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Les "pertes et dommages", sujet décisif de la COP27

Un vieil hotel submergé par la montée des eaux au lac Baringo à Kampi ya Samaki, au Kenya on Wednesday, le 20 juillet 2022.
Un vieil hotel submergé par la montée des eaux au lac Baringo à Kampi ya Samaki, au Kenya on Wednesday, le 20 juillet 2022.
AP/Brian Inganga

À Charm el-Cheikh, les pays du Sud, particulièrement victimes des effets climatiques, ne comptent pas repartir sans être assurés d’une aide des pays du Nord. Le financement des pertes et dommages, dégâts causés par les catastrophes liées au réchauffement climatique et subis par les pays les plus vulnérables, est au coeur des discussions.

« L'augmentation des besoins et le changement climatique vont beaucoup plus vite que nos délibérations. » La représentation pakistanaise à la COP 27 de Charm el-Cheikh n’a plus de temps à perdre. Le Pakistan a été englouti par les eaux il y a quelques mois. L’heure est désormais à la reconstruction et le montant des dégâts s’élève à 30 milliards de dollars.

Alors que le Pakistan est responsable de moins de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre mais figure parmi les pays les plus vulnérables aux événements météorologiques extrêmes dus au réchauffement climatique, les autorités présentes au somment demandent l’organisation d’un financement des réparations de la part des pays les plus pollueurs. C’est précisément ce que permettrait la mise en place d’un mécanisme de financement de pertes et dommages à l’échelle internationale. Un sujet qui reste encore très contesté.

Les pertes et dommages sont les impacts qu'on ne peut pas éviter même si on réduit nos émissions, même si on veut s’adapter. Fanny Petitbon, chargée de plaidoyer chez CARE France
 

Sujet technique devenu politique 

Depuis longtemps, les pays du Nord ont été réfractaires à l’établissement d’un système de compensation des dégâts causés par les effets climatiques.

Déjà à Copenhague en 2009, l’établissement d’un Fonds vert pour l'adaptation au changement climatique et la réduction des émissions destiné aux pays pauvres promettait la mise à disposition de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. 

Selon les derniers chiffres de l'OCDE, seulement 83,3 milliards ont été rassemblées à la date cible, dont une large partie se trouvait être sous la forme de prêts et non de dons. Un aspect qui a été fortement critiqué par les pays qui devaient bénéficié de ce fond. « Il faut s'assurer que nos niveaux d'endettement ne soient pas augmentés » ont fait remarquer jeudi 10 novembre en Égypte les Maldives au nom de l'Alliance des petits Etats insulaires (Aosis). L’archipel a appelé à privilégier des dons ou des financements subventionnés et "simples d'accès".

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Les États insulaires, particulièrement vulnérables aux effets du réchauffement climatique par la montée des eaux, ont été les premiers à alerter sur la nécessité d’une mise en place de réparations et de compensations financières pour les pertes et dommages. « Les pertes et dommages sont les impacts qu'on ne peut pas éviter même si on réduit nos émissions, même si on veut s’adapter. » explique Fanny Petitbon, chargée de plaidoyer chez CARE France (association de lutte contre la pauvreté) et experte des questions climatiques.

Depuis des décennies, la demande des îles est restée sans réponse, ou alors mobilisait des montants perçus comme trop faibles. « Les pays riches ont toujours bloqué sur le fait d'allouer ces financements de peur d'ouvrir la boîte de Pandore. » analyse l’experte. Avec les événements climatiques de plus en plus violents chaque année, la demande des pays du Sud est toutefois devenue de plus en plus pressante.

Une protestation prend place en dehors de la COP 27 avec des manifestants aborant un tee-shirt "Faites payer les pollueurs!", le 10 novembre 2022, à Charm el-Cheikh, en Égypte.
Une protestation prend place en dehors de la COP 27 avec des manifestants aborant un tee-shirt "Faites payer les pollueurs!", le 10 novembre 2022, à Charm el-Cheikh, en Égypte.
AP/Peter Dejong

À la dernière COP à Glasgow, l’Écosse est venue briser cet immobilisme sur la question. « Le gouvernement écossais a brisé un tabou en étant le premier gouvernement a débloquer des financements pour répondre aux pertes et dommages. C'est un signal politique fort puisque ça montre que c'est possible. Et depuis, l'Écosse a entrainé dans son sillon la Wallonie, le Danemark... C'est devenu un sujet politique au lieu d'être un sujet technique et c'est précisément ce que nous voulions. » se félicite Fanny Petitbon, bien qu’elle regrette qu’il ne s’agisse encore que de « petits États ».

Et maintenant ? 


Il y a quelques semaines, Copenhague a annoncé une enveloppe de 13 millions d’euros pour l’enveloppe des pertes et dommages. L'Autriche a promis 50 millions d'euros sur les quatre prochaines années, l'Écosse un total de 7 millions et la Belgique 2,5 millions d'euros. Des sommes jugées insufisantes pour répondre aux enjeux du changement climatique.

"C'est un geste positif (...). Cela montre qu'après des années de campagne, c'est enfin reconnu", a déclaré Harjeet Singh, du réseau d'ONG Climate Action Network. Ces promesses sont « bienvenues », a également noté Sallemul Huq, directeur du Centre international du changement climatique et du développement basé au Bangladesh, invitant les pays développés à « accepter de créer un mécanisme de financement des pertes et dommages à la fin de la COP27 ».

Aucun gouvernement au monde n'a l'argent pour faire ce que nous devrions faire. John Kerry, envoyé spécial pour le climat des États-Unis

D’autres ont cependant déploré un apport encore trop faible. Les besoins causés par les crises climatiques sont en effet estimés à 580 milliards par an d'ici 2030 dans les pays du Sud. Une somme qui ne comprend que les pertes économiques liées aux catastrophes, mais ne quantifie pas le coût d’une vie humaine ou d’un déplacement de population, rappelle Fanny Petitbon.

Les États-Unis, longtemps opposés à l’idée d’un mécanisme de financement de pertes et dommages, avait cependant décidé cette année de s’asseoir autour de la table. Un pas en avant assez inédit. John Kerry, l’envoyé spécial pour le climat, n’a cependant annoncé aucun engagement du coté de Washington ce 10 novembre, regrettant qu’ « aucun gouvernement au monde n'a l'argent pour faire ce que nous devrions faire ». Le représentant chinois, lui n’a pas abordé la question, mais a appelé les pays riches à tenir au plus vite leur promesse. Les deux États sont responsables de près de 45% des émissions globales de CO2 en 2020.