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Législatives : accord "historique" entre la France Insoumise et les Verts, que le PCF rejoint

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Europe Écologie-Les Verts et la France Insoumise ont conclu un accord "historique" pour les législatives. Après de longues négociations, le Parti Communiste Français rejoint cette alliance le 3 mai. Les négociations se sont poursuivies le 2 mai avec le Parti Socialiste qui n'a pas encore donné son accord. La France insoumise espère ainsi former un front de gauche uni pour les élections des 12 et 19 juin. 

Forte d'un accord historique pour les législatives conclu dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 mai avec Europe Écologie-Les Verts (EELV), la France insoumise réussit ce 3 mai à convaincre PCF (Parti Communiste Français). Restent à gagner les Socialistes avec comme objectif les investitures de samedi 7 mai. 

SMIC à 1400 euros nets

Le Conseil national du PCF a validé l'accord tout juste finalisé dans l'après-midi, par 120 voix pour, 25 contre, 13 abstentions.

"Le 3 mai 1936, le Front Populaire gagnait les élections législatives. Le 3 mai 2022, nous nous rassemblons au sein d'une Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale", a salué le secrétaire national du parti Fabien Roussel.

Le 3 mai 1936, le Front Populaire gagnait les élections législatives.

Le 3 mai 2022, nous nous rassemblons au sein d’une Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale.

Ensemble, écrivons l’Histoire en gagnant ces élections législatives. pic.twitter.com/P3p6uBj0QS

— Fabien Roussel (@Fabien_Roussel) May 3, 2022

SMIC à 1.400 euros nets, hausse des salaires, retraite à 60 ans, blocage des prix, planification écologique: les deux formations se sont mises d'accord sur de nombreux points programmatiques.

Mais elles ne mentionnent pas la sortie du nucléaire, à laquelle les communistes sont opposés. Elle est pourtant mentionnée dans l'accord noué entre LFI et EELV, selon Sandra Regol, numéro 2 des écologistes.

Selon André Chassaigne, président du groupe des députés communistes, le PCF a obtenu, à l'issue d'une négociation dure, 50 circonscriptions dont les 11 des sortants et cinq gagnables "en conquête" : Vierzon, Dax, Denain, Creil et Lens-Avion.

Un accord "historique"

Avec la création de la "Nouvelle union populaire écologique et sociale", les protagonistes des longues négociations entre EELV et LFI ont clamé en choeur leur satisfaction dans les matinales radio et télé lundi matin.
 
"C'est exceptionnel mais c'est aux électeurs de rendre ça historique" avec une "victoire" aux élections législatives de juin, a déclaré sur BFMTV Julien Bayou, secrétaire national d'EELV. "Nous avons posé un premier acte très fort" à l'union de gauches bien souvent divisées.
 "C'est historique parce qu'il n’y a jamais eu d'accord dans l’histoire entre EELV et LFI au niveau national pour des élections législatives", a souligné de son côté Manuel Bompard, le chef des négociateurs Insoumis, sur France Inter. "Et c’est historique parce que ça enclenche le début d’une dynamique, qui a pour objectif de faire en sorte d’aborder les élections législatives avec une perspective majoritaire".
 
"Il ne s'agit pas d'un accord entre LFI et EELV, nous voulons construire une bannière commune avec l'ensemble des forces de gauche pour construire une majorité", a ajouté Julien Bayou, espérant que le PS et le PCF entrent dans l'alliance dès lundi 2.

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Cet accord marque l'apothéose d'un 1er Mai où les groupes de gauche se sont croisés dans le défilé parisien, dans une ambiance bon enfant rarement vue entre des partis qui se sont beaucoup disputé ces dernières années.
 
Si on se mettait d'accord en quelques minutes ou en quelques heures, tout le monde trouverait ça suspect, c'est normal qu'on prenne le temps d'élucider les sujets.Laurent Baumel, un des négociateurs socialistes

Difficultés avec le PS

Au siège parisien de LFI, les négociations ont repris avec les socialistes le 2 mai, avec le patron du PS et EELV, alors que les rencontres menées jusque-là par LFI étaient bilatérales. "On s’est donné la limite de ce soir, même s’il faut finir tard, c’est toujours la logique", a indiqué le député insoumis Eric Coquerel le 2 mai, dans l'après-midi.
 
Le chef des négociateurs socialistes Pierre Jouvet a pour sa part tempéré: "On ne va pas régler tous les points en l’espace de quelques heures alors que depuis dix ans on ne se parlait plus".

"C’est une discussion longue ou on n'a pas de calendrier préfixé" car il faut "construire quelque chose de solide" et non "d’improvisé", a souligné Olivier Faure, président du groupe socialiste.

Re(voir) : France : en quoi l'accord à gauche est-il historique ?
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Olivier Faure doit composer avec la fronde interne d'un courant minoritaire et de plusieurs figures historiques du PS, de François Hollande à Jean-Christophe Cambadélis en passant par Stéphane Le Foll, qui l'accusent de "soumission" à LFI, mouvement antagoniste ces dernières années sur des sujets comme la laïcité ou l'Europe.

 "Y'a pas mal de choses à regarder encore, c'est normal, on est en train de faire un truc historique", a justifié de son côté Laurent Baumel, l'un des négociateurs socialistes. "Si on se mettait d'accord en quelques minutes ou en quelques heures, tout le monde trouverait ça suspect, c'est normal qu'on prenne le temps d'élucider les sujets".
Jean-Christophe Cambadélis, prédécesseur à la tête du PS d'Olivier Faure, a publié dimanche 1er une lettre ouverte évoquant notamment les velléités de LFI de "sortir des traités européens", ramener la retraite à 60 ans et lancer des "dépenses vertigineuses impraticables".

Le 2 mai à midi sur RTL, il n'a pas arrêté de dire combien il était contraire à cet accord et prévient "qu'il y aura des dissidences un peu partout en France."
 

Alliance @FranceInsoumise et @partisocialiste

@jccambadelis : "La PS sortira de cette épreuve exsangue. Il faudra un Congrès qui sera stratégique : faut-il s'intégrer chez @JLMelenchon ou faut-il se refonder ?"#RTLMidi pic.twitter.com/NgJ0jrxSny

— RTL France (@RTLFrance) May 2, 2022

Le PS a aussi reproché à Jean-Luc Mélenchon son rejet de l'Otan.

Détracteur régulier d'Olivier Faure, Stéphane Le Foll - par ailleurs proche de François Hollande - a lâché ses coups dans une interview au Point : "L'urgence pour Olivier Faure est de se sauver lui-même. Il est prêt à brader toute l'histoire socialiste pour un accord sur 20 circonscriptions, c'est inacceptable".
 

En fin d'après-midi, ce 3 mai, le négociateur de la France Insoumise Manuel Bompard confiait devant le siège de son parti où ont lieu les tractations "Notre échange est cordial", mais "il reste des points de blocage à la fois sur le fond mais essentiellement sur les circonscriptions".

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Il a prévenu : les négociations "ne continueront pas demain. C'est la date limite qu'on s'est fixée. Ce n'est pas une date limite pour mettre la pression. Il nous faut la capacité de rentrer définitivement en campagne dans de bonnes conditions".

"Ils sont un peu trop gourmands" par rapport au 1,74% des voix obtenues par la candidate PS Anne Hidalgo à la présidentielle, a regretté le député LFI Éric Coquerel, confirmant que l'accord devait être "conclu aujourd'hui" (le 3 mai n.d.l.r).

Le Parti radical de gauche présentera ses candidats

De son côté, le Parti radical de gauche (PRG) a refusé de négocier avec les autres forces politiques de gauche et présentera ses propres candidats aux élections législatives, annonce son président Guillaume Lacroix.

"Nous ne pouvons pas mettre l'étiquette du PRG à côté de candidats contre l'universalisme européen", a dit à la presse le président du parti de centre-gauche.

Les désaccords entre le PRG et l'Union populaire sur "la république laïque", la sortie du nucléaire et, plus particulièrement, "la désobéissance" aux traités européens ont justifié l'absence du PRG à la table des négociations.

Refuser d'appliquer les directives de l'Union européenne, "c'est acter la faiblesse de la France", a fait valoir Guillaume Lacroix.

Le président du PRG a assuré qu'il fallait "commencer par dire" son accord à la désobéissance européenne afin de négocier avec la délégation de la France insoumise (LFI).

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Cent circonscriptions pour les Verts

Quant aux communistes, ils seront accueillis à 14h. "J’espère qu’aujourd’hui nous arriverons nous aussi à parvenir à conclure cet accord dans la journée, dans la soirée, dans la nuit s'il le faut, jusqu'au bout", a martelé leur patron Fabien Roussel sur Franceinfo. "Il n’y a pas de plan B, il n’y a qu’un plan A : nous rassembler et parvenir à construire cette grande coalition de la gauche pour enfin prendre notre revanche sur cette élection presidentielle".
 
Cette "Union populaire" élargie a pour objectif déclaré d'envoyer Jean-Luc Mélenchon à Matignon, via l'obtention d'une majorité à l'Assemblée nationale.
 
D'où les âpres tractations pour régler des différends, comme sur la "désobéissance" à certaines règles européennes. Le texte de l'accord entre Insoumis et écologistes entérine la possibilité de désobéir si l'UE empêche le programme de s'appliquer, mais seulement sur les cas budgétaires et économiques. Toute escalade vers une sortie de l'UE est proscrite, comme l'ont demandé les Verts.

Sur le plan électoral, les Verts ont obtenu environ 100 circonscriptions, dont 30 jugées gagnables. De quoi garantir au pôle écologiste d'avoir un groupe - minimum 15 députés - dans l'hémicycle. 

En cas de majorité à l'Assemblée nationale, "le Premier ministre serait issu du plus grand groupe à l’Assemblée, soit Jean-Luc Mélenchon", stipule l'accord.

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L'appellation elle-même n'est pas anodine. Pour LFI, il s'agissait de conserver "Union populaire", la marque identifiée à la présidentielle, où Jean-Luc Mélenchon a écrasé le match à gauche avec près de 22%. Mais EELV souhaitait à tout prix que soit inclus le mot "écologique". Ce qu'ont longtemps refusé les Insoumis, craignant que les socialistes et les communistes demandent à leur tour la présence de leur vocable. Ils ont finalement dû céder sur ce point en choisissant ce nom fleuve.  

Le Conseil fédéral d'EELV a validé l'accord négocié au cours des deux dernières semaines, par 84 voix pour, 10 contre, 8 bulletins blancs et une personne qui n'a pas participé au vote.

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Convention d'investiture le 7 mai

"On n'a pas été les mieux servis, beaucoup de demandes n'ont pas été validées", dans certains centres-villes comme à Marseille, Rennes ou Nantes, regrette Alain Coulombel, l'un des négociateurs écologistes, auprès de l'AFP. "Mais une étape est franchie, pour la première fois depuis... Mathusalem on a réussi un accord", se réjouit ce membre de l'aile gauche d'EELV.
 
Les négociations n'ont pas été un long fleuve tranquille. Encore la semaine dernier, le 27 avril, le chef des écologistes Julien Bayou taclait les négociateurs Insoumis jugés trop durs en affaire en conférence de presse. De leur côté, les Insoumis pointaient les "divergences internes" d'EELV.

La convention d'investiture des membres de cette "Nouvelle union populaire écologique et sociale" aura lieu en région parisienne le 7 mai. L'objectif est de permettre à tous d'entrer vite en campagne, en premier lieu Jean-Luc Mélenchon, chef de cette alliance.