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Liban : le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian critique "le côté passif" des dirigeants

Mère Antoinette Oweit, la directrice du collège Carmel Saint-Joseph, s'entretenant avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, lors de sa visite au sud de la capitale Beyrouth au Liban le vendredi 24 juillet 2020 .
Mère Antoinette Oweit, la directrice du collège Carmel Saint-Joseph, s'entretenant avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, lors de sa visite au sud de la capitale Beyrouth au Liban le vendredi 24 juillet 2020 .
©AP Photo/Bilal Hussein

Alors que sera célébré cette année le centenaire de la proclamation du Grand Liban , le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian était à Beyrouth jeudi 23 juillet pour un voyage de deux jours. Lors d'une conférence de presse aux côtés de Nassif Hitti, ministre libanais des Affaires étrangères, il a critiqué  "le côté passif" des dirigeants libanais à qui il reproche de ne pas avoir pris les mesures nécessaires  pour éviter au pays en crise de sombrer. Le Ministre des  Affaires Etrangères a également tenu à apporter son soutien aux écoles francophones du Liban.

Jean-Yves Le Drian a entamé à Beyrouth jeudi 23 juillet une visite de deux jours qui intervient dans un contexte explosif au Liban, frappé par une dépréciation inédite de sa monnaie, une flambée des prix, des licenciements à grande échelle et des restrictions bancaires sur les retraits et les transferts à l'étranger.
 
Au cours de ce premier déplacement d'un haut responsable occidentalau Liban  ces derniers mois, Jean-Yves Le Drian n'a pas caché son exaspération face aux dirigeants du pays en plein naufrage économique, qui espère des aides internationales.


"Ce qui nous frappe le plus c'est le côté passif des autorités de ce pays", a-t-il lancé devant des journalistes, en visitant les locaux d'Amel International, une ONG humanitaire libanaise active dans le domaine de la santé et de l'éducation.

"Il importe que ce pays retrouve la confiance de ses partenaires. Et aujourd'hui elle n'est pas là la confiance", a-t-il ajouté, assurant que "la dominante c'est le doute".

Selon notre éditorialiste Slimane Zeighidour,"la France demande à la classe politique de sortir de ses archaïsmes".
 
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Or, "il est aujourd'hui urgent et nécessaire de s'engager de manière concrète dans la voie des réformes", avait martelé plut tôt jeudi 23 juillet Jean-Yves Le Drian, lors d'une conférence de presse avec son homologue libanais Nassif Hitti.

"Des actes concrets sont attendus depuis trop longtemps", avait insisté le ministre, qui a également été reçu par le président Michel Aoun et a aussi rencontré le chef du Parlement, Nabih Berri.

                  
"On ne peut pas rester comme ça"              

                  
"Les attentes que j'exprime ne sont pas simplement celles de la France, ce sont en premier lieu celles des Libanais et ce sont aussi celles de l'ensemble de la communauté internationale", a-t-il averti, alors que Beyrouth a entamé des négociations pour obtenir une aide du Fonds monétaire international (FMI).

Près de la moitié de la population libanaise vit dans la pauvreté et 35% de la population active est au chômage, selon des statistiques officielles.

Le ras-le-bol a déclenché en octobre 2019 un soulèvement populaire inédit contre l'intégralité d'une classe politique accusée de corruption et d'incompétence, quasi inchangée depuis des décennies.

Les propos tenus par Jean-Yves Le Drian font écho à ceux qu'il avait prononcés devant le Sénat à Paris le 8 juillet: "Il faut que les autorités libanaises se ressaisissent, et je me permets de dire ici à nos amis libanais : +vraiment nous sommes prêts à vous aider mais aidez-nous à vous aider, bon sang !", avait-il dit.

Revenant sur ces propos lors d'une rencontre avec le dirigeant de l'ONG Amel, le ministre a déclaré: "Et si jai dit bon sang l'autre jour au Sénat, c'était pour pas dire un gros mot. C'était un mot affectif, mais il y avait aussi derrière un peu de colère. Parce qu'on peut pas rester comme ça".

Les Libanais "sont descendus dans la rue pour marquer la soif de changement. Cet appel n'a malheureusement pas été entendu jusqu'ici", a déploré Jean-Yves Le Drian.
En défaut de paiement, le Liban a adopté un plan de relance fin avril et promis des réformes. Mais les négociations entamées à la mi-mai avec le FMI sont toujours au point mort.

"Nous ne nous faisons pas d'illusions, il n'y a pas d'alternatives à un programme du FMI pour permettre au Liban de sortir de la crise", a averti le ministre français.

Beyrouth espère obtenir environ 10 milliards de dollars du FMI. Cette aide est cruciale pour les autorités car elle pourrait aider à rétablir la confiance des créanciers. Et permettre de débloquer 11 milliards de dollars promis en 2018 lors d'une conférence de soutien au Liban parrainée par Paris (CEDRE).

Le gouvernement libanais est dominé par un seul camp politique, celui du mouvement chiite du Hezbollah et ses alliés. Poids lourd de la vie politique libanaise, ce mouvement n'a jamais abandonné son arsenal militaire au sortir de la guerre civile (1975-1990).
 

Une crise qui touche aussi les écoles francophones

"Je suis également venu, Mesdames et Messieurs, pour marquer le soutien de la France à la jeunesse libanaise et au secteur éducatif", a également affirmé le chef de la diplomatie française le 23 juillet.

"Cette crise est également celle des écoles francophones et françaises puisque la France et le Liban partagent une histoire extraordinairement fertile en la matière", a-t-il ajouté.

En effet, avec la crise, la survie de quelque 300 établissements scolaires francophones est menacée au Liban. Parents et professeurs sont inquiets, ils craignent de graves retombées sur l'éducation, mais aussi sur la francophonie, dans ce pays où la langue de Molière cède déjà le pas à l'anglais.

Face à l'ampleur de la crise, la France, ancienne puissance mandataire (1920-1943), a décidé de débourser dans l'urgence une douzaine de millions d'euros pour les écoles dans les prochains mois. Un engagement qu'a décidé "d'accélérer" Jean-Yves Le Drian.
 
  • (Re)voir aussi : Notre-Dame de Lourdes, un établissement catholique francophone menacé de devoir fermer ses portes
 
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"Nous avons également décidé d’accélérer la mise en place d’une fondation pour les écoles chrétiennes d’Orient qui viendra soutenir tous les établissements francophones du Liban et de la région, dont chacun connaît la tradition d’accueil d’enfants de toutes origines et de toutes confessions", a-t-il annoncé. il a aussi affirmé vouloir "redire l’importance de (la) francophonie (...), un modèle en soutien à l’éducation, au plurilinguisme et au respect de la diversité".

Car pour la francophonie, l'enjeu est de taille. Le Liban est "le premier pays au monde en termes de nombre d'élèves scolarisés dans le système français, loin devant le deuxième, le Maroc", souligne à l'AFP l'ambassadeur de France a Beyrouth, Bruno Foucher.
 

Les établissements homologués, labellisés ou certifiés par la France scolarisent quelque 120.000 élèves. Au total, le réseau élargi d'écoles francophones compte un demi-million d'élèves, soit 50% des effectifs nationaux. Près de 50.000 élèves du réseau, soit plus du quart, sont musulmans. 

La Mission laïque française, qui regroupe cinq établissements à travers le Liban, connaît également sa pire crise depuis son implantation dans le pays, il y a plus d'un siècle. Plus de 1.500 départs sont prévus et 180 enseignants ont déjà été licenciés.