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Législatives en France : en quête d'un accord à gauche

Le chef de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon lors d'un rassemblement pour la 6e République, Paris le 20 mars 2022.
Le chef de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon lors d'un rassemblement pour la 6e République, Paris le 20 mars 2022.
(AP Photo/Thomas Padilla)

Un accord entre La France insoumise et ses partenaires PS et EELV en vue des législatives du mois de juin semblait se dessiner vendredi à l'approche de la date butoir. Mais la course d'obstacles n'est pas terminée, notamment avec les socialistes qui ont suspendu leurs échanges.

Forte des 22% des voix de son candidat Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, La France insoumise a lancé des discussions bilatérales notamment avec EELV, le PCF et le Parti socialiste, afin de trouver un accord aux législatives et se donner une chance d'envoyer le tribun Insoumis à Matignon.

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La direction du PS a fait un pas en avant vendredi matin, en souscrivant dans les grandes lignes aux "marqueurs" du programme de LFI: augmentation du Smic à 1.400 euros nets par mois, retraite à 60 ans, planification écologique, abrogation de la loi El Khomri (réformant le code du travail), VIe République, par exemple.

Des divergences entre les socialistes et les Insoumis

Pour ce qui est du Parti Socialiste et de la France Insoumise, ils avancent également, mais avec des "divergences", sur la question de la "désobéissance aux traités européens" que souhaite LFI alors qu'eux, soulignent-ils, refusent de "mettre en danger la construction européenne". 
Mais les socialistes assument que "la mise en oeuvre du programme que nous construisons conduira nécessairement à (...) ne pas respecter certaines règles", évoquant notamment leur refus d'un "retour du pacte de stabilité".

Parmi les points qui restent sensibles, le PS liste "la défense de la République laïque et universaliste" et "la nécessité d'un soutien plein et entier à la nation ukrainienne, à sa liberté et à sa souveraineté", face à la position "non-alignée" sur les Etats-Unis de LFI.
Les discussions ont repris dans la matinée au siège de LFI. A sa sortie à la mi-journée, le négociateur du PS Pierre Jouvet a indiqué: "A ce stade, nous avons encore un certain nombre de désaccords. Nous allons encore en parler dans la journée, mais pour l'instant, nous avançons".

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Le PS suspend les négociations

Mais peu après annonce surprise: la délégation a suspendu les négociations, intimant à LFI de "rompre avec toute logique hégémonique et accepter la pluralité".
Une partie des socialistes refuse ce rapprochement historique avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, décidé la semaine dernière lors d'un Conseil national du PS.
Citant Pierre Mendès-France, la présidente de la région Occitanie Carole Delga, notoirement en conflit avec LFI, a tweeté : "La morale en politique interdit que stratégie et convictions divergent, fût-ce pour des motifs d'opportunité transitoire". 

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L'ex-président François Hollande avait déjà mis en garde jeudi contre une "disparition" du PS en cas d'accord, et le courant minoritaire du PS, mené par la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, a dénoncé "une reddition" à LFI.

Cette avancée est aussi critiquée par les macronistes: le ministre des Relations avec le Parlement Marc Fesneau estime dans un tweet que le PS a "abjuré (...) contre son idéal, ses figures historiques" et "contre l'honneur", la députée européenne Nathalie Loiseau qu'il "a vendu son âme pour un plat de lentilles".

Pour sa part, le président Emmanuel Macron a ironisé sur ce rapprochement inattendu entre LFI et PS, vendredi lors de son déplacement dans les Hautes-Pyrénées : "La question pour ou contre l'Europe ce n'est pas rien. La carpe ce n'est pas le lapin".

"Accord en vue" avec EELV

Du côté des écologistes, où les négociations avec LFI s'étaient tendues depuis deux jours, les discussions reprennent vendredi après-midi au siège des insoumis.

Le chef d'EELV Julien Bayou a relativisé en arrivant devant le siège de LFI, accompagné d'Eva Sas représentant l'aile droite du parti et par Alain Coulombel pour l'aile gauche, il a relativisé: "C'est tout à fait classique. Chaque négociation obéit à un rythme vu et revu, d'abord l'enthousiasme des débuts, puis les blocages", puis le retour à la table.

Sur France 2, il s'est montré optimiste: "J'estime que l'accord est en vue", et "pourquoi pas un 1er-Mai commun en soutien aux syndicats", dimanche.
Il avait formulé mercredi de sévères critiques concernant notamment la question du "label commun", qui ne peut pas être selon lui uniquement celui de LFI, "l'Union populaire", et le nombre de circonscriptions réservées aux écologistes, trop faible à ses yeux.
Mais des "échanges officieux" ont eu lieu depuis avec LFI, précise M. Bayou pour expliquer l'évolution.

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EELV a pu aussi être bousculé par l'accord trouvé jeudi entre LFI et Générations, membre de leur pôle écologiste, ainsi que par les avancées avec le PS.
Un élu EELV résume à l'AFP: "99,9% des militants d'EELV souhaitent un accord. On fait confiance à Julien Bayou pour y arriver. Et je pense qu'il le souhaite aussi".
Les communistes et le NPA, pour qui subsistent des points de contentieux, doivent aussi venir au siège de LFI vendredi après-midi, a indiqué le député LFI Eric Coquerel.

Les négociations à gauche attirent aussi les petits partis 

En dehors du PS, plusieurs petits partis de gauche, dont l'Engagement d'Arnaud Montebourg, la GRS d'Emmanuel Maurel et les Radicaux de gauche ont annoncé vendredi "se rassembler dans la Fédération de la gauche républicaine" (FGR) et souhaiter entrer dans les négociations à gauche pour les législatives.
Avec également le MRC et la Nouvelle gauche socialiste, "nous décidons aujourd'hui de nous rassembler dans la Fédération de la Gauche Républicaine", écrivent-ils dans un communiqué.
"Les législatives peuvent permettre d'offrir aux Français une alternative à la politique de régression sociale voulue par le président réélu", expliquent-ils. "Les candidates et candidats de la Fédération de la Gauche Républicaine prendront toute leur part à ce combat central, en participant aux dynamiques de rassemblement aujourd'hui en oeuvre".
Font partie des "priorités" de la FGR les thématiques de "démondialisation, promotion du +made in France+, retour de l'État dans la vie économique et sociale, restauration des services publics, des moyens pour l'éducation et l'hôpital, augmentation des salaires et des retraites", etc.