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Liban : où en sont les discussions avec le FMI ?

Un homme compte des livres libanaises dans un magasin de change, à Beyrouth, au le 20 août 2018. La monnaie nationale du Liban s'est encore effondrée, lundi 13 décembre 2021, s'échangeant sur le marché noir à près de 20 fois sa valeur d'il y a deux ans.
Un homme compte des livres libanaises dans un magasin de change, à Beyrouth, au le 20 août 2018. La monnaie nationale du Liban s'est encore effondrée, lundi 13 décembre 2021, s'échangeant sur le marché noir à près de 20 fois sa valeur d'il y a deux ans.
Hussein Malla (AP)

Accablé par la pire crise socio-économique de son histoire, le Liban négocie avec le Fonds monétaire international pour aboutir à un plan visant à sauver un pays à la dérive depuis deux ans. Entamées en mai 2020, les premières discussions ont déraillé au bout de deux mois, sur fond de divisions politiques avant de reprendre en septembre 2021. Le flou règne toutefois autour des pourparlers et le scénario de sortie de crise n'a pas encore été déterminé.

Le vice-Premier ministre, Saadé Chami, qui dirige l'équipe de négociations du Liban avec le FMI,  avait indiqué, sans plus de précision, que les responsables libanais évaluaientt les pertes du secteur financier à "environ 69 milliards de dollars".

Il s'agit de la première estimation depuis le début de la crise économique du pays, l'une des pires au niveau mondial depuis 1850, selon la Banque mondiale (BM).

Le PIB divisé par plus de 2,5 en trois ans

Cette dernière indique que le PIB du Liban est passé d'environ 55 milliards de dollars en 2018 à 20,5 milliards de dollars en 2021. Une "contraction brutale" qui est "généralement associée à des conflits ou des guerres", compare l’institution financière.

De cette dépression résultent des conséquences désastreuses. La livre libanaise a perdu 90% de sa valeur sur le marché noir tandis que le salaire minimum ne dépasse pas l'équivalent de 25 dollars par mois. Surtout, quatre libanais sur cinq sont considérés comme vivant sous le seuil de pauvreté selon l’Organisation des Nations unies (ONU).

Pour tenter de freiner l'effondrement de la monnaie nationale, la Banque centrale adopte plusieurs taux de change. Elle estime que l'unification de ces taux "n'est pas envisageable avant un accord avec le FMI et une stabilité politique".    

Selon Riad Salamé, le gouverneur de cette institution, le Liban nécessiterait "de 12 à 15 milliards de dollars pour relancer son économie". 

(Re)voir : Liban : la situation est d'une "gravité sans nom"

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Une possible première réunion avec le FMI en janvier

Selon Saadé Chami, une délégation du FMI s’est rendue au Liban, début décembre 2021, pour discuter "des politiques économiques" du pays avec les responsables libanais. Le dirigeant dit s'attendre "à des résultats concrets en janvier 2022", sans écarter d'éventuels retards liés à l'évolution de l'épidémie de Covid-19.

Mardi 28 décembre, le Premier ministre libanais, Najid Mikati, a évoqué une échéance prochaine. La première réunion officielle avec le FMI aurait lieu le 15 janvier. La délégation du FMI examinera les progrès réalisés par le gouvernement et pourrait revenir début février pour finaliser un accord, a-t-il ajouté.

De son côté, Saadé Chami avance qu’un "plan de sauvetage économique" sera préparé avec le FMI et envoyé au conseil de l'institution pour approbation. 

Mais il faudra démontrer "que le gouvernement est vraiment engagé dans les réformes", a-t-il précisé par ailleurs, qu'un éventuel programme devra être approuvé par le gouvernement.

Or, le gouvernement Mikati, formé en septembre 2021, ne s'est plus réuni depuis le 12 octobre. Des tensions sont en effet survenues autour de l'enquête sur l'explosion meurtrière du 4 août 2020 au port de Beyrouth.

(Re)voir : Liban : "Il faut retrouver un Etat de droit"

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Devises étrangères en chute libre

Depuis le début de la crise, un audit de la Banque centrale fait l'objet de tractations politiques et n'a toujours pas abouti. "Nous ne savons pas" si un audit sera nécessaire pour un accord avec le FMI, a déclaré Saadé Chami.

Pour l'ancien vice-gouverneur de la Banque centrale, Nasser Saidi, un tel audit s’avère néanmoins indispensable avant tout accord avec le FMI. "Il y a une absence totale de transparence", a-t-il dénoncé. 

Le gouverneur de la Banque centrale a révélé, mardi 28 décembre, que les réserves obligatoires en devises étrangères du Liban avaient chuté à 12,5 milliards de dollars. Celles-ci s'élevaient à 32 milliards de dollars avant la crise de 2019. Ces réserves, que la Banque centrale n'a en principe pas le droit d'utiliser, sont constituées en partie de dépôts des épargnants. 

Avant d'espérer obtenir un programme de financement du FMI, le Liban "doit mettre de l'ordre dans sa maison fiscale", poursuit Nasser Saidi. "En fin de compte, le FMI cherchera avant tout des promesses de bonne gouvernance."

(Re)voir : Liban : "Au coeur du chaos", chronique d'une dégringolade

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