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Levée des brevets sur les vaccins anti-Covid : les réactions internationales à la proposition de Joe Biden

Illustration. Les Etats-Unis favorables à la levée des brevets sur les vaccins.
Illustration. Les Etats-Unis favorables à la levée des brevets sur les vaccins.
AP Photo/Matt Rourke.

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi 6 mai qu'ils étaient favorables à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid. Une prise de position exceptionnelle à l'heure où les pays pauvres manquent cruellement des précieuses doses, notamment en Inde. Ce sujet sera au menu des discussions du sommet des 27 à Porto vendredi 7 mai. Tour d'horizon des réactions.

"Il s'agit d'une crise sanitaire mondiale, et les circonstances extraordinaires de la pandémie du Covid-19 appellent à des mesures extraordinaires", a déclaré la représentante américaine au Commerce Katherine Tai. "L'administration américaine croit fermement aux protections de la propriété intellectuelle, mais pour mettre fin à cette pandémie, elle soutient la levée des brevets sur les vaccins. "

Covid-19 : Washington souhaite lever les brevets sur les vaccins 

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"Une décision historique" selon le patron de l'OMS

Le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a salué la "décision historique" des Etats-Unis de soutenir une levée temporaire des brevets sur les vaccins anti-Covid, ce qui selon certains permettrait de mettre fin à la pénurie.

"Je félicite les Etats-Unis pour cette décision historique en faveur de l'équité vaccinale, donnant la priorité au bien-être de tous partout en cette période cruciale. Maintenant, avançons tous ensemble rapidement, solidairement, pour bâtir sur l'ingéniosité et l'engagement des scientifiques qui ont produit les vaccins COVID19 qui sauvent des vies", a tweeté le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé.

Si on ne le fait pas maintenant, quand ?

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé

Le patron de l'OMS plaide depuis de longs mois, à chaque fois que l'occasion s'en présente, en faveur de cette mesure, proposée à l'Organisation mondiale du Commerce par l'Inde et l'Afrique du Sud. Pour lui, les texte de l'OMC autorisent cette levée temporaire en cas d’événement grave.

  • Colère de l'industrie pharmaceutique

Pour l'heure, les brevets sont détenus essentiellement par des laboratoires américains qui sont globalement opposés à leur levée car cela les priverait, selon eux, d'une manne financière pour des innovations coûteuses. Sollicités par l'AFP, Johnson & Johnson, Pfizer et Moderna n'ont pas directement réagi à l'annonce américaine. Mais la Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique (IFPMA) a jugé "décevante" cette annonce. "Nous sommes totalement en phase avec l'objectif que les vaccins anti-Covid 19 soient rapidement et équitablement partagés dans le monde. Mais comme nous n'avons de cesse de le dire, une suspension est la réponse simple mais fausse à un problème complexe", a-t-elle expliqué.

Cette décision pourrait ainsi affaiblir davantage les chaînes d'approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits.

Stephen Ubl, le président de la fédération américaine (PhRMA).
  • L' UE prête à discuter

L'UE est prête à discuter de toute proposition qui s'attaquerait à la crise de façon efficace et pragmatique et de la façon dont la proposition américaine peut permettre d'atteindre cet objectif.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

Jusqu'à présent, l'UE ne se disait pas favorable, arguant que cette solution prendrait du temps, faute de moyens de production immédiatement mobilisables. 

  • Une décision "remarquable" pour l'UA

La position américaine pour une levée des brevets sur les vaccins anti-Covid constitue "une remarquable expression de leadership", a déclaré le directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies du continent (Africa CDC), qui dépend de l'Union africaine (UA).

L'histoire se souviendra de la décision prise par le gouvernement américain comme étant la bonne chose au bon moment pour combattre ce défi terrible, sans précédent dans notre histoire contemporaine.

John Nkengasong, directeur de l'Africa CDC.

Alors que l'UA a lancé le 13 avril des partenariats pour créer cinq pôles de fabrication de vaccins en Afrique, avec l'objectif de produire localement d'ici 20 ans 60% des vaccins utilisés sur le continent (contre 1% actuellement), cette décision soutient "l'élan nécessaire pour nous permettre d'atteindre ce but, c'est un pas dans la bonne direction", a souligné John Nkengasong. Cela ne se fera pas "du jour au lendemain", a-t-il toutefois prévenu: "Cela prendra du temps, mais cela nous offre une occasion unique de faire progresser un programme de fabrication continentale" de vaccins. "Nous sommes impatients de travailler avec l'Organisation mondiale du commerce pour faire avancer ce processus", a-t-il indiqué.

  • La France favorable à un don de doses

La levée temporaire des brevets sur les vaccins est notamment réclamée par l'Inde et l'Afrique du Sud pour pouvoir accélérer la production.

En France, le président Emmanuel Macron, jusqu'ici réticent s'est dit jeudi 6 mai "tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée" sur les vaccins anti-Covid. "Oui nous devons évidemment faire de ce vaccin un bien public mondial", a ajouté le chef de l'Etat, tout en soulignant que la priorité à court terme était "le don de doses" et "de produire en partenariat avec les pays les plus pauvres".

Le 23 avril, il s'était dit opposé à la levée immédiate de la propriété intellectuelle, expliquant que le sujet n'était pas celui-là mais celui du transfert de technologie.

"Ce que j'ai dit simplement, ce qui est une réalité, c'est qu'aujourd'hui, vous avez un goulot d'étranglement, ce qui rend difficile l'accès au vaccin", a-t-il précisé.

"Vous pouvez transférer la propriété intellectuelle à des fabricants pharmaceutiques en Afrique, ils n'ont pas de plateforme pour produire de l'ARN messager. Notre sujet, c'est de transférer la technologie et de savoir-faire pour qu'il y ait des plateformes qui produisent des vaccins à ARN messager en Afrique, c'est ça la clé", a poursuivi M. Macron.

S'il y a eu un nationalisme vaccinal, il ne faut pas regarder du côté de l'Europe : nous avons dès le premier jour aider nos alliés, nos partenaires, décidé d'exporter vers les pays les plus fragiles des doses.

Emmanuel Macron, président français
  • L'Allemagne ouverte à la discussion

De son côté, l'Italie voisine a salué "un progrès important" dans la proposition américaine. "L'Europe doit aussi jouer son rôle. Cette pandémie nous a appris que nous ne pouvons gagner qu'ensemble", a jugé le ministre italien de la Santé Roberto Speranza.

Pour sa part, l'Allemagne s'est dit "ouverte" à une "discussion" au sujet de la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid, envisagée par Washington, a déclaré le chef de la diplomatie allemande.

"C'est une discussion à laquelle nous sommes ouverts", a déclaré lors d'une conférence de presse Heiko Maas, ajoutant que "c'est une question que nous devons nous poser car il s'agit de mettre fin à cette pandémie" de Covid-19.

  • Poutine : "Bien sûr, la Russie soutiendrait une telle approche"

Le président russe Vladimir Poutine s'est dit jeudi favorable à l'idée de lever les brevets sur les vaccins contre le Covid-19, après une proposition américaine en ce sens afin d'accélérer leur production et leur distribution mondiale.

"Bien sûr, la Russie soutiendrait une telle approche", a affirmé M. Poutine pendant une réunion sur la pandémie retransmise à la télévision, demandant au gouvernement russe d'y travailler.

"Dans les conditions actuelles, comme je l'ai déjà dit à de nombreuses reprises, il ne faut pas penser à la façon de tirer un bénéfice maximum mais à la façon d'assurer la sécurité des gens", a-t-il déclaré. 

La Russie a mis au point quatre vaccins à ce jour, à commencer par son produit phare, le Spoutnik V, dont une version à une injection au lieu de deux, le Spoutnik Light ("Léger"), a été homologuée par les autorités sanitaires jeudi.  

M. Poutine s'est ainsi joint aux Etats-Unis qui ont annoncé mercredi être favorables à une levée des brevets.

Il n'a cependant pas fait la moindre référence à cette proposition de Washington, affirmant même qu'il s'agissait d'une "idée en Europe".

Elle "mérite (de retenir) l'attention selon moi et je veux dire par là la levée pure et simple de la protection des brevets sur la vaccination contre le Covid-19", a-t-il poursuivi.