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Liban : vive émotion après la mort d'un opposant au Hezbollah

Un manifestant anti-Hezbollah arbore le portrait du chercheur Lokman Slim durant  une protestation devant le Palais de justice de Beyrouth, jeudi 4 février.
Un manifestant anti-Hezbollah arbore le portrait du chercheur Lokman Slim durant  une protestation devant le Palais de justice de Beyrouth, jeudi 4 février.
Bilal Hussein (AP)

L'essayiste libanais, Lokman Slim, a été retrouvé mort, ce jeudi 4 février, avec quatre balles dans la tête. Critique envers le Hezbollah, il était notamment accusé par la presse partisane de positions pro-américaines. Le président, Michel Aoun, a demandé une enquête rapide pour déterminer les circonstances du décès. 

Six mois jour pour jour après les explosions survenues dans le port de Beyrouth, le Liban replonge dans le deuil. Le chercheur et essayiste de confession chiite, Lokman Slim, engagé en faveur de la laïcité et de la démocratie, fervent opposant au confessionnalisme de la politique libanaise, a été retrouvé mort, criblé de cinq balles, dont quatre dans la tête et une dans le dos.

Selon le procureur général près la cours d’appel du Liban-Sud, Rahif Ramadan, après autopsie d’un médecin légiste, son cadavre a été transporté à l'hôpital gouvernemental de Saïda. 
 
Son véhicule a été découvert à Nabatieh, une ville sous la coupe du Hezbollah située dans la région sudiste de Jabal Amel.

Âgé de 58 ans, cet érudit reconnu avait fait l’objet de menaces à plusieurs reprises par le passé, qu’il expliquait en raison de ses positions hostiles au Hezbollah, soutenu par Téhéran.

L'épouse et la soeur de la victime avaient signalé sa disparition mercredi soir, indiquant qu'il avait quitté un village du sud libanais où il rendait visite à un ami et qu'il était censé rentrer à Beyrouth.

"Lokman ne répond pas à son téléphone et n'a pas été vu depuis hier à 20 heures. S'il-vous-plaît, partagez toute information", avait tweeté son épouse Monika Borgmann dans la nuit de mercredi à jeudi.

Contactée par l'AFP, jeudi matin, avant l'annonce du décès, sa soeur Rasha al-Ameer estimait que sa disparition était liée à ses opinions. "Il avait une position (politique), pour quelle autre raison pourrait-il avoir été kidnappé?", avait-elle relevé.

Le ministre de l'Intérieur, Mohamed Fahmy, a dénoncé dans les médias libanais un "crime horrible", assurant avoir contacté, sur les ordres du Premier ministre Hassan Diab, les responsables des appareils sécuritaires pour assurer le suivi de l'affaire.

Selon l'Agence nationale de l'information libanaise, le président, Michel Aoun, a demandé une enquête rapide pour mettre au jour les circonstances du décès. Il a, à cet égard, chargé le procureur général près la Cour de Cassation, le juge Ghassan Oueidat, de se saisir du dossier.

Sa mort a provoqué un élan d’émoi et de condamnation sur les réseaux sociaux, où journalistes, membres de la classe politique et citoyens lui rendent hommage. Sur Twitter, le mot-dièse en arabe Lokman Slim était en tête des tendances pour le Liban.

"Non non non! Ca ne peut pas continuer comme ça. Non non, ça ne peut passer. TUER nos intellectuels? Nos libres penseurs? Non!", a tweeté la militante Rita Chemaly.
 
L'ambassadrice française au Liban, Anne Grillo, a, elle, adressé ses condoléances à la famille du défunt.
 

Un homme attaqué par la presse pro-Hezbollah

Lokman Slim, qui rencontrait parfois de hauts responsables américains de passage à Beyrouth, a souvent été attaqué par la presse pro-Hezbollah pour des positions jugées pro-américaines.

Il dénonçait par ailleurs le monopole politique des deux poids lourds chiites, Hezbollah et Amal, au sein de la communauté.

En décembre 2019, il avait fustigé les dirigeants de ces deux mouvements chiites, après deux rassemblements pour le "menacer" devant son domicile dans la banlieue de Beyrouth.

Il avait notamment évoqué des affiches collées sur un mur de sa maison l'accusant d'être un traître et le menaçant.

Dans un communiqué, il avait directement imputé la responsabilité d’une éventuelle « atteinte » à son encontre aux chefs du Hezbollah et du parti Amal, respectivement Hassan Nasrallah et Nabih Berri. "Par précaution en cas d'atteinte, verbale ou physique, à venir, contre moi, mon épouse, ma maison ou mes proches, je fais porter l'entière responsabilité (...) de ce qui s'est passé, et de ce qu'il pourrait se passer à Hassan Nasrallah et Nabih Berri."

A cette époque, quelques mois après le soulèvement populaire d'octobre 2019 pour dénoncer l'incurie des dirigeants, Beyrouth était encore le théâtre de heurts. Des partisans des deux formations chiites attaquaient régulièrement les rassemblements anti-pouvoir.

Le chercheur a beaucoup travaillé sur les problématiques de la mémoire, de la réconciliation et sur la question des disparus après la guerre civile libanaise (1975-1990), à travers son organisation Umam D&R, fondée avec sa femme réalisatrice.

Avec cette dernière, il était notamment l’auteur d’un documentaire, sorti en 2004, sur le massacre de Sabra et Chatila, Massacre, dans lequel témoignent d’anciens participants aux exactions.

(Re)voir : Liban : 100 ans en 2020, retour sur une année de crises
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