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Licenciements chez Boiron: les salariés dénoncent "le prétexte" du déremboursement de l'homéopathie

Manifestation des employés des laboratoires pharmaceutiques Boiron, le 16 septembre 2020 à Messimy, près de Lyon
Manifestation des employés des laboratoires pharmaceutiques Boiron, le 16 septembre 2020 à Messimy, près de Lyon
afp.com - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Environ 200 salariés de Boiron, où une restructuration doit entraîner la suppression de 646 emplois, ont manifesté mercredi à Messimy (Rhône) pour dénoncer le "prétexte" du déremboursement de l'homéopathie pour licencier.

Munis de sifflets pour interpeller les automobilistes, les manifestants ont déployé plusieurs banderoles aux abords du siège social, où se tenait le troisième des cinq comités centraux d'entreprise extraordinaires visant à négocier le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).

"On veut exprimer notre colère et notre écœurement car, quand on a parlé de déremboursement, tous les salariés sont montés au créneau pour défendre l'entreprise et la façon de nous remercier, c'est nous licencier", a fustigé Martine Grimm, de FO, salariée du site de Strasbourg, voué à fermer.

Prévu au 1er janvier 2021, "le déremboursement a accéléré les choses mais je pense que les choses étaient déjà prévues et c'est l'excuse qui permet d'aller plus loin", a-t-elle ajouté auprès de l'AFP.

Venue de Bordeaux, où 18 postes sont sur la sellette, la responsable syndicale CFDT Valérie Truch a estimé que la baisse d'activité est due "aux mauvais choix stratégiques" du groupe.

"Boiron fait quand même de l'argent car si le chiffre d'affaires n'est pas glorieux en France, l'entreprise marche très bien à l'international, et elle n'a pas la décence de nous proposer des conditions de départ intéressantes", a-t-elle ajouté.

En mars, la direction avait annoncé la suppression de 646 postes en France, soit un quart des effectifs du laboratoire, et la fermeture de 13 de ses 31 sites, dont le site de production de Montrichard (Loir-et-Cher).

"C'est un plan important dû à une baisse d'activité subie après l'annonce du déremboursement de l’homéopathie et toute la campagne de dénigrement contre l'homéopathie qui nous a déjà fait perdre plus de 20% de notre chiffre d'affaire en France", s'est justifié devant la presse le directeur général délégué de Boiron, Jean-Christophe Bayssat.

"Aujourd'hui, ce qui pourrait faire changer la hauteur du plan, c'est d'obtenir un moratoire", en maintenant à 15% le remboursement de l'homéopathie par l'Assurance maladie, a poursuivi M. Bayssat, qui, sur ce point, a "le sentiment de ne pas être entendu par le gouvernement".

- "Pas à ce prix là" -

Pour le délégué syndical central FO Vincent Mounier, le déremboursement de l'homéopathie a eu un "effet catalyseur sur une société qui était déjà un peu en déclin sur son marché domestique".

"On n'a jamais nié que l'entreprise doive se réinventer et se redévelopper mais pas à ce prix-là", a-t-il assuré à l'AFP.

D'autres rassemblements étaient organisés simultanément sur d'autres sites français, comme à Nantes, où 10 des 42 postes doivent disparaître. Une manifestation, où participaient des salariés venus de Niort (32 emplois supprimés) et de Brest (9), y a réuni une centaine de personnes, selon la CFDT.

"On a beaucoup donné à l’entreprise et on est traité comme des malpropres", a dénoncé Chantal Chanson, une représentante de ce syndicat.

Boiron compte au total 3.700 salariés dans le monde.