Info

Le Traité de non-prolifération des armes nucléaires peut-il empêcher un cataclysme ?

Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies lors de la conférence d’examen des parties du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. New York, siège des Nations unies. 1er août 2022. 
Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies lors de la conférence d’examen des parties du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. New York, siège des Nations unies. 1er août 2022. 
AP Photo/Yuki Iwamura

La conférence d’examen des partis du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) s'est ouverte ce lundi 1er août. Elle devrait durer jusqu'au 26 août prochain. Les 191 pays signataires se réunissent au siège des Nations unies à New York pour faire le point sur leur engagement commun. Dans un contexte de fortes tensions internationales, "à un malentendu de l’anéantissement nucléaire", 16 États parties au Traité souhaitent renforcer dès à présent les restrictions en matière nucléaire. 

"La très attendue conférence d’examen du #TNP, s’annonce très difficile. L’environnement international n’est pas propice à un travail fructueux. Dans ces circonstances, beaucoup de choses dépendent du Président. Bonne chance, M. Zlauvinen, dans l'accomplissement de vos tâches".

Mikhaïl Oulianov, ambassadeur de Russie aux Nations unies s'adresse ainsi à Gustavo Zlauvinen. Le diplomate argentin préside actuellement la dixième Conférence des parties chargée d’examiner le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). 
Le TNP est un traité international dont l’objectif est d’empêcher la propagation des armes nucléaires. Il repose sur trois piliers : premièrement, l'engagement des cinq puissances officielles de l’arme atomique — États-Unis, URSS, Royaume-Uni, Chine et France – à ne pas diffuser de technologies nucléaires militaires à d’autres États. En parallèle, les autres États signataires s'engagent également à ne pas développer d'armements nucléaires.  Deuxièmement, le traité vise au démantèlement à terme des arsenaux nucléaires existants. Troisièmement, le traité permet une utilisation de l’énergie nucléaire "à des fins pacifiques" par les États parties. 

À lire : "L'arme nucléaire, ce n'est pas vraiment de la dissuasion mais l'équilibre de la terreur"

Selon les Nations unies, le TNP est le seul engagement contraignant en faveur du désarmement pris par les États dotés de l’arme nucléaire dans le cadre d’un accord multilatéral. Il s’agit également de l'engagement international regroupant le plus d'États parties. Il compte 191 signataires selon l'Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA). 

Seules exceptions à la liste, la Corée du Nord, Israël, l'Inde, le Pakistan et le Soudan du sud, selon une liste effectuée par l'ONG Greenpeace dans le cadre d'une campagne en faveur "de la paix et du désarmement". 
 
Qu’est-ce que la conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération ? 

La conférence des parties est une rencontre internationale planifiée tous les 5 ans par les États signataires du TNP. La cession précédente, initialement prévue en mai 2020, fut reportée à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire.

Jusqu’au 26 août 2022, les États parties au traité, essentiellement représentés au niveau ministériel, reprendront articles après articles le contenu du traité signé en 1968. Chaque État partie est alors libre de proposer des amendements visant à clarifier les objectifs du traité ou sa mise en application. L’ordre du jour doit être adopté dans les prochains jours.

Cette conférence a pour principal enjeu de "réaffirmer l’importance, la crédibilité et la vitalité du TNP", selon son président Gustavo Zlauvinen. Le diplomate argentin souligne "la responsabilité historique" des États parties dans cet objectif.

"À un malentendu de l’anéantissement nucléaire".

"Nous avons été extraordinairement chanceux jusqu'à présent. Mais la chance n'est pas une stratégie ni un bouclier pour empêcher les tensions géopolitiques de dégénérer en conflit nucléaire", annonce António Guterres à l’occasion de l’ouverture de la conférence. Ce lundi 1er août, le Secrétaire général des Nations unies alerte les parties présents. 
 
Près de 13.000 armes nucléaires sont stockées dans les arsenaux à travers le monde. 
António​ Guterres, Secrétaire général des Nations unies. 
"Près de 13.000 armes nucléaires sont stockées dans les arsenaux à travers le monde. À un moment où les risques de prolifération grandissent et les garde-fous pour prévenir cette escalade faiblissent", affirme António Guterres. 

Dans le contexte international actuel, le secrétaire général des Nations unies estime "qu'aujourd’hui, l'humanité est à un malentendu, une erreur de calcul de l'anéantissement nucléaire ». Il évoque ainsi les affrontements en Ukraine, les "crises" au Moyen-Orient et les conflits dans la péninsule Coréenne. 

Selon Gustavo Zlauvinen, "la menace posée par les armes nucléaires (...) est revenue au même niveau que pendant la guerre froide". 
 
Si nous avons appris quelque chose de la pandémie, c'est que les événements à faible probabilité peuvent se produire, avec un préavis réduit ou sans préavis. 
Gustavo Zlauvinen, diplomate argentin, Président de la dixième conférence des parties du TNP.
Le président de la conférence craint ainsi une catastrophe "sans préavis" engendrée par l’utilisation de l’arme nucléaire. Il déclare : "si nous avons appris quelque chose de la pandémie, c'est que les événements à faible probabilité peuvent se produire, avec un préavis réduit ou sans préavis, avec des conséquences catastrophiques pour le monde. C'est la même chose pour les armes nucléaires". 

Une guerre nucléaire "sans vainqueur". 

Même au plus fort de la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique ont pu travailler ensemble pour défendre notre responsabilité partagée. Joe Biden, Président des États-Unis. 
Dans un communiqué commun les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne déclarent : "dans le contexte de la guerre d'agression illégale et non provoquée menée par la Russie contre l'Ukraine, nous appelons la Russie à mettre fin à sa rhétorique nucléaire et à son comportement irresponsable et dangereux". 

En parallèle, Joe Biden invite dans un autre communiqué la Russie et la Chine à entamer des pourparlers sur le contrôle des armements nucléaires. "La Russie devrait démontrer qu'elle est prête à reprendre le travail sur le contrôle des armements nucléaires", estime le président états-unien. "Même au plus fort de la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique ont pu travailler ensemble pour défendre notre responsabilité partagée d'assurer la stabilité stratégique", insiste t-il. 

Le locataire de la Blanche estime que Pékin doit également "participer à des pourparlers qui réduiront le risque d'erreur de calcul et s'attaqueront aux dynamiques militaires déstabilisatrices". Ces pourparlers s'annoncent difficiles dans un contexte de tensions accrues engendrées par la potentielle visite de la présidente de la chambre des représentants américaine Nancy Pelosi à Taiwan. 

À voir : Etats-Unis : la tournée asiatique de Nancy Pelosi se poursuit, Taiwan serait une provocation pour Pékin.
Chargement du lecteur...
Antony Blinken, dénonce quant à lui les comportements de l’Iran et de la Corée du Nord. La péninsule nord-coréenne"continue d'étendre son programme nucléaire illégal" et l’Iran "reste sur la voie de l'escalade nucléaire", avance le secrétaire d’Etat américain. 

À voir : Iran : Paris, Londres et Berlin appellent à la désescalade nucléaire
Chargement du lecteur...
 
Il ne peut y avoir de vainqueurs dans une guerre nucléaireVladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie. 
De son côté la Russie dit aussi vouloir éviter l’affrontement nucléaire. Après avoir placé ses forces nucléaires en alerte lors de son offensive en Ukraine le 24 février dernier, Vladimir Poutine affirme continuer de "suivre à la lettre l’esprit du traité". Dans un message publié par le Kremlin, le Président de la Fédération de Russie estime "qu’il ne peut y avoir de vainqueurs dans une guerre nucléaire". 

À lire : Russie : Poutine laisse planer le spectre de l'arme nucléaire

De nombreux États manifestent, lors de cette conférence, leurs volontés de prévenir un affrontement nucléaire à l’avenir. Mais jusqu'à présent, seuls 16 d’entre eux s’engagent dans une initiative commune, baptisée "initiative de Stockholm" destinée à donner de nouvelles impulsions concrètes dans le domaine du désarmement nucléaire.  

Vers une diminution de l'arsenal nucléaire ? 

Eliminer les armes nucléaires est la seule garantie qu'elles ne seront jamais utilisées. 
Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies.
Malgré l’accentuation des crises, le Secrétaire général des Nations Unies continue à croire dans l’utilité du TNP. Cette conférence est une "opportunité de renforcer ce traité et de le mettre en adéquation avec le monde d'aujourd'hui", déclare-t-il lors de la première journée de conférence. 

Cette ambition est partagée par 16 États réunis autour d'un partenariat initié par la Suède en 2019 et appelé "initiative de Stockholm". Parmi les partenaires figurent notamment l'Allemagne, l’Argentine, le Canada mais également la Corée du Sud, le Japon et le Kazakhstan. Ces pays cherchent à "jeter des ponts entre les États dotés d’armes nucléaires et ceux qui n’en possèdent pas", selon le Ministère des affaires étrangères allemand. 
 
Le 25 février 2020, lors d’une rencontre interministérielle à Berlin, ces pays clarifient leurs principaux objectifs dans une liste d’actions intitulées "Stepping Stones". Selon la diplomatie suédoise, "L’initiative de Stockholm" compte trois objectifs majeurs. "Diminuer le risque d’utilisation nucléaire durant un conflit", "diminuer le rôle de la dissuasion nucléaire dans les doctrines de défense", et "renforcer la vérification effective des armements". 

Ces objectifs s’accompagnent d’une série de propositions concrètes regroupées dans un document intitulé "Nuclear Risk Reduction Package". Dans ce document signé en 2021, les États parties proposent notamment "la publication des arsenaux nucléaires", "une action accrue pour renforcer l’intégration de la dimension du genre dans les domaines du désarmement" et "un engagement renforcé pour la ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE)". 

Ces mesures pourraient être soutenues par le chef de la diplomatie onusienne. António Guterres devrait se rendre à Hiroshima le 6 août prochain dans un contexte où "l'humanité est en danger d'oublier les leçons de l'embrasement terrifiant d'Hiroshima et Nagasaki".