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Législatives françaises : la course pour le poste de député de l'Amérique du Nord

Un Français du Canada vote à l'élection présidentielle française ce 10 avril au Palais des congrès de Montréal.
Un Français du Canada vote à l'élection présidentielle française ce 10 avril au Palais des congrès de Montréal.
Capture AFPTV

Les Français d’Amérique du Nord vont voter, eux aussi, pour élire leur député. Douze candidats sont sur les rangs, dont le député sortant Roland Lescure, le candidat officiel d’Emmanuel Macron. Qui sont ces candidats ? Quel est leur programme ? Et quels sont les enjeux de cette élection ?

Roland Lescure : un bilan à défendre 

Roland Lescure a été élu haut la main en 2017, avec près de 80% des suffrages. Cinq ans plus tard, il a décidé de remettre le couvert, même s’il reconnait avoir hésité : « Je pense qu'on est à un moment historique assez important où les populismes montent un peu partout et j'avais envie de lutter contre ça, nous confie-t-il lors du lancement de sa campagne à Montréal le 14 mai dernier. Je pense qu'on a fait des choses pour les Français d'Amérique du Nord mais qu'on peut faire plus, qu'on peut faire mieux, alors j'avais envie de continuer ».

Le candidat d’Emmanuel Macron défend son bilan auprès de son électorat : « Le bilan, il est à la fois national et local... Sur le plan national, c'est un bilan économique qui est excellent, un bilan de la gestion de crise qui est très bon, le bilan de la gestion des écoles pendant la crise qui est très bon aussi ». Le candidat d’Ensemble ! fait remarquer la bonne santé de l’économie française, le plancher historique du taux de chômage, un bilan dont on peut être fier précise-t-il.
 


Il fait aussi valoir qu’il a aidé le plus possible les Français qui vivent en Amérique du Nord lors de la pandémie et qu’il a essayé au maximum de leur simplifier la vie : « Pour les retraités par exemple, il y a ce qu'on appelle les certificats de vie, avant, ils devaient en faire plusieurs maintenant ils n'en font plus qu'un, c'est dématérialisé; l'élection : ils vont pouvoir voter en numérique pour leur député, ce n'était pas possible il y a 5 ans; la fiscalité, on a simplifié les démarches administratives, on a simplifié la fiscalité, notamment pour les Français des États-Unis ». 

L’ex-financier, qui a vécu 14 ans à Montréal où il a été le numéro deux de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ne prend rien pour acquis pour cette élection qui est l’occasion, selon lui, d’avoir un débat d’idées constructif : « Ce que je souhaite surtout, c'est de faire une campagne positive, je souhaite évidemment présenter mon bilan, présenter mon projet, avoir des débats de fonds avec les autres candidats. On sait que la France insoumise a eu des échos ici à Montréal, d'autres candidats en ont un peu ailleurs, donc je souhaite débattre sur le fond, projets contre projets et rester bienveillants surtout, donc pas d'attaques de personnes, pas d'histoires individuelles. Le vrai débat, c’est qu’est-ce qu'on souhaite pour la France ? C'est vrai que le modèle de la France insoumise, de l'union de la gauche, il est très différent du nôtre, d'un point de vue économique, social, environnemental. Ce sont deux projets qui sont clairement incompatibles, très différents. Il y en a un, je pense, où on rêve un peu en couleurs, et l'autre où on est raisonnable, ambitieux pour la France mais avec des enjeux qui sont liés aux contraintes d'aujourd'hui ». 

Duel annoncé avec l’union de la gauche 

C’est Florence Roger, la candidate de la France insoumise qui se présente sous la bannière de la « Nouvelle union populaire écologique et sociale » qui sera la rivale la plus sérieuse de Roland Lescure. Cette Française de 32 ans, médecin généraliste, est installée à Montréal depuis un an. Et c’est dans la métropole québécoise que Jean-Luc Mélenchon a ses plus fervents partisans. Il a remporté près de 35% des suffrages au premier tour de la présidentielle le 9 avril dernier, contre près de 32% pour Emmanuel Macron, dans cette circonscription. Florence Roger compte bien surfer sur cette vague pour remporter cette élection, mais elle va devoir aller chercher des appuis en dehors de Montréal. C’est sa première expérience politique mais la jeune femme a un passé de syndicaliste car elle a milité dans le plus gros syndicat de médecins généralistes en France.
 



Lors du lancement de sa campagne à Montréal le 14 mai dernier, elle nous explique que c’est sa préoccupation écologique qui l’a poussée à faire le saut en politique. Et cette question de l’environnement, elle veut la mettre de l’avant dans cette campagne électorale – totalement absente notamment lors de la campagne il y a cinq ans. Florence Roger dénonce également les compressions imposées par les derniers gouvernements français au ministère des Affaires étrangères, ce qui a pour effet de réduire les effectifs dans les consulats français et donc les services aux expatriés.

« Cela prend actuellement sept mois pour faire renouveler son passeport au consulat de Montréal, fait remarquer la jeune femme, on voit que les conditions de vie des Français de l'étranger se dégradent parce qu'on diminue de plus en plus les budgets alloués pour les services publics, donc à l'heure actuelle il n’y a plus de personnel dans les consulats, et puis les frais de scolarité explosent, sans oublier l’accès aux soins de la santé quand on rentre en France, c’est de plus en plus compliqué surtout pour les retraités ». 

La jeune insoumise axe son programme autour de trois points : l’éducation tout d’abord, augmenter les budgets aux organismes qui gèrent l’enseignement du français à l’étranger, réduire les frais de scolarité imposé aux expats et rendre les bourses plus accessibles. Dans le domaine de la santé, Florence Roger veut que les Français expatriés retraités qui rentrent en France aient accès à la Sécurité sociale, peu importe leur situation. Enfin elle souhaite mettre en place une sorte de guichet unique pour aider les entrepreneurs français qui veulent faire des affaires en Amérique du nord, avec un annuaire des ressources existantes, une aide juridique.

Elle dit avoir beaucoup de respect pour Roland Lescure mais dénonce ses positions qu’elle qualifie de libérales et capitalistes, ainsi que son manque de conscience environnementale. « Ce sont des financiers, des hommes d'affaires qui nous gouvernent, estime Florence Roger, le marché non contrôlé, le néo-libéralisme accroit les inégalités sociales, les dividendes versées aux actionnaires ont atteint des sommets historiques, il faut sortir de cette idéologie qui pour nous est mortifère ». La jeune femme reconnait que c’est difficile d’être de gauche et de présenter un projet de gauche actuellement, mais elle y croit et se félicite de représenter cette nouvelle union de la gauche, ce qui lui permet d’avoir le soutien d’une cinquantaine de personnes pour mener sa campagne. « L'union est vraiment incroyable, l'union est vraiment historique et j'espère qu'on va nous faire confiance pour porter des idées grâce à cette union-là » conclut Florence Roger. 

Les autres candidats 

En marge de ce duel annoncé entre Roland Lescure et Florence Roger, on trouve 10 autres candidats (voir encadré) dont quatre sont indépendants – sans étiquette. 

L’extrême droite, qui n’a pas fait de percée sur le continent nord-américain contrairement en France, est représentée par Jennifer Adam, candidate du Rassemblement National, et Alain Ouelhadj, qui sera le candidat de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. Au premier tour des présidentielles, le polémiste est arrivé en troisième position, avec 8% des suffrages en Amérique du Nord. Les deux partis d’extrême droite ont recueilli moins de 10% des suffrages à Montréal, mais c’est à Miami que les deux formations ont eu le meilleur score (plus de 25% pour Éric Zemmour et 7% pour Marine Le Pen). Alain Ouelhadj vit justement en Floride depuis une quinzaine d’années.

Cet entrepreneur de 66 ans se dit « zemmourien » depuis la première heure et il a été l’un des premiers adhérents de son parti. Dans son programme, il dit vouloir aider les PME à brasser des affaires sur le continent nord-américain en mettant en place un guichet unique de ressources. Il réclame aussi plus d’argent pour le système d’éducation en français en Amérique du Nord. 

Le candidat de la Droite, du Centre et des Indépendants s’appelle Patrick Caraco, il est actuellement conseiller consulaire des Français de l’étranger de Los Angeles et connait bien, par le fait même, les problématiques des expatriés qui vivent aux États-Unis. Âgé de 72 ans, il vit aux États-Unis depuis 34 ans, plus spécifiquement à Palm Springs, à deux heures de Los Angeles. Il promet, s’il est élu, d’être un député très présent à sa circonscription, ce qui n’est pas le cas, selon lui, de Roland Lescure.
 




Il veut aussi améliorer le fonctionnement des consulats afin d’assurer pleinement les services aux ressortissants français. Il est aussi favorable à un meilleur accès aux bourses scolaires et à l’augmentation des budgets pour améliorer l’enseignement en français sur le continent. 

Franck Bondrille est un candidat indépendant. 54 ans, Corse d’origine, il vit depuis une vingtaine d’années près de Fort Lauderdale, en Floride. Ancien militant du feu RPR, il se dit fier de se lancer dans cette course sans porter d’étendard politique. Il a été élu, en 2014, conseiller des Français de l’étranger pour Miami et réélu avec une vaste majorité l’an dernier.

Sa candidature est soutenue par l’Alliance solidaire des Français de l’étranger, un parti fondé par Jean-Pierre Bansard en 2009 exclusivement dédié aux Français qui ne vivent pas en France. Lui aussi promet, s’il est élu, d’améliorer les services consulaires. Et comme il a été chef d’escale de la compagnie aérienne Corsair à Miami, Franck Bondrille se donne la mission de créer un tarif résident pour améliorer les services aériens entre la France et l’Amérique du Nord et ainsi éviter les fluctuations de prix qui ne sont jamais, évidemment, à l’avantage des voyageurs. 

Enfin Emmanuel Itier sera le candidat du parti de Jean Lassalle, Résistons ! Ce bordelais d’origine de 55 ans est installé aux États-Unis depuis 34 ans, il vit aujourd’hui à Santa Barbara, en Californie, où il travaille dans le domaine des communications comme journaliste, conseiller en acquisition et producteur de documentaires. Il souhaite notamment créer un Fonds de solidarité pour venir en aide aux Français qui vivent à l’étranger et qui rencontrent diverses difficultés. 

L’enjeu de la présence dans la circonscription

C’est un reproche récurrent adressé au député qui représente les Français d’Amérique du Nord, quelle que soit sa couleur politique : il n’est pas assez présent dans sa circonscription. Roland Lescure n’échappe pas à la règle, tous ses adversaires l’attaquent sur ce front - et sur son passé de financier. Le député sortant reconnait qu’effectivement, au cours des deux dernières années, comme la majorité de la planète au demeurant, la pandémie lui a cloué les ailes.

Mais il fait remarquer que « hors covid, j'ai passé à peu près une semaine par mois en circonscription, trois semaines à Paris où je suis président de commission (Président de la Commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale), je votais des lois, j'ai eu un impact important sur la réforme de la France. Une semaine par mois en circonscription je pense que c'est un équilibre raisonnable quand on est à la fois un député de la nation et un député qui souhaite être ancré dans son territoire ». 

On le voit, la majorité de ces candidats, quelle que soit leur couleur politique, s’entendent sur plusieurs enjeux : améliorer les services consulaires sur le continent, simplifier les procédures administratives pour les expatriés qui retournent s’installer en France, améliorer l’enseignement offert aux enfants des ressortissants français et rendre les bourses scolaires plus accessibles, soutenir les entrepreneurs français qui brassent ou qui veulent brasser des affaires sur le continent. Et, bien sûr, ils promettent tous d’assurer une réelle présence dans leur circonscription. 

Autant d’enjeux qui seront débattus par les principaux candidats le 26 mai prochain à New York lors d’un débat organisé par les médias French Morning et Maudits Français. 

Clairement, Roland Lescure part avec une longueur d’avance par rapport à ses rivaux. Sauf à Montréal, le bastion « mélenchoniste », les Français d’Amérique du Nord ont voté majoritairement pour Emmanuel Macron à 47% au premier tour et à 89% au second. 

Les Français inscrits sur les listes électorales des consulats vont pouvoir voter par internet à compter du 27 mai, sinon ce sera en personne les 4 et 18 juin prochains. C’est une élection qui est traditionnellement moins courue que les présidentielles chez les expats. Les candidats lancent donc d’une seule voix un appel aux Français d’Amérique du Nord : votez ! 

Qui sont les 12 candidats aspirants député de la 1ere circonscription ?
-    Jennifer ADAM, candidate du Rassemblement National
-    Isabelle AMAGLIO-TERISSE, candidate des Radicaux de Gauche
-    Franck BONDRILLE, indépendant
-    Patrick CARACO, candidat de la Droite, du Centre et des Indépendants
-    Emmanuel ITIER, candidat Résistons!
-    Gérard MICHON (sans étiquette)
-    Alain OUELHADJ, candidat de Reconquête!
-    Roland LESCURE, député sortant et candidat de la majorité présidentielle Ensemble
-    Laisely PARAT-EDOM (sans étiquette)
-    James REGIS (sans étiquette)
-    Yann REMINIAC, candidat Parti Breton
-    Florence ROGER, candidate NUPES