outil diplomatique ; "pour faire plaisir à un pays, des émissions communes de timbres entre deux pays existent", comme celui à l’effigie du Général Berthelot, disponible actuellement dans les Postes françaises et roumaines. Henri Berthelot avait été  envoyé en Roumanie en 1916 pendant la Première Guerre mondiale pour diriger la mission militaire française locale.

Timbres émis en France et en Roumanie en 2018
Timbres émis en France et en Roumanie en 2018

En France, une commission philatélique se réunit deux fois par an avec le ministre des Finances pour proposer les thèmes des timbres à venir. En général, personnages historiques, monuments et villages sont à l’honneur. Pas de chefs d'État en activité.