Info

Les fossoyeurs prenaient des dents en or dans les tombes: jusqu'à 18 mois de prison requis

Trois fossoyeurs prélevaient de l'or sur des squelettes enterrés au cimetière de Pantin
Trois fossoyeurs prélevaient de l'or sur des squelettes enterrés au cimetière de Pantin
afp.com - PHILIPPE LOPEZ
dans

Ils récupéraient des dents en or dans les tombes abandonnées du cimetière de Pantin: jusqu'à 18 mois de prison ferme ont été requis jeudi à Bobigny contre trois fossoyeurs, une affaire "dérangeante" qui nourrit le débat sur la notion de vol.

L'affaire avait débuté une nuit de novembre 2012 avec l'arrestation, au pied d'un mur d'enceinte de ce cimetière de Seine-Saint-Denis appartenant à la Ville de Paris, de deux hommes équipés de gants, de lampes frontales et d'une barre à mine.

Sur l'un d'entre eux, fossoyeur, les policiers avaient découvert un petit sac contenant onze dents en or recouvertes de terre fraîche. Dans sa voiture, d'autres dents, des bijoux et une balance électronique.

Ce fonctionnaire, aujourd'hui âgé de 35 ans, comparaissait jeudi pour violation de sépulture et vol aggravé. A la barre, celui que la procureure considère comme "l'instigateur" de cette pratique macabre a simplement reconnu avoir "trouvé" des objets lors d'exhumations destinées à nettoyer des concessions anciennes "tombées en déshérence".

Le fossoyeur, qui avait toujours sa balance sur lui et s'amusait parfois à s'éponger le front avec des billets devant ses collègues, a également admis avoir revendu des dents et des bijoux à des bijouteries parisiennes, pour son compte et celui d'autres fossoyeurs.

Le tribunal a estimé ses gains à 30.000 euros au cours des trois années où il a officié à Pantin. Lui parle de 3.000 euros.

Vingt-quatre mois de prison, dont six avec sursis, ont été requis contre cet individu, au cœur d'un dossier "particulièrement désagréable et dérangeant" dans lequel "de nombreuses valeurs sont piétinées", a souligné la représentante du parquet.

- "Travail dégradant" -

Le ministère public a demandé des peines bien moins lourdes - huit et douze mois avec sursis - pour les deux autres fossoyeurs, âgés de 47 et 61 ans, poursuivis uniquement pour vol aggravé.

Alors que le principal prévenu évoque une pratique banale dans la profession, un de ses collègues a précisément décrit au tribunal la procédure à suivre lors de ces exhumations sur les tombes anciennes, la boîte dans laquelle ils doivent mettre les ossements et les objets de valeurs, scellée puis incinérée au Père Lachaise. Mais, a-t-il expliqué, "quand on revient dans ces caveaux, il arrive qu'on retrouve encore quelques dents".

Pour les avocats de la défense, qui ont réclamé la relaxe, leurs clients ne peuvent être condamnés pour vol pour la simple raison que les objets appropriés sont, à leurs yeux, "abandonnés" et "n'appartiennent plus à personne". "Une fois mis de côté les concepts moraux et sociétaux, le vol n'est pas caractérisé", a insisté Me Frédéric Beaufils, rappelant la définition pénale du vol: une "soustraction frauduleuse de la chose d'autrui".

"Ces trois-là ont fait le travail que personne ne voulait faire, un travail dégradant: enterrer et déterrer les cadavres. Alors, oui, ils ont peut être pris une petite compensation", par ailleurs estimé son confrère Yves Crespin.

Pour Fabienne Delecroix, l'avocate de la Mairie de Paris, seule partie civile dans ce procès, ces pratiques "démontrent une absence totale de respect dû aux morts".

En 2000, sept fossoyeurs avaient été condamnés par la cour d'appel de Montpellier (Hérault) à deux ans de prison, dont deux mois ferme, pour "violations de sépultures, vols et atteintes à l'intégrité des cadavres". Une affaire qui a fait jurisprudence en la matière.