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"Les Afghans ne veulent pas d'un émirat islamique après 20 ans de démocratie", estime l'ambassadeur de l'Afghanistan en France

Comment arrêter les talibans en Afghanistan ?  A quelques jours de l'achèvement du retrait des forces internationales du pays, c'est avec une déconcertante facilité que les insurgés poursuivent leur conquête de territoires qui leur sont historiquement hostiles dans le nord et l'ouest du pays. Peut-on négocier avec les talibans ? "oui, je le crois personnellement", répond l'ambassadeur afghan en France, mais rien n'est possible sans arrêt du soutien du Pakistan aux insurgés, ajoute Mohammed Homayoon Azizi que nous avons rencontré mercredi à Paris.

C'est un cauchemar pour les Afghans qui ont survécu à 4 années de régime taliban entre 1996 et 2001. Les insurgés, qui veulent établir un émirat islamique par la force, se sont emparés de 2 autres capitales provinciales, dont la troisième ville afghane, Herat, ce jeudi, portant le nombre de provinces sous leur contrôle à 11 sur 34.
 
"Ce qui se passe en Afghanistan, ce n'est pas une guerre civile ordinaire. Elle a une dimension intérieure, mais aussi régionale, internationale et globale", affirme l'ambassadeur d'Afghanistan en France qui met en garde contre un risque terroriste accru dans le monde. 

Mohammed Homayoon Azizi regrette la manière dont se fait le retrait des forces internationales qui doit être achevé au 31 août 2021. "Nos partenaires, les Etats-Unis et l'OTAN, ne peuvent pas fuir leurs responsabilités en Afghanistan, ni tourner le dos aux Afghans confrontés "au chaos", ajoute-t-il.

L'ambassadeur déplore la communication des occidentaux qui a permis, selon lui, de donner des ailes aux talibans en sapant le moral des forces armées afghanes. Il appelle les Etats-Unis à respecter leurs engagements avec Kaboul et à fournir notamment le soutien aérien convenu jusqu'en 2024. 
 
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Plusieurs dizaines de milliers d'afghans ont fui l'avancée des talibans ces derniers jours. Ils viennent s'ajouter aux plus de 350 000 déplacés dans le pays, selon l'OIM, depuis janvier 2021.

"Nous alertons la communauté internationale, les donateurs et les organisations humanitaires de la catastrophe humanitaire en cours. Ils doivent agir maintenant", affirme Mohammed Homayoon Azizi qui admet, entre les lignes, que les autorités ne seront pas en mesure de pacifier le pays d'ici 6 mois comme le promettait encore Ashraf Ghani, le président, il y a une dizaine de jours, aux parlementaires afghans.

Kaboul pourrait être passé sous contrôle taliban d'ici 90 jours, selon des responsables militaires américains qui citent les services de renseignements américains, rapporte la presse américaine.  
 
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Peut-on négocier avec les talibans et que négocier ? C'est le troisième volet de notre entretien avec l'ambassadeur d'Afghanistan en France.

Mohammed Homayoon Azizi pointe la responsabilité du Pakistan voisin dans le soutien aux insurgés fondamentalistes. Islamabad y voit, dit-il, une opportunité pour renforcer sa stature dans le nouvel ordre mondial qui se met en place. Aucun accord durable n'est possible sans changement de politique dans la région, affirme l'ambassadeur afghan en France.

Ce qui est certain, dit-il, c'est que tout accord politique passe par un cessez-le-feu, et qu'il revient aux Afghans de choisir démocratiquement leur système politique. "Un émirat islamique en Afghanistan ?, aucun Afghan n'en veut, après 20 ans de démocratie, de droits de l'homme et d'accès à l'éducation", assure celui qui fut également gouverneur de Kandahar, fief historique des talibans, entre 2015 et 2017
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