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Levée des brevets sur les vaccins : les Européens se démarquent de Joe Biden

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, visite une usine du laboratoire américain Pfizer ce 8 mai.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, visite une usine du laboratoire américain Pfizer ce 8 mai.
AP/John Thys

L'annonce de Joe Biden sur la levée de la propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid n'a pas été du goût de tout le monde. L'Union européenne a renvoyé, samedi 8 mai, la balle aux Etats-Unis appelant Washington à faire "des propositions concrètes" et à mettre fin à l'interdiction d'exportation des sérums.

L'annonce surprise du soutien de l'administration de Joe Biden à une levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19 afin d'en accélérer la production et la distribution aux pays pauvres a suscité le scepticisme parmi les Vingt-Sept de l'Union européenne, réunis en sommet à Porto les 7-8 mai.

Les Européens soupçonnent que la levée des brevets avancée par l'administration Biden, et à laquelle les laboratoires pharmaceutiques sont farouchement opposés, soit un coup de communication.

"On doit être prêt à débattre de ce sujet là dès lors que des propositions concrètes seraient mises sur la table", a ainsi réagi Charles Michel, le président du Conseil européen, qui représente les Etats membres. "Sur la question de la propriété intellectuelle, nous ne pensons pas que, à court terme, cela puisse être une solution magique", a-t-il toutefois averti.

L'Union européenne seule "région démocratique" du monde à exporter massivement des vaccins

Face à ce qui est jugé comme une opération de communication américaine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen s'est ainsi félicité que l'Union européenne soit devenue "la première pharmacie du monde".

Elle s'est montrée assez sceptique sur l'annonce de Joe Biden."A court et moyen termes, cette levée ne résoudra pas les problèmes, n'apportera pas une seule dose de vaccin", estimait vendredi la présidente de la Commission européenne. L'Union africaine s'est dit également favorable à une levée des brevets sur les vaccins.

L'UE estime que la production et l'exportation de vaccins à partir des usines existantes est le meilleur moyen pour répondre rapidement à la demande mondiale. Elle indique être la seule "région démocratique" du monde à exporter massivement des vaccins, tandis que Britanniques et Américains ont fait le choix de réserver leur production à leur propre population. 

L'Europe a en effet exporté jusqu'ici 200 millions de doses, environ 50% de sa production.

Voir : Sommet européen à Porto : la question des brevets des vaccins au cœur des débats

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Le président français Emmanuel Macron et le président du Conseil italien Mario Draghi abondent également dans ce sens. Ils réclament aux Etats-Unis d'abord de mettre fin à l'interdiction d'exportation des sérums avant d'évoquer la question des brevets.

Emmanuel Macron a appelé ainsi "très clairement les Etats-Unis à mettre fin aux interdictions à l'export non seulement de vaccins mais de composants de ces vaccins qui empêchent la production".

"Avant de procéder à la libéralisation des vaccins, il faudrait faire d’autres choses plus simples, comme supprimer le blocage des exportations que les États-Unis d’abord et le Royaume-Uni continuent de maintenir aujourd’hui", indiquait également le président du Conseil italien Mario Draghi.

Le "Defense Production Act" restreint les exportations américaines de vaccins.

En effet, les Etats-Unis ont mis en place sous la présidence de Donald Trump, un décret nommé "Defense Production Act", qui exige que les Américains aient la priorité sur les vaccins fabriqués dans leur pays, restreignant de facto les exportations de doses fabriquées aux États-Unis, mais aussi de composants.

Ainsi, le laboratoire allemand Curevac, dont le vaccin n'est pas encore approuvé mais doit jouer un rôle important dans les campagnes européennes de vaccination, "dit qu'il ne peut pas produire en Europe car les composants sont bloqués aux Etats-Unis".

Des voix influentes se sont pourtant exprimées pour soutenir la levée des brevets, comme celle du patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

L'Union Africaine favorable à une levée des brevets

Le pape François a réclamé "la suspension temporaire des droits de propriété intellectuelle" en critiquant "le nationalisme étroit" qui empêche l'accès universel à ces produits. L'Inde et l'Afrique du Sud militent aussi pour une telle mesure auprès de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Une telle levée des brevets permetrait-elle d'accelérer la production des vaccins dans le monde ? Cela semble pour l'instant difficile à court terme si on en croit l'éditorial du quotidien français Le Monde.

Selon le quotidien français, le président américain sur la question des brevets joue les "héros à peu de frais". Le probleme pour l'instant n'est pas, selon Le Monde, lié à la question de la propriété intellectuelle. De manière plus prosaïque, la question des capacités de production est au coeur de la question de l'accès aux vaccins. "L’Inde, par exemple, dispose d’une importante industrie pharmaceutique et fabrique, sous accord de licence, sa version du vaccin d’AstraZeneca, mais n’a pas la technologie pour produire les vaccins ARN messager", souligne le quotidien français.